‹ Du cancer du pavillon de l'oreilleChapitre 12 sur 15 · TRAITEMENT · texte numérisé non relu

TRAITEMENT

Il suffit de lire les observations annexées à ce travail pour se convaincre que tous les moyens de traitement dictés par une thérapeutique rationnelle ont été tentés avec plus ou moins de succès.

Le traitement est à la fois local et général.

Traitement local. — Il peut être curatif ou palliatif suivant le siège ou l’étendue de la lésion, suivant que le mal se trouve limité au pavillon de l’oreille ou qu’il a envahi les parties voisines, soit du côté de l’apophyse mastoïde, soit du côté de la parotide, soit vers l’intérieur du conduit auditif externe.

1° Traitement curatif. — Sous ce titre de traitement curatif, nous comprenons non seulement l’ensemble des moyens qui peuvent assurer définitivement la guérison, mais encore ceux qui se proposent d’atteindre ce but pour un temps plus ou moins long.

Deux moyens sont entre les mains du chirurgien pour obtenir la guérison du cancer du pavillon de l’oreille : la cautérisation et l'extirpation.

Il ne faut point compter, en effet, sur les applications topiques, dites résolutives, telles que les pommades mercurielles, iodées, iodurées, l’extrait de ciguë, les sucs de joubarbe, de digitale, l’acétate de plomb liquide, les solutions de fer, le chlorate de potasse, etc. Aucun de ces médicaments, tant préconisés autrefois, à titre de spécifiques, n’a d’efficacité réelle. Agissant la plupart du temps

sur le moral seul des malades, ils peuvent même, dans un certain nombre de cas, avoir une action nuisible par l’irritation qu’ils occasionnent. Aussi s’accorde-t-on généralement à les rejeter de la thérapeutique des cancers, et aujourd’hui on ne conserve plus en fait de topiques que l’opium et la belladone dans le but d’obtenir une sédation des phénomènes douloureux.

La cautérisation consiste à détruire sur place par les caustiques toutes les parties affectées en les convertissant en une escharre plus ou moins large, plus ou moins profonde, suivant leur étendue.

Pratiquée surtout aujourd’hui avec la pâte de Vienne et la pâte de Canquoin, la cautérisation ne convient que tout à fait au début de la maladie et lorsqu’il n’existe encore qu’une ulcération peu étendue et superficielle.

Si l’on se décide à faire usage des caustiques, on aura soin de s’adresser immédiatement à un agent énergique, comme le chlorure de zinc, et de rejeter ceux qui n’agissent que très superficiellement, car les cautérisations faibles avec le nitrate d’argent, le sulfate de cuivre, etc., insuffisantes pour détruire le mal, n’auraient d’autre résultat que d’activer ses progrès et d’imprimer une marche rapide à une affection jusqu’alors lente et à peu près stationnaire. Mais parmi les caustiques forts, nous excluons ceux qui, comme la potasse, ont une action fluidifiante. La pâte de Vienne, les préparations arsenicales (poudre de Rousselot, de frère Côme) et le caustique sulfo-safranique de Velpeau peuvent être employés, mais nous lui préférons le caustique au chlorure de zinc.

Quant au fer rouge dont Sédillot a vanté récemment

l’emploi dans le traitement du cancroïde, nous pensons qu’il n’a pas d’avantages réels, que les cicatrices fibreuses auxquelles il donne naissance, ne sont point un rempart contre les récidives, une barrière infranchissable à l’envahissement de la matière cancéreuse. Son unique avantage est de prévenir les hémorrhagies.

Le mode d’application des caustiques au pavillon de l’oreille, ne diffère pas de celui qu’on suit d’ordinaire pour les autres régions. Il a surtout été préconisé par Maisonneuve sous le nom de cautérisation en flèche. Dans ce mode opératoire, le chirurgien circonscrit la tumeur par une série de ponctions faites avec le bistouri ; puis, dans chaque ouverture ainsi faite, il introduit de petites flècnes d’une pâte sèche au chlorure de zinc ; ces flèches forment une eschare qui isole les parties saines du produit morbide et la chute de la tumeur se fait en même temps que la séparation de l’eschare.

La cautérisation présente des inconvénients graves ; c’est une méthode lente, extrêmement douloureuse, et dans laquelle on n’est pas toujours exactement sur de ce que l’on fait. Aussi estimons-nous que cette méthode de traitement ne doit être mise en usage que dans des circonstances exceptionnelles et qu’on doit toujours lui préférer l’extirpation, l’ablation d’une partie ou de la totalité du pavillon de l'oreille.

. L’extirpation de la tumeur, pour peu que celle-ci soit volumineuse et étendue, est préférable à la cautérisation. Elle peut être pratiquée selon divers procédés. L’écrasement linéaire, la ligature élastique sont rarement appliqués, à moins de tumeurs de petit volume. Le bistouri, le gai-

vano-cautère, le thermo-cautère seront le plus souvent mis en usage. On se laissera guider dans l'opportunité de tel ou tel de ces moyens à employer par le cas particulier que r on aura sous les yeux. Le manuel opératoire ne présente rien de spécial pour la région qui nous occupe.

Quel que soit le moyen mis en usage, il faut se rappeler que les ablations ou les destructions partielles ne font qu’exciter le mal et favorisent le développement du produit morbide. Aussi faut-il préalablement explorer avec soin les limites de la région malade.

A quel moment faut-il opérer? Le plus tôt possible, car plus on opérera près du début, plus la maladie sera limitée, moins les dégâts opératoires seront considérables ; enfin plus on aura de chances de se mettre à l’abri des récidives.

Les récidives de l’épithéliome du pavillon de l’oreille commandent l’opération au même titre que la tumeur originelle. Il est bien entendu que ces opérations secondaires ne seront pratiquées que dans les cas où la tumeur ne sera pas trop étendue, s'il n’existe pas d’engorgements ganglionnaires multiples, enfin si le malade n’est pas dans un état avancé de cachexie.

2° Traitement palliatif . — Lorsqu’un cancer du pavillon de l’oreille est jugé inopérable, soit que la lésion ait envahi non-seulement le pavillon de l’oreille tout entier, mais encore le conduit auditif et les régions voisines, soit qu’il existe des engorgements ganglionnaires multiples, soit que le malade présente un état de cachexie profonde, le rôle du chirurgien doit se borner à atténuer autant que possible, par l’emploi des palliatifs locaux, les symptômes les plus pénibles. S’il existe des douleurs vives, on cherchera à les

calmer par des applications narcotiques (opium, belladone, etc.). Les injections sous-cutanées de chlorhydrate de morphine notamment rendront de grands services.

On entretiendra l’ulcère cancéreux dans un état de propreté absolu au moyen de lavages répétés. Les pansements avec les solutions phéniquées, chloralée, avec le coaltar, le permanganate de potasse, la liqueur de Labarraque, permettront de neutraliser ou d’atténuer la fétidité des sécrétions.

Une des complications les plus graves est l’hémorrhagie. Dans les cas où celle-ci est légère on en vient facilement à bout par l’emploi de la glace, de l’application sur le point ulcéré d’amadou et de boulettes de charpie imbibée de perchlorure de fer. S’il s agit de ces hémorrhagies abondantes qui succèdent à l’ulcération d’une grosse artère, on doit avoir recours à la compression directe ou indirecte. Ce moyen hémostatique sera encore favorisé par un tampon de charpie imbibée de perchlorure et maintenu sur la surface ulcérée. Nous avons dit précédemment que la cautérisation pratiquée avec le fer rouge pouvait encore remplir cette indication. Si ces moyens échouent on songera à la ligature.

Grâce à ces moyens thérapeutiques on parvient à soulager considérablement le malade et à reculer indéfiniment le terme fatal de son existence.

Traitement général. — Il ne faut point oublier que l’état général du malade réclame presque au même titre que l’état local, l'attention et les soins du praticien. Sans doute tous les remèdes internes, tels que les préparations iodées, iodurées. la ciguë, etc., restent constamment sans

effet sur les cancers du pavillon de l’oreille aussi bien que sur les cancers de toute autre région ; mais on doit chercher à neutraliser l’influence des états diathésiques qui favorisent le développement de la lésion ou du moins peuvent entraver les heureux résultats de l’intervention opératoire. S’il s’agit par exemple, de la diathèse herpétique, les arsénicaux seront d’une grande utilité.

Enfin quand la cachexie cancéreuse a envahi la constitution, il ne reste plus qu’à soutenir les forces chaque jour décroissantes des malades, et à calmer les douleurs lorsqu’elles existent. Nous n’insisterons pas sur les ressources de la thérapeutique pour remplir ces deux indications, auxquelles répondent la médication reconstituante, d’une part, et la médication narcotique d'autre part.

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