‹ Du cancer de la matrice, de ses causes, de son diagnostic et de son traitementChapitre 25 sur 36 · DIX -NEUVIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

DIX -NEUVIÈME OBSERVATION

Engorgement mou du col de la matrice , saignant à la plus légère pression ; leucorrhée habituelle : orifice du col largement ouvert ; érosion superficielle sur la lèvre postérieure.

Madame L., âgée de trente ans, brune, bien

constituée, n’ayant eu qu’un enfant il y a dix ans , était tourmentée de flueurs blanches habituelles, de pesanteurs de matrice et de quelques élancemens passagers qui revenaient de temps en temps et semblaient traverser l’utérus. Depuis dix-huit mois , huit jours après la cessation des règles, il s’établissait chez la malade un suintement sanguin par la vulve, qui l’incommodait et lui était désagréable. Cet écoulement de sang était continu depuis quelques mois, lorsque la malade me fit appeler au mois d’août 1834.

Cette dame éprouvait, depuis quelque temps, des peines morales qui lui occasionaient beaucoup de tristesse et d’ennui , et sous l’influence desquelles son indisposition avait fait de sensibles progrès. A mon examen, je trouvai le ventre volumineux et douloureux à la pression ; la douleur se faisait sentir surtout derrière le pubis, dans les aines et les lombes ; elle était sourde et profonde ; parfois elle avait le caractère lancinant. Au toucher, on trouvait l’utérus volumineux et sensible profondément audelà de l’insertion vaginale; il était lourd et élevé de deux pouces au dessus de l’orifice vulvaire. Le col, au toucher, était mou, spongieux; vu au spéculum, et comprimé par l’instrument, il laissait exhaler de toute sa surface un grand nombre de gouttelettes de sang, les bords de son orifice étaient tuméfiés et d’un rouge vif ; sur la lèvre postérieure , il existait une petite ulcération peu profonde. Un écoulement blanc jaunâtre , provenant de la cavité utérine , im-

pre'gnait toutes ces parties, et contribuait à entretenir les tissus dans F état de flaccidité et de mollesse

où on les voyait.

La malade se trouvant éloignée de l’époque de ses règles, et présentant toutes les apparences d’une forte constitution, je lui pratiquai immédiatement une saignée du bras, de trois palettes. Cette saignée, renouvelée trois jours après , arrêta Fécoulement du sang. Mais le flux leucorrhéique persista avec une grande abondance. Je commençai alors les injections avec l’eau de suie, portées, comme dans l’observation précédente, jusque dans la cavité utérine. Je les continuai pendant trois semaines, au bout desquelles l’écoulement leucorrhéique avait presque entièrement cessé. La matrice était revenue à son volume normal. Pendant ces trois semaines, il n’avait pas reparu une seule goutte de sang. Les règles coulèrent alors régulièrement, et, après leur cessation, je trouvai le col raffermi, ne laissant plus exhaler de sang ; son orifice était sensiblement rétréci; et Fécoulement en blanc presque nul.

Dans les deux observations cjue nous venons de rapporter, on peut remarquer la grande efficacité de la décoction de suie contre les écoulemens atoniques de l’utérus. Lors même que cette substance n’aurait pas la même puissance d’arrêter le cancer dans sa marche et de le guérir, comme semble le faire espérer l’observation de M. Blaud, elle n’en serait pas moins une conquête précieuse pour la thérapeuthique des flueurs blanches et autres flux

utérins j sans réaction fébrile et sans inflammation dé Forganc. Elle mérite, à ce titre, d’être mentionnée comme une heureuse découverte, et nous nous félicitons d’avoir un des premiers étendu son emploi aü traitement des écoulemens et des ulcérations de la matrice.

Nous arrivons à l’ulcération cancéreuse et désorganatrice , soit qu’elle succède au squirrhe , soit qu’elle commence par l1 érosion superficielle du col. Cette dernière nous paraît seule susceptible d’être arrêtée dans sa marche par le traitement ; celle qui succède au squirrhe , se présentant de prime abord avec des désorganisations étendues et profondes , réclame les grands moyens chirurgicaux dont il sera parle plus loin.

Bayle , qui avait constaté, par ses recherches anatomiques , que le tissu de la matrice était presque toujours sain à deux ou trois lignes au-delà de FuJcère cancéreux , et qui avait reconnu l’analogie de cet ulcère avec le noli me tangere de la peau , émettait le voeu qu’on put l’attaquer comme ce dernier, avec la pâte arsenicale , pourvu qu’on trouvât le moyen d’appliquer ce caustique sur toute l’étendue de la surface ulcérée , sans endommager les surfaces environnantes (1).

Ce vœu de Bayle , lorsqu’il l’émettait , était déjà accompli par M . Récamier , qui avait porté , après F invention de son spéculum, diverses substances

(1) Dictionn . des sciences mèd ,, art. Cancer,

DE LA MATRICE. Ü

médicamenteuses sur le col utérin , et qui attaqua bientôt , par le caustique , un cancer confirmé dé cet organe. L’observation suivante , due a cet habile praticien , fera connaître sa manière d’opérer. Nous la rapportons en extrait.

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