‹ Du cancer du pavillon de l'oreilleChapitre 9 sur 15 · MARCHE ET DURÉE · texte numérisé non relu

MARCHE ET DURÉE

Tels sont les symptômes que présente le plus habituellement le cancroïde du pavillon de l’oreille; mais on se tromperait fort si l’on pensait que tous les cancers parcourent invariablement la même série de transformations et présentent toujours la succession régulière des mêmes phénomènes.

Nous avons insisté précédemment sur ce qui a rapport aux douleurs lancinantes et à l’engorgement ganglionnaire, pour n’avoir pas à y revenir ici ; mais il est un point qui doit nous occuper particulièrement à cause de son importance., c'est la durée et la marche de l’affection cancéreuse.

D’après ce que nous avons dit, on voit que le cancer du pavillon de l’oreille suit une marche progressive, continue; il passe par trois périodes : la période de début, celle d’ulcération, enfin celle de généralisation et de cachexie. Son évolution paraît être quelquefois très rapide.

Sédillot a cité un cas dans lequel la totalité du pavillon avait été détruite en moins de trois semaines ; le conduit

auditif allait être envahi, lorsque le chirurgien se hâta d’arrêter le mal en cautérisant à plusieurs reprises, avec le fer rouge, les parties ulcérées.

Velpeau avait déjà signalé l’accroissement rapide que prennent les cancers du pavillon de l’oreille et dans le cas qu’il a publié dans la Gazette des hôpitaux , 1865, n. 27, c’est le signe qui lui a permis de conclure à la malignité de la tumeur. Il diagnostiqua une tumeur cancéreuse con. tenant probablement du tissu fibroplastique et des éléments de cancer encéphaloïde.

« J’ai observé dernièrement, dit M. Duplay dans son Traité de pathologie externe , t. IV, p. 35, un malade chez lequel un cancroïde développé sur le lobule avait détruit en quelques mois la totalité de l’oreille externe et les parties avoisinantes, en donnant" naissance à un énorme ulcère dont le fond était formé par les os du crâne dénudés et nécrosés. L’articulation temporo-maxillaire était largement ouverte.

11 n’en est cependant pas toujours ainsi, et il est d’observation que tous les cancers de l’oreille n’accomplissent point leur évolution avec la même rapidité et dans le même laps de temps. Tel cancroïde peut devenir meurtrier en quinze mois, comme chez le malade de M. Lannelongue, ou même en un an comme le cas rapporté par M. Tédenat ; tel autre en respectant les ganglions et la santé générale pendant des années, peut se borner aux accidents d’une maladie locale. Mais malheureusement ces faits sont très-rares et dans la plupart des cas l’intervention chirurgicale devient nécessaire pour arrêter les progrès du mal.

L’opération elle-même ne peut mettre le malade à l’abri

d’une récidive que si elle est pratiquée de bonne heure et assez largement pour dépasser entièrement les limites de la lésion ; sinon, il y a tout lieu de craindre que dans un avenir plus ou moins lointain, la maladie renaisse sur place ou dans les glandes lymphatiques voisines.

La mort est, ainsi que nous l’avons établi plus haut, le terme presque constant de la maladie; mais elle ne survient pas de la même manière et avec une égale rapidité dans tous les cas. Tantôt la douleur, le chagrin et le désespoir qui tourmentent le malheureux patient, hâtent la fin de la maladie ; tantôt des hémorrhagies fréquemment répétées occasionnent un état de leucophlegmasie et un affaiblissement promptement mortel ; enfin l’excès de suppuration est aussi une cause d’épuisement et de mort.

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