TRAITEMENT DU CANCER DE LA MATRICE
2° Après chaque dose de ciguë , ainsi qu’aux repas , on fait boire , au lieu d’eau simple , de la décoction de squine ( une demi-once pour deux livres d’eau ).
3° On ne permet que le tiers environ de la quantité ordinaire d’alimens , qui doivent être très-simples et partagés en trois petits repas.
4° Si la ciguë ne passe pas sous une forme , on remploie sous une autre , ou bien on la remplace par l’extrait d’aconit napel ( préparé également à la vapeur ) , avec la précaution de le donner à moindre dose que celui de ciguë.
A la fin du traitement on diminue peu a peu la dose de la ciguë , ainsi que la rigueur du régime.
M. Récamier (1) rapporte quelques cas de guérison du cancer, obtenue par cette méthode. Mais , nous le répétons , ce traitement oii le régime alimentaire joue un grand rôle, en favorisant la résolution des indurations , pourrait être plus nuisible quutile à certaine période du cancer, en activant les résorptions purulentes et ichoreuses.
Nous avons administré pendant six mois de suite la ciguë en extrait et plus fréquemment en poudre, sans avoir remarqué le plus léger ralentissement dans la marche de la maladie. Quelquefois les douleurs ont paru diminuées ; mais c’est lorsque le remède était porté assez loin pour produire l’engour-
(1) Recherches sur le traitement du cancer , t. lef, p. 474 et suiv.
TRAITEMENT CHIRURGICAL DU CANCER , etc. 273 , dissement general et le narcotisme ; mais il occasionait un si grand malaise , il jetait une si grande perturbation dans les fonctions digestives, qu’il fallait se hâter d^en suspendre l'usage ou d’en diminuer les doses.
On ne peut nier neanmoins que ce médicament ne puisse modifier avantageusement la diathèse cancéreuse, par son action sédative sur le système nerveux; mais sous ce rapport donnerions-nous peut-être la préférence à F extrait d'aconit qui , bien préparé , nous a paru avoir une action curative directe et spéciale contre les névralgies , avec lesquelles le cancer peut bien avoir quelques rapports étiologiques. Quelque soit le médicament que l’on adopte pour base d^un pareil traitement , on devra toujours en seconder les effets par un régime alimentaire et hygiénique approprié a l’état de la maladie , au degré de force et de vitalité de la malade.
Traitement chirurgical du cancer de la matrice .
Il peut arriver , et malheureusement c^est ce qui se présente le plus souvent , que toutes les ressources de la thérapeutique médicale soient impuissantes pour arrêter les progrès du cancer de Futérus. Les soins médicaux administrés avec le plus de méthode et de discernement ralentissent la marche de la maladie , ils semblent même quelquefois la suspendre et la faire rétrograder par un commencement de résolution apparente , et ces premiers avantages ,
quelque limités qu’ils soient , suffisent pour encourager le praticien et le faire persévérer dans la route qu’il a suivie jusque-la.
Si néanmoins il a pu acquérir la certitude que l’induration qu’il traite est un squirrhe , que l’ulcération qu’il a vue se cicatriser et se reproduire sans cesse est un carcinome ; si , appelé plus tard , il a pu d’emblée reconnaître le caractère cancéreux et de l’induration et de F ulcération , il peut avoir de prime abord la presque certitude de l’insuffisance de ses moyens thérapeutiques ordinaires pour résoudre complètement la tumeur squirrheuse ou cicatriser définitivement l’ulcération cancéreuse. Néanmoins il doit tenter tous les moyens indiqués dans le cours de cet ouvrage pour obtenir ces heureux résultats ; et s'il n’arrive qu’à suspendre la marche de la maladie , à la maintenir dans le statu quo , il doit s’en contenter et veiller à ce que cet état se maintienne. On voit en effet des tumeurs squirrheuses de l’utérus , des cicatrices d’ulcères carcinomateux , rester pendant de longues années dans l’inertie et l’indolence , adhérer fortement aux tissus sous-jacens sans se rompre, comme si le cancer attendait une force nouvelle d’impulsion pour reprendre sa marche désorganisatrice. Tant que les choses restent dans cet état, on doit s’abstenir , sans perdre de vue toutefois le danger imminent qui menace sans cesse les jours de la malade.
La possibilité de F extrême lenteur de la marche
dit scjüirrhe et de sa suspension, même pendant un temps indéfini , peut seule autoriser Pinaction du praticien , lorsqu’il a acquis la connaissance positive de la nature de la maladie. Dans le cas contraire , si la maladie marche , F insuffisance bien reconnue des moyens médicaux pour F arrêter fait une obligation de recourir a Finstrument tranchant.
D'autre part, Fopiniâtreté des ulcérations cicatrisées à se reproduire , leur tendance à s'étendre en largeur ët en profondeur , leur situation sur un fond induré a une profondeur qui ne permet pas d'espérer de pouvoir , avec les cautérisations successives , atteindre le mal et le détruire jusque dans ses dernières ramifications , font encore un devoir de recourir a Finstrument tranchant.
Voila donc deux circonstances bien évidentes de pratiquer Famputation du col de Futérus : le squirrhe irréductible et progressant ; F ulcération cancéreuse étendue a la surface du col et a base squirrheuse profonde , et faisant également sans cesse des progrès qu'aucun traitement ne borne.
Si on ne se décide pas a amputer le éol a Fêtai de squirrhe induré ; si, pour prendre ce grand parti., on attend qiFil soit entièrement ramolli , qtFil soit ulcéré et qu'il se présente , comme cela a lieu , avec des anfractuosités , des découpures profondes qui s'étendent au-dela de la partie que Finstrument peut atteindre , l’opération devient impraticable ; ou si on la pratique alors, c'est dans Fintention de continuer, sur les parties altérées qui n’auraient pas été
enlevées , des cautérisations qui en amènent la destruction complète. Mais quelle obscurité ne règnet-il pas sur Pétiologie des indurations du museau de tanche î Nous avons signalé la difficulté de la dissiper , Pimpossibilité même de prononcer affirmativement qu' on a affaire à un squirrhe plutôt qu'a toute autre induration. Aussi , tout en pensant cpPon doit opérer à cette époque de la maladie lorsqu'elle a résisté a tous les moyens médicaux , restons-nous convaincu qu’on ampute quelquefois, souvent même peut-être , des cols utérins qui étaient dans les conditions d’induration simple ; les exemples, pris dans les nombreuses opérations de ce genre qui ont été faites jusqff'à ce jour , ne manqueraient pas au besoin pour appuyer cette assertion.
La nécessité d’amputer de bonne heure , dès que le caractère squirrheux de Pinduration paraît évident , acquiert une nouvelle force si on pense à la résistance opiniâtre que le squirrhe offre aux agens thérapeutiques ordinaires , et aux chances de succès bien plus nombreuses [qu'offre Popération , si P on n’attend pas, pour la pratiquer, que le mal ait jeté des racines profondes dans la totalité du col ou du corps même de Putérus. L’analogie peut être invoquée en faveur de cette opinion. L’extirpation des glandes indurées du sein est le plus souvent suivie de succès ; au moins la récidive est-elle tardive et rare , comparativement à ce qui arrive si l’on opère plus tard , alors que la tumeur est parvenue à la désorganisation cancéreuse ; les suc-
cès nombreux des ablations du col , obtenus par le chirurgien de la Pitié , ne dépendent-ils pas également de ce qu’il a pratiqué bon nombre de ses opérations dans la période d’induration de la maladie , au risque d'amputer , dans quelques cas, des cols qui n’étaient point et qui probablement ne seraient jamais devenus squirrheux. Dans son mémoire sur l’amputation du col de l’utérus , lu à l'Institut, le 2 juin 1834 , ce chirurgien n’ admet-il pas la nécessité d’opérer, quoique Inexistence du carcinome ne soit pas bien constatée , si la santé générale fléchit tous les jours davantage , si les autres moyens thérapeutiques ne guérissent pas la maladie ou ne Pamendent point , et s’ils ne l’empêchent pas de faire des progrès cpii menacent d’enlever tout espoir de guérison ?
L’expérience a démontré que des ulcérations simples , non carcinomateuses , de l’utérus , pouvaient être mortelles quand on ne les arrêtait point dans leur marche.
M. Lisfranc compte quatre-vingt-quatre guérisons sur quatre-vingt-dix-neuf opérations , succès vraiment prodigieux s’il eût toujours eu affaire a des maladies cancéreuses. Il est donc probable que beaucoup des opérées se trouvaient dans le cas de ces ulcérations simples, non carcinomateuses, qu’il a signalées comme devant être enlevées.
Nous croyons devoir rapprocher de l’opinion de M. Lisfranc, celle émise par un médecin allemand, M. le docteur Krimer, d’Aix-la-Chapelle,
et imprimée dans le numéro d’août 1835 % page 254 de la Revue médicale , article extrait du journal de Hufeland, septembre 1834, et traduit par le docteur Ch. Martins, intitule : Récidives dans les cas de cancer de la matrice opérés .
Le nombre des cas de réussite d’amputation du col , publiés par les médecins français , est tellement considérable, dit le docteur Krimer, que l’on s’étonne de voir encore tant de femmes succomber au cancer de l’utérus, et cela surtout dans les villes où l’on pratique le plus souvent l’ablation du col de la matrice. L’auteur avoue, avec une franchise bien digne d’éloge, qu’il a été plus malheureux , et cela tient uniquement à ce qu’il n*1 attache pas aux mots succès ou guérison la même signification que les grands praticiens dont il est question ; cela tient a ce qu il regarde comme malheureux tous les cas dans lesquels il y a eu récidive ; et pour montrer que plusieurs chirurgiens de Paris ne partagent pas cette manière de voir, il cite l’observation suivante .
Madame de C....ky, âgée de quarante-trois ans, avait toute la partie vaginale de l’utérus à l’état de carninome ; un praticien fit la résection en présence d’un grand nombre de spectateurs*, au bout de quinze jours, il déclara la malade guérie , et la présenta comme telle à une société de médecins. Le mieux persista pendant deux mois ; au bout de ce temps , il s’établit un écoulement en blanc qui devint de plus en plus abondant et de plus en plus fétide. On envoya la dame aux eaux de Spa ; là , elle
eut plusieurs métrorrhagies abondantes ; elle vint à Aix-la-Chapelle, sept mois après avoir été opérée a Paris. Le toucher fit reconnaître des végétations ulcérées, de la grosseur de la moitié du poing, sur la portion vaginale de F utérus; trois mois après, elle mourut en prenant un bain de mer a Ostende , et cependant elle figure au nombre des cas oii la maladie a complètement guéri par F amputation.
Egaré par les prétendus succès des médecins français, Fauteur voulut les imiter, et il fut obligé d*5 apprendre par sa propre expérience combien les guérisons définitives sont rares, si meme elles existent; car on peut soulever la question de savoir s’il existe un cas de véritable cancer de la matrice guéri sans récidive.
M. Krimer rapporte ensuite les observations suivantes :
Madame H...., âgée de cinquante-trois ans, encore forte , mais ayant déjà perdu ses règles depuis quatre ans , avait un prolapsus de la matrice, accompagné de cancer du col ; le corps de F organe était parfaitement sain ; la malade attribuait son mal à un pessaire qu elle portait depuis huit ans. Comme le mai paraissait tout-à-fait local, et que la malade ne présentait aucun des signes de la diathèse cancéreuse , ce cas parut un des plus favorables pour tenter Fopération : Fhémorrhagie fut presque nulle. Après seize jours , la guérison était complète. L^écoulement enblanc était peu considérable ; pendant six mois la santé fut parfaite. Au prin-
temps, après un chagrin violent , il y eut des douleurs lancinantes dans l’utérus ; de la , difficulté à aller à la selle, et a rendre les urines. Malgré tous les moyens, la matrice se tuméfia , s’ulcéra ; le cancer envahit le rectum , le péritoine , et la malade succomba au bout de trois mois.
Une autre dame de quarante-six ans, bien réglée, sans enfans, souffrait depuis long-temps de douleurs dans les régions de l’utérus. On trouva que la lèvre postérieure avait acquis la grosseur d’une noix ordinaire, qu’elle était squirrheuse , tandis que les parties voisines étaient saines. Tous les moyens imaginables furent mis en usage sans aucun succès ; et comme une limite bien tranchée séparait la partie malade de celle qui ne l’était pas, on fit la résection en ayant soin d*5 emporter encore une ligne d’épaisseur des tissus sains ; T hémorrhagie fut favorisée par des injections émollientes. Les douleurs disparurent, mais la plaie ne se cicatrisait pas ; pendant quelques semaines, la malade se trouvait fort bien ; elle eut deux fois ses règles , mais bientôt des douleurs lancinantes se firent sentir , le cancer gagna la cloison vaginale, la perfora, et la malade succomba après quatorze mois de souffrances.
Une blanchisseuse , d’une faible constitution , âgée de quarante-deux ans, et mère de neuf enfans , avait été tellement maltraitée, pendant une couche, par une sage-femme ignorante, qu’il en était résulté une fistule vésico-vaginale et une rupture du périnée et de la cloison recto-vaginale ; l’ écoulement
d’urine, qui avait constamment lieu dans le rectum, détermina le développement d’un cancer gros comme une noix , qui végétait sur le col. M. Krimer , séduit encore par la nature toute locale de la maladie, dont la cause était évidente, réunit les bords de la fistule , après les avoir rafraîchis, au moyen d’une suture entortillée comme le conseille Naè’géle , puis amputa la portion malade du col. Au bout de douze jours, la fistule était guérie; mais déjà, après un mois , une douleur continue se fixa dans le bassin, les règles devinrent de véritables pertes , et la malade mourut enfin , épuisée par neuf mois de souffrances inouïes.
Malgré ces revers, Fauteur crut devoir céder, une dernière fois, aux sollicitations des parens d’une malade, qui paraissait dans les circonstances les plus favorables : trente-quatre ans, une santé fiorisssante , la lèvre postérieure seule tuméfiée, raboteuse, de la grosseur d’une prune, qui avait été précédée de symptômes peu alarmans , tout semblait promettre un heureux succès ; mais il advint de ce cas-la ce qui était advenu des autres : la récidive eut lieu , et la malade succomba au bout de quelques mois.
Malgré notre répugnance pour cette opération dans les cancers utérins, ou la récidive est d’autant plus à craindre que l’on coupe dans la continuité des tissus, nous sommes obligé de reconnaître son opportunité dans quelques circonstances. Les exemples que nous avons vus de maladies du col utérin avec engorgement et ulcération, “qui ont résisté pen-
dant des années au traitement le plus méthodique , dont la guérison est toujours douteuse et toujours compromise par des récidives, et qui tiennent les femmes qui en sont atteintes dans des craintes et une surveillance d’elles-mêmes perpétuelles, nous ont fait regretter plus d’une fois de n’avoir pas pris le partide faire F ablation de la partie malade.
Lorsque les ulcérations, comme le squirrhe , ont résisté à tous les moyens de la thérapeutique, si elles restent stationnaires , ce qui est plus rare que dans Finduration squirrheuse , il faut s’abstenir d’amputer. Si, au contraire, elles ont une marche progressive , il ne faut pas attendre, pour opérer, qu’elles aient envahi les tissus à une hauteur telle qu’il deviendrait impossible de couper dans les limites qui séparent les parties altérées des parties saines.
Si, comme pour le squirrhe, il n’était pas difficile ici d’’ établir de bonne heure un diagnostic positif , de prévoir que telle ulcération résistera au traitement, disparaîtra pour se reproduire indéfiniment jusqu’à ce quelle ait envahi la totalité du museau de tanche; si l’art pouvait, a des signes certains, reconnaître F avenir de ces ulcérations, le mieux serait de faire, dès leur début, F ablation de la partie sur laquelle elles reposent. Mais nous ne croyons pas que les prévisions des médecins les plus expérimentés aient été assez sûres jusqu’ici , pour les autoriser a pratiquer une opération grave comme celle-ci, avant devoir tenté la guérison de la maladie par les moyens ordinaires ; et quand ils sr'y décident , c’est