DIAGNOSTIC
Dans la première période du cancroïde, lorsque la maladie n’est encore qu’à l’état d'hypertrophie papillaire, de papillome corné, de tumeur verruqueuse, il sera souvent difficile d’affirmer le diagnostic d’une façon certaine ; et il sera prudent d’attendre, de suivre et de surveiller attentivement l’évolution et les progrès du mal.
Plus tard, lorsque le pavillon de l’oreille est ulcéré, le diagnostic devient plus facile, bien qu’il existe encore, à cette époque, plusieurs causes d’erreur. Les affections qui peuvent être alors le plus aisément confondues avec le cancroïde sont les ulcérations scrofuleuses, herpétiques et syphilitiques, les kystes sébacés enflammés et ulcérés.
Les ulcères scrofuleux se montrent ordinairement chez les enfants et les jeunes sujets; ils sont superficiels, sans noyaux d’induration sous-jacents, presque toujours multiples, leur teinte est violacée et leur apparition coïncide d’ordinaire avec d’autres signes de la diathèse scrofuleuse.
Les ulcérations qui appartiennent à la période tertiaire de la syphilis et sont la conséquence de la suppuration des gommes, seront généralement distinguées par leur marche, le peu d’induration de leurs bords, les antécédents du malade et les manifestations syphilitiques concomitantes, enfin l’action rapidement curative de l’iodure de potassium.
Nous ne parlons pas du chancre induré ni du chancre mou, car on n'a pas encore, que nous sachions, observé ce genre de lésion sur le pavillon de l’oreille.
Quant à l’eczéma aigu, il se distinguera à la présence
de petites vésicules qui se rompent en laissant échapper un suintement séreux ou séro-purulent qui se concrète à l’air. Quelquefois il peut occasionner un gonflement considérable du pavillon qui prend l’aspect d’une masse informe. Mais ordinairement il cède à un traitement approprié.
Il peut à la suite de poussées successives passer à l’état chronique et occasionner de vives démangeaisons, s’ulcérer, donner lieu à des croûles épaisses avec sécrétion séreuse abondante. Mais tout se borne à ces accidents, peu graves en somme, survenant en général chez des sujets faibles et lymphatiques. Il est rare qu en même temps l’eczéma ne présente pas des manifestations sur d’autres parties du corps, telles que la face, le cuir chevelu. Donc,
sera
bien que l’eczéma précède souvent le cancroïJe, il facile de reconnaître la part de ces deux maladies.
Les kystes sébacés ouverts à l’extérieur et dont les produits sont desséchés ressemblent davantage à un épithéliome ulcéré et couvert de croûtes ; mais on puisera, pour ce diagnostic différentiel, quelques renseignements dans la connaissance de l’état antérieur. On saura que, dans le cas de kystes sébacés, il existe d’abord une tumeur arrondie, lisse, fluctuante, qui, au bout de quelque temps, s’est perforée et a donné naissance à ce qu’on observe maintenant.
Quant au diagnostic différentiel du sarcome et de l’épithéliome, il présente souvent de très grandes difficultés. Cependant le sarcome trouve dans l’age du malade, dans la lenteur de son développement, dans sa bénignité temporaire et primitive, dans la rareté de sa généralisation,
dans l’intégrité habituelle et concomitante de la santé générale, des caractères qui ne permettent pas de le confondre avec le cancer.
On pourra d’ailleurs confirmer le diagnostic par l'examen micrographique, car dans le plus grand nombre de cas, il est possible d’enlever un petit fragment de la surface malade et de le soumettre au microscope. Or, on ne confondra pas les cellules larges, aplaties, munies d’un petit noyau qu’on rencontre dans l’épilhéliome, avec les cellules fusiformes des tumeurs fibro-plastiques.