‹ Du cancer et de ses caractéres anatomiquesChapitre 20 sur 39 · CORNU*. — DU CANCER · texte numérisé non relu

CORNU*. — DU CANCER

dilatations des capillaires, et il suffira de jeter les yeux sur la figure suivante pour voir que les vaisseaux capillaires de la tumeur étaient presque tous dilatés, soit dans toute leur circonférence, en fuseau, en forme de chapelet, soit en un point seulement de leur surface. Dans ce dernier cas, on avait de petits anévrysmes pariétaux sphériques ou pyriformes. Les dilatations siégeaient le plus habituellement au sommet culminant des anses et des courbes que faisaient les vaisseaux. Ces

vaisseaux constituaient presque uniquement la trame de la tumeur, qui, dans nos deux observations, nous a paru manquer presque absolument de tissu conjonctif. Quant aux cellules qui formaient le suc cancéreux trèsabondant dans nos observations, elles appartenaient à l'épithélium nucléaire ou -sphérique, elles étaient volumineuses, à gros noyaux et à gros nucléoles.

Dans ces cas, de même que dans plusieurs autres présentés

Fig. 11. — Dilatations des capillaires dans un cas de depuis deux ans aux Sociétés

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cancer hématode nous a paru n’être qu’un cancer encéphaloïde avec développement exagéré des vaisseaux et amincissement et disparition de la trame du tissu conjonctif.

Les deux observations suivantes sont de très-beaux exemples de cancers hématodes, et présentent cette particularité que les veines, dans un cas, et les vaisseaux lymphatiques dans l’autre, étaient remplis de tissu nouveau, riche en suc laiteux et en vaisseaux nouveaux dilatés.

Obs. II. — Cancer encéphaloïde ulcéré de l’estomac. Cancer secondaire du foie et des veines stomacales. Vaisseaux capillaires dilatés dans le tissu nouveau de l’estomac , du foie et de la cavité des veines.

Pheïsser (Marie), âgée de quatre-vingt-quatre ans, entrée le 13 août 1863 à l’infirmerie de la Salpêtrière, au n° 7 de la salle Saint-Paul (service de M. le docteur Charcot), morte le 23 septembre 1863.

Autopsie faite le 23. — Le cœur est petit, revenu sur lui-même, mais non altéré. Les poumons sont congestionnés dans leurs lobes inférieurs. Le thorax est en carène, bien qu’il n’y ait rien de particulier aux côtes, ni friabilité sénile, ni fractures.

La muqueuse de l’estomac présente au niveau de la petite courbure, du côté de la région pylorique, une ulcération de la grandeur de la paume de la main, circulaire, dont les bords sont saillants, épais, mollasses et fongueux, très-vascularisés.

Le fond de cette ulcération est généralement gris, putrilagineux, mais cependant on peut y voir aussi des fongosités vasculaires. Une section du tissu mou qui forme les bords et le fond de l’ulcération fait voir une grande quantité de sué laiteux. Autour de cet ulcère de l’estomac, la muqueuse stomacale est grisâtre, ardoisée, et, en regardant avec attention à l’œil nu, ou même à l’examen microscopique fait avec de faibles lentilles, on reconnaît de petits kystes glandulaires sphériques par dilatation des glandes en tube de l’estomac. Le suc cancéreux blanc et très-abondant du tissu de nouvelle formation est constitué par des noyaux volumineux contenant un gros nucléole, et par des cellules sphériques ou irrégulièrement polyédriques.

L’examen microscopique des vaisseaux, des bourgeons, du pourtour et du fond de l’ulcération montre un réseau extrêmement riche en capillaires dilatés.

Après avoir séparé l’estomac du péritoine qui le recouvre, on voit se dessiner sur la surface péritonéale de ce viscère des cylindres pleins , sinueux , du volume d’un porte-plume, qui rayonnent de la partie occupée par l’ulcère cancéreux; ils s’éloignent de l’ulcère en divers sens. En les ouvrant, on reconnaît facilement que ce sont des veines dont la cavité est remplie par une substance pulpeuse grise, traversée par des lignes rouges. On retrouve là, au microscope, les mêmes noyaux et cellules que nous avons décrits précédemment dans le suc de l’ulcère cancéreux, et les lignes rouges sont des vaisseaux également dilatés et variqueux qui partent irrégulièrement delà paroi des veines. Les vaisseaux avec des dilatations moniliformes ou anévrysmatiques, sont en nombre considérable, et forment avec les cellules le contenu des grosses veines. Nous n’avons pas pu trouver de point où les veines qui partaient de l’ulcère préseniassent de solution de continuité.

Le foie est très-gros; il pèse 1920 grammes et présente dans toute son étendue des nodules cancéreux généralement petits, dont les plus gros atteignent le volume d’une noix. Vus sur des coupes, ils sont mous et se dépriment à leur centre, et offrent une coloration grise sur laquelle tranchent des lignes et des points rouges. Ces derniers sont des vaisseaux et des dilatations vasculaires, semblables à ceux figurés (fig. 10) ; les cellules du liquide sont aussi les mêmes qu’à l’estomac. A part les vaisseaux, il n’y a pas de trame de tissu conjonctif dans ces masses cancéreuses, ce qui leur donne la mollesse qui leur est propre. Après avoir bien lavé à l’eau les vaisseaux de nouvelle formation pour les débarrasser du sang qui les remplit, on étudie au microscope leurs parois, et l’on constate que le plus grand nombre d’entre elles sont complètement saines, tandis qu’un petit nombre de ces parois présentent beaucoup de noyaux arrondis et volumineux par places, dont quelques-uns sont infiltrés de granulations graisseuses.

Rate dure, reins granulés à leur surface, vessie saine. L’aorte est très-fortement athéromateuse à son extrémité inférieure; pas de ganglions lymphatiques dégénérés. Rien à la coupe des corps vertébraux.

Obs. III. — Hématurie et signes d’un cancer du rein. Cachexie. Paralysie avec abolition des mouvements réflexes. — Autopsie : Carcinome télangiectode du rein gauche , des ganglions lymphatiques du mésentère et de la région sus-claviculaire gauche ; des vaisseaux lymphatiques du poumon gauche; du corps des dernières vertèbres lombaires et de la dure-mère. Compression des nerfs de la queue-de-cheval. Atrophie des nerfs sciatiques. Dégénérescence granulo- graisseuse des muscles des extrémités inférieures .

Crochet (Joséphine), âgée de trente-trois ans, couchée au n° 27 de la salle Sainte-Mathilde (Lariboisière, service de M. Hérard).

CORNIL. — DU CANCER

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Née de parents actuellement vivants et bien portants, cette femme a eu deux enfants, dont l’un est mort à quatre ans d’une angine, et dont l’autre jouit d’une bonne santé. Jusqu’à sa dernière couche, qui eut lieu en 1852, elle n’a jamais été malalade ; neuf mois après cette couche, elle eut dans le ventre des douleurs, qui durèrent environ un mois, puis disparurent. 1 Il lui survint, il y a environ onze ans, des hémorrhoïdes qui se sont supprimées spontanément il y a deux ans. C’est au mois de juin 1863 que la malade fait remonter sa maladie actuelle. Elle éprouva à ce moment un grand affaiblissement, qu’elle rapporta d’abord à la fatigue que lui causait son travail, et quitta Paris au mois de juillet pour aller dans son pays, où elle resta jusqu’en octobre 1863. Pendant tout ce temps, elle fut tourmentée par une douleur siégeant dans la région lombaire gauche, avec sensation de tiraillement et irradiation vers la cuisse et le genou du même côté.

Au mois d’octobre 1863, la malade revint de son pays plus faible qu’elle n’était à son départ. Quarante-cinq jours après son retour, elle éprouvait de la difficulté à uriner et, en regardant ses urines, elle y vit quelques caillots sanguins. Ces accidents se reproduisirent les jours suivants, accompagnant les douleurs lombaires indiquées plus haut et qui persistaient.

Le 8 novembre, il y eut rétention d’urine complète, et l’on dut pratiquer deux fois le cathé- . téiisme. Outre les caillots qu elles contenaient fréquemment, les urines présentaient toujours une coloration très-rouge.

Entrée à l'hôpital le 21 décembre 1863. — La malade est grande, pâle, amaigrie. La peau a une coloration jaune. Les règles n’ont pas été supprimées, mais elles sont moins abondantes depuis que les urines sont devenues rouges. Quoique la malade garde constamment le lit, l’appétit est assez bien conservé ; les digestions sont faciles habituellement; quelquefois seulement la malade se plaint de coliques et de constipation. Les douleurs indiquées plus haut continuent à tourmenter la malade. Elles ont conservé pour siège principal le flanc et l’hypochondre gauches, en s’irradiant dans le membre inférieur du même côté. Elles sont continuelles.

A la palpation de l’abdomen, on sent le bord du rein gauche qui est le siège de la douleur; cette douleur se prolonge vers le bas-ventre en suivant le trajet de l’uretère. La malade dit éprouver aux points correspondants de la partie postérieure du tronc une douleur semblable. Habituellement sourde et obtuse, cette douleur devient parfois fulgurante, surtout au moment de la miction. Les jambes n’ont jamais été enflées. La respiration est par moments un peu gênée.

La malade porte depuis deux ans dans l’une des régions sus-claviculaires une tumeur de la grosseur du poing, dure, élastique, un peu mamelonnée, indolente, et sur laquelle la peau se déplace aisément.

Les urines sont troubles, fortement coagulées par l'acide nitrique et la chaleur. Lorsqu’on les laisse reposer, le tiers inférieur du verre est rempli par un liquide opaque, muco-purulent, contenant des globules de pus, des corpuscules muqueux, des cellules épithéliales pavimenteuses et quelques corpuscules sanguins. A la surface de ce dépôt, c’est-à-dire à l’union du tiers inférieur avec les deux tiers supérieurs de la hauteur du liquide, se trouve une mince couche de sang. L’examen des urines a été plusieurs fois répété sans qu’on y ait jamais trouvé de tubes ou cylindres hyalins.

La malade sort pour quelque temps de l’hôpital.. .

Pendant le temps qu’elle passa chez elle, elle s’amaigrit et s’affaiblit rapidement. Elle éprouva dans les genoux des douleurs pour lesquelles on appliqua des vésicatoires sur les genoux mêmes. Elle eut vers le 6 mars ses règles, qui durèrent environ quatre jours, et furent suivies de fourmillements et de douleurs vives et profondes dans les jambes.

Rentrée dans la salle Sainte-Mathilde , le 25 mars 186/t. — La malade présente une maigreur beaucoup plus considérable qu’à l’époque de son précédent séjour. Cette maigreur, et

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probablement aussi l’extension qu’a prise cette tumeur, permettent de sentir celle-ci énorme, lobulée, arrivant jusqu’à l’ombilic, et remplissant toute la partie gauche de l’abdomen.

Les jambes sont paralysées complètement du mouvement ; la sensibilité est aussi presque complètement abolie ; la malade sent à peine un fort pincement. L’état des urines est le même que celui indiqué précédemment.

1er avril . — La sensibilité de la jambe gauche est complètement abolie. Celle du membre inférieur droit l’est presque complètement aussi. De ce côté, pourtant, la malade sent encore quand on la pince fortement, mais cette sensation n’est perçue que tardivement.

U avril, — En explorant par l’électricité, à l’aide de l’appareil à induction, les muscles des membres inférieurs, on peut obtenir des contractions assez fortes (quoique moins qu’à l’état normal) des muscles du côté droit. A gauche, quoique l’électrisation produise quelque douleur, on ne peut obtenir aucun mouvement.

On ne provoque aux deux extrémités inférieures de mouvements réflexes, ni par le pincement , ni par le chatouillement , ni par la pression.

Mort le 8 avril 1864.

Autopsie faite le 10 avril. — Le crâne et le cerveau ne présentent rien de particulier.

La moelle est de consistance normale dans toute son étendue, au moins à l’œil nu. Immédiatement au-dessous de son extrémité inférieure, les nerfs de la queue-de-cheval sont comprimés par une tumeur vasculaire et riche en suc laiteux , de la grosseur d’une noix, qui soulève la dure-mère, et qui est attenante d’une part à la face externe de la dure-mère, et d’autre part au périoste du corps des vertèbres.

Les nerfs de la queue-de-cheval à ce niveau ont leur apparence normale.

Le nerf sciatique du côté gauche, enlevé, est visiblement plus petit et plus mou qu’un nerf sciatique normal. Examiné au microscope, il présente des tubes larges tout à fait normaux et des tubes minces en grand nombre. Ceux-ci sont parfois renflés de distance en distance comme les fibres du cerveau. Ils ont partout un double contour ; quelques granulations graisseuses se rencontrent çà et là, mais elles sont fort rares. U n’y a pas de congestion.

Les muscles de la jambe gauche présentent une coloration rougeâtre tirant sur la teinte feuille-morte; ils sont mous. Ils sont étudiés comparativement avec ceux de l’avant-bras du même côté : tandis que ces derniers montrent une structure bien normale et seulement des granulations extrêmement fines, transparentes et incolores, les muscles de la jambe présentent des granulations graisseuses en grand nombre, jaunes, réfringentes, et dissoutes par l’éther. Ces granulations sont un peu pâlies par la soude, mais non par l’acide acétique. Les noyaux sont plus gros et plus nombreux que dans les muscles de l’avant-bras. Les stries transversales, dans les muscles de la jambe, ont presque partout disparu, tandis que les stries longitudinales sont conservées.

Au sacrum existe une eschare très-étendue.

La tumeur de la région sus-claviculaire présente la même forme et la même structure à la coupe que les tumeurs formées par les ganglions mésentériques (voir ci-dessous). Elle est bosselée à sa surface, et partout isolable des tissus voisins.

Le péricarde est sain.

Le cœur est petit, d’ailleurs sans lésion.

Les plèvres ne contiennent pas de liquide et ne présentent pas d’adhérences. La droite est saine ainsi que le poumon du même côté.

La plèvre gauche présente à sa surface des figures polygonales dessinant les lobules secondaires. Ces lignes sont saillantes, dures, noueuses et renflées de distance en distance; ce sont

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