V. CORMIli
pas, en d’autres termes, le tissu morbide qui troue la paroi veineuse, mais au contraire cette paroi elle-même, qui, par suite de la formation de noyaux et de cellules dans son intérieur, fait saillie dans la lumière du vaisseau sous forme d’un bourgeon. Nous avons observé plusieurs fois cette disposition sur des coupes transversales des veines oblitérées. Le bourgeon s’accroît plus tard et remplit complètement la veine. Nous reviendrons sur ce point en traitant de la participation des veines aux autres espèces de tumeurs.
Dans le tissu osseux, dans les côtes, dans la colonne vertébrale, dans les os des iles, dans les os du crâne, etc., le squirrhe secondaire présente aussi des caractères distinctifs sur lesquels Cazalis attire depuis longtemps l’attention de ses élèves. Il y revêt la forme infiltrée ou, ce qui est le plus fréquent, la forme de masses arrondies ou sphériques, blanches, dures, compactes, qui donnent au tissu osseux une apparence éburnée.
Cette éburnation peut être due à deux processus différents souvent réunis : 1° l’épaississement des trabécules osseuses et la formation d’ostéoplastes nouveaux ; 2° l’infiltration des éléments de la moelle par des granulations calcaires. Nous reviendrons sur ces altérations en étudiant les tumeurs a fibro-plastiques où on les rencontre souvent. Mais il peut y avoir dans le squirrhe des os une fausse apparence de solidité. Le tissu squirrheux de nouvelle formation s’est développé en effet au sein du tissu médullaire; il s’étend et s’accroît en détruisant les lamelles qui circonscrivent les cavités médullaires , et peut ainsi devenir la cause de fractures.
Les granulations cancéreuses des os ont aussi tous les caractères du squirrhe, petits éléments contenus souvent dans des alvéoles limités par du tissu conjonctif de nouvelle formation. J’ai publié un fait de carcinie généralisée à la suite de squirrhe du sein, ou dans la colonne .vertébrale, et dans les os du crâne, les granulations cancéreuses montraient parfaitement les caractères du squirrhe. Dans les os plats du crâne, ces granulations avaient conservé la forme sphérique ou arrondie (1). . >..... : ;
Dans le tissu musculaire , spécialement dans les muscles des parois
; (lj Comptes rendus de la Société de biologie, 1863, p. 86.
thoraciques, pectoraux, intercostaux, dans le psoas, dans le cœur, ont observe ces mêmes granulations ou tubercules sphériques blancs et durs; là le siège des noyaux et des petites cellules est constamment dans le sarcolemme, de telle sorte que les fibres musculaires sont séparées les unes des autres par une zone de noyaux et de cellules.
Les figures A et B montrent l’apparence qu’on obtient sur des coupes perpendiculaires ou parallèles à la direction des fibres.
Fig. 6. — Cancer des muscles» — A. Coupe transversale d’un muscle atteint de cancer, a. Noyaux de nouvelle formation, d. Sections transversales des fibres musculaires. — B. Coupe longitudinale du même muscle. Même signification des lettres. (Grossissement de 150 diamètres.) — C. Prolifération des noyaux du sarcolemme. (Grossissement de 450 diamètres.)
On peut isoler ces fibres, qui présentent à leur surface des noyaux en voie de formation, ainsi que le montre la figure C.
Par suite du développement exubérant de ces noyaux, les fibres musculaires se détruisent en subissant, soit la transformation graisseuse, soit la transformation cireuse décrite par Zenker.
Les granulations se développent assez fréquemment sur le trajet des nerfs , surtout des nerfs intercostaux et des nerfs axillaires. J’ai pu observer trois fois ces névromes squirrheux sur le trajet des nerfs du plexus axillaire et deux fois sur le trajet des nerfs intercostaux (1). Ils affectent exactement la même disposition que pour les muscles, en ce
(1) Journal de V anatomie par Robin, 1864, p. 183.