‹ Du cancer et de ses caractéres anatomiquesChapitre 18 sur 39 · V. CORNIL. — DU CANCER · texte numérisé non relu

V. CORNIL. — DU CANCER

Les deux plèvres contiennent chacune environ un demi-litre de sérosité légèrement colorée en rouge. A la surface des deux plèvres costales et viscérales, existent des granulations de la grosseur d’un grain de millet à une cerise, unies, celles de la plèvre viscérale à celles de la plèvre costale par des fausses membranes résistantes celluleuses, contenant elles-mêmes des granulations analogues.

Le poumon gauche, à la base du lobe supérieur et dans tout le lobe inférieur, est de coloration rouge uniforme, non crépitant, et il plonge au fond de l’eau ; sur une coupe il paraît hépatisé, mais moins solide, moins tuméfié que dans l’hépatisation de la pneumonie aiguë. Sur des coupes microscopiques de ces portions du poumon, nous avons vu les alvéoles remplis par de l’épithélium et des corpuscules muqueux en voie de dégënération graisseuse. Il y avait aussi des gouttelettes graisseuses libres et réunies sous forme de corpuscules granuleux de Gluge ( pneumonie en voie de résolution).

Le péritoine, dans toute son étendue, est farci de granulations. Il ne contient pas de sérosité. Le mésocôlon transverse et le grand épiploon sont rétractés et couverts de granulations dures de la grosseur de noyaux de cerises.

Le foie est presque entièrement envahi par des granulations ou des masses dures sphériques, blanches, grosses comme des noix. Les préparations microscopiques de ces grosses masses cancéreuses montraient exactement la même structure que le sein et les ganglions lymphatiques.

Le rein droit présente à sa surface une granulation d même nature, de la grosseur d’un petit pois.

La rate est volumineuse, l’estomac et l’intestin sont normaux.

La colonne vertébrale, dans toute la hauteur de sa portion thoracique, est le siège d’une infiltration cancéreuse qui donne aux surfaces de section du corps des vertèbres une apparence blanche ; le tissu nouveau est dur, à surface lisse, et donne au raclage un peu de suc laiteux.

L’aorte est athéromateuse.

Les os du crâne et les membranes du cerveau ne présentent rien de particulier. Les circonvolutions cérébrales sont un peu aplaties et leur surface est rosée après qu’on les a dépouillées de la pie-mère.

Le genou droit n’a rien présenté de notable.

Les préparations faites sur des coupes des granulations (Grossissement de 400 diamètres.) cancéreuses des plèvres ayant environ un millimètre de

CC. Corpuscules de tissu con- diamètre, nous ont montré les particularités suivantes.

“T !‘h- Agglomération de reproduites dans ,a figure 7. .

noyaux et de cellules de nouvelle y , ...... . ,

formation. Sur ces coupes traitées par l acide acétique et colorées

par le carmin, on voyait des corpuscules étoilés de tissu conjonctif (G C) avec des prolongements anastomiques et des fibres de tissu lamineux ; ces éléments se trouvaient dans la portion de la granulation qui se fondait avec la séreuse normale.

Dans la portion saillante, ces corpuscules devenaient plus volumineux et en même temps on voyait apparaître des noyaux sphériques ou ovoïdes ( h h) ou polygonaux par pression réciproque, un peu plus gros que les noyaux des corpuscules de tissu conjonclif. C’étaient des noyaux épilhéliaux qui présentaient cette particularité de se grouper sous forme d’îlots ovoïdes plus ou moins volumineux. Dans les plus gros îlots on pouvait reconnaître aussi de véritables cellules.

Fig. 7. — Coupe faite à travers une granulation cancéreuse de la plèvre.

Jusqu’ici nous avons insisté principalement sur le squirrhe du sein : c’est qu’en effet il est le type de cette variété du cancer, et les détails dans lesquels nous sommes entrés à son égard vont nous servir pour l’étude des tumeurs analogues développées dans d’autres organes. Le squirrhe, avec sa dureté caractéristique, se rencontre aussi au sein plus souvent que partout ailleurs, et il existe même des viscères où il est d’une extrême rareté ; par exemple, sur cinquante et quelques observations de cancer de l’utérus que j’ai observées, il n’y en avait pas une seule qui, par ses caractères physiques de dureté, etc., put être appelé du nom de squirrhe. On l’observe assez souvent comme cancer primitif à l’estomac, au pancréas, au foie, etc. 11 présente là d’une façon générale la structure que nous lui connaissons déjà, modifiée seulement par la texture des parties où il se développe.

Ainsi,' pour prendre un exemple facile à vérifier, le squirrhe de l’estomac, avant d’avoir ulcéré la muqueuse, produit des tubérosités saillantes à sa surface, plus ou moins grosses suivant l’âge de la néoplasie. Ces petites tumeurs examinées sur une section perpendiculaire à leur surface, montrent à l’œil nu ou à la loupe plusieurs couches successives toutes plus épaisses qu’à l’état normal, qui sont : la muqueuse, le tissu conjonctif sous-muqueux, les deux couches musculeuses, et le tissu sous-péritonéal. Mais c’est surtout la couche sous-muqueuse qui est la plus épaissie. Si nous analysons au microscope une coupe qui comprenne toute une granulation, nous verrons que dans toutes les couches de l’estomac, il s’est développé des noyaux cancéreux en grande abondance ; que dans la couche glandulaire ils forment des lignes de séparation entre les glandes en tube ; que dans le tissu conjonctif sous-muqueux ils écartent les unes des autres les fibres lamineuses et qu’ils se réunissent sous forme d’îlots ovoïdes ou de petites cavités alvéolaires. La tumeur s’accroît peu à peu ; bientôt la couche superficielle formée par la muqueuse est détruite et il se forme une ulcération. Sur la muqueuse stomacale, le processus ulcératif est le même qu’à la peau : une tumeur vient du tissu cellulaire sous-muqueux et exerce une compression évidente sur l’épithélium superficiel qui, imbibé de liquides, macéré en quelque sorte, se desquame enfin en donnant lieu à l’ulcération. Les glandes de la muqueuse sont d’abord hypertrophiées et remplies de noyaux et de cellules, elles se délruisentquand l’ulcération commence. La tumeur

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primitive squirrheuse de l’estomac est, comme celle du sein, dense, blanche sur une coupe, et les tumeurs secondaires des organes voisins (foie, pancréas, ganglions lymphatiques, etc.) ont les mêmes caractères.

Les tumeurs squirrheuses peuvent présenter dans une plus ou moins grande partie de leur masse la dégénérescence colloïde. Nous étudierons plus loin les caractères, à l’œil nu et au microscope, des tumeurs primitivement colloïdes, et en même temps nous rapporterons un cas de squirrhe ayant subi en partie cette même altération.

Le carcinome ossifiant , seconde variété de Paulicki, est très-rare ; aussi n’y a-t-il rien d’étonnant à ce qu’il n’en soit pas fait mention, d’une façon spéciale, dans nos auteurs français. Il est constitué par une trame de tissu fibreux qui circonscrit des alvéoles comme dans le cas précédent; seulement, la trame de tissu conjonctif est remplacée en partie ou en totalité par des trabécules osseuses.

La figure suivante, que nous empruntons à Paulicki, représente très-bien cette disposition.

Les trabécules osseuses B, formées d’ostéoplastes A, se continuent directement avec le tissu conjonctif D. Dans les espaces alvéolaires, se trouvent les cellules épithéliales.

Je n’ai vu qu’un seul cas de ce genre développé dans le corps des vertèbres, où il formait des tumeurs osseuses, saillantes, sous le périoste. Ces tumeurs, de nouvelle formation, étaient constituées par des trabécules osseuses dans l’intervalle desquelles étaient agglomérées les cellules épithéliales.

D’après Paulicki, le carcinome ossifiant se développe primitivement dans l’intérieur ou à la surface des os, sous le périoste. L’ossification de la trame ne commence qu’après que la tumeur cancéreuse s’est formée; elle marche de sa base à sa surface. Si l’on fait macérer un os ainsi malade, le suc cancéreux se mêle à l’eau, et l’on voit alors très-bien les petites cavités qui en étaient remplies avant la macération. Par la direc-

^G. 8. — Squirrhe ossifiant. (Figure empruntée à Paulicki.)

tion des lamelles osseuses de la tumeur, on peut s’assurer qu’elles ^appartiennent pas à l’os ancien, mais qu’elles sont de formation nouvelle.

S’est-il ainsi formé un cancer à trame ossifiée dans un os, s'il se généralise, les tumeurs secondaires, développées dans différents organes, auront d’abord une trame celluleuse qui pourra plus tard s’ossifier elle-même. On a même observé celte particularité de structure dans les ganglions lymphatiques.

Telle est la description de cette variété de carcinome. Nous devons ajouter qu'il sera toujours facile de ne pas la confondre avec les autres formes de tumeurs osseuses, accompagnées d’ossification ou d’incrustalion calcaire. Beaucoup de tumeurs à fibro-plasliques, à myéloplaxes, à médullocelles, sont dans ce cas. Mais on a toujours, dans l’examen microscopique, des données suffisantes pour caractériser ces tumeurs.

§ II. Deuxième variété du carcinome. — Carcinome médullaire commun

ou encéphaloïde.

Les tumeurs de cette variété présentent à l’œil nu la mollesse spéciale et la couleur de la substance cérébrale, apparence grossière qui leur a fait donner leur nom. Au point de vue d’une analyse plus précise, elles doivent leur mollesse à la prédominance des cellules sur la trame fibreuse de la tumeur. Elles sont très-riches en suc cancéreux qui s’en écoule par la pression sur une coupe en grande abondance. Ce suc est laiteux, plus blanc, plus épais, plus opaque que le suc ténu du squirrhe; on le fait sortir par la pression sous forme de petites gouttelettes ; la trame elle-même est molle, peu épaisse ; elle forme des cavités alvéolaires beaucoup plus spacieuses que celles du squirrhe, de telle sorte que souvent on peut les voir à l’œil nu. Hâtons-nous d’ajouter, pour compléter la comparaison que nous faisons du squirrhe et de l’encéphaloïde, qu’on peut trouver tous les intermédiaires entre le cancer dur et le cancer mou, et qu’il y a des tumeurs qui sont en quelque sorte sur la limite entre ces deux états, ce qui diminue singulièrement la valeur de la distinction qu’on en fait.

Ce n’est pas à dire pour cela que l’encéphaloïde ne soit autre chose qu’un squirrhe ramolli, car la majorité des auteurs et nos propres observations tendent à faire admettre que le squirrhe conserve dans la tumeur primitive et dans les noyaux secondaires ses caractères propres,

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