‹ Du cancer et de ses caractéres anatomiquesChapitre 2 sur 39 · V. CORML. — DU CANCER · texte numérisé non relu

V. CORML. — DU CANCER

lois de formation et de naissance des éléments sont immuables; l’éco* nomie ne peut engendrer des éléments qui lui soient étrangers à l’état physiologique : la maladie, et les tumeurs cancéreuses en particulier, ne sont pas des êtres indépendants surajoutés à l’ojganisme, mais au contraire des éléments normaux formés en plus grande abondance, ou dans un lieu, ou dans une période de la vie où ils n’existent pas à l’état normal. Le mot d'hétéromorphisme, qui indiquait la présence de formations étrangères à l'économie, a dû être remplacé par les mots à’hétérologie (Virchow), ou àf hétérotopie, erreur de lieu, ou d y hétérochronie, erreur de temps. Aujourd’hui on peut compter, car ils sont bien peu nombreux, les partisans delà spécificité de la cellule cancéreuse; ce sont : en Allemagne, Lebert; en France, MM. Broca (1) et Follin (2).

Depuis la discussion au sein de l’Académie qui eut en 1854 un si grand retentissement, la question du cancer ne resta pas posée dans les mêmes termes, et nous croyons nécessaire de donner un exposé rapide de ses progrès parallèles à ceux des sciences qui servaient de base aux travaux nouveaux, l’histologie et l’histogenèse.

L’hétéromorphisme était jugé par la négative; il fallait chercher ailleurs que dans la cellule des caractères distinctifs du cancer. Toutes les cellules que Ton rencontre dans le suc cancéreux étaient démontrées comme les analogues ou les dérivées de cellules existant normalement.

Dès lors, la distinction établie entre les cancers et les pseudo-cancers (cancroïdes, tumeurs fibro- plastiques , tumeurs à myéloplaxes, enchondromes, etc.), était nulle.

On étudia mieux la texture du cancer, et l’on vit que le suc cancéreux était contenu dans une trame de tissu conjonctif. Cet important caractère du cancer n’avait pas échappé à Cruveilhier, qui l’avait signalé dès 1827. Mais ce fait n’avait pas attiré l’attention des jeunes anatomistes , concentrée tout entière sur l’étude du suc et des cellules qui y sont contenues. Le mouvement vint de l’Allemagne. Rokitansky (3) en 1846 et Virchow (4) en 1847 décrivaient dans les tumeurs cancé-

(1) Broca, Mémoires de V Académie de médecine , I. XVII, 1852.

(2) Follin, Traité de pathologie chirurgicale , t. I.

(3) Rokitansky, Lehrbuchder pathologischen Anatomie , t. I, première édit., 1846.

(4) Virchow, Archiv fur pathologische Anatomie , lre livraison, 1847 ; — et Gesammelte Abhandlungen, 1862, 2e édit., p. 1018.

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reuses une trame de tissu conjonctif de nouvelle formation, qu’ils appelaient stroma; c’est dans les lacunes ou alvéoles microscopiques creusés dans ce stroma qu’étaient placées les cellules du suc cancéreux.

Ces alvéoles étaient-ils les mêmes dans le cancer et dans le cancroïde? Non, les différences cliniques si tranchées dans certains cas entre ces deux variétés de tumeurs malignes répondaient à une différence histologique que Virchow spécifiait de la façon suivante en 1850 :

Les alvéoles du cancer diffèrent de ceux du cancroïde en ce que ces derniers, beaucoup plus gros, visibles à l'œil nu, se creusent directement dans le tissu envahi, sans qu'il se soit formé autour d’eux une gangue de tissu conjonctif nouveau. Ainsi, le cancer était caractérisé par une trame de tissu conjonctif de nouvelle formation et des alvéoles contenant des cellules et des noyaux; le cancroïde par l’absence de trame, et par des alvéoles volumineux creusés directement dans le tissu ancien, rempli de cellules épithéliales et de globes épidermiques.

Une autre donnée, fournie par l’histologie, fut l’analogie de structure de ces tumeurs avec celle des tissus formés d’épithélium et particulièment des glandes. Déjà en 1846, Lebert avait vu, dans les cancroïdes de la peau, des parties qu’il avait considérées comme une hypertrophie des glandes sébacées. Robin, Rouget (1) et plusieurs autres observateurs avaient signalé des faits analogues d’hypertrophie des glandes, et l’on décrivait une forme acineuse du cancroïde. Reinhard t (2) donnait, en 1851, trois cas de tumeurs du tube digestif qui avaient, à simple vue, l’apparence de Pencéphaloïde, dont deux s’étaient généralisées au foie et aux reins et qu’il regardait comme des hypertrophies des glandes de Lieberkühn. En 1853, Robin et Laboulbène (3) publiaient des observations de tumeurs constituées par un tissu qui avait beaucoup de ressemblance avec les glandes, et qu’ils appelaient, pour cette raison, hétéradénique. Ces tumeurs avaient l’aspect à l’œil nu et la gravité du cancer. L’année suivante, les mémoires de Remak (4) et de Ver-

(1) Rouget, Comptes rendus des séances de la Société de biologie , 1850.

(2) Reinhardt, Annalen der Charité zu Berlin, t. II, 1851.

(3) Robin et Laboulbène, Mémoires de la Société de biologie , 1853, et Gazette médicale ,

même année.

(û) Remak, Deutsche Klinik , avril 185/j.

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