V. CJORllL
des vaisseaux lymphatiques remplis du tissu nouveau. Leur coloration est grisâtre, rosée ou jaunâtre. Par une section faite au niveau de l’une de ces lignes, on fait sortir d’une cavité vasculaire un contenu solide, riche en suc laiteux, et qui, examiné au microscope, se montre formé par des vaisseaux en très-grand nombre, ramifiés en forme de bouquet, dilatés par places, surtout aux anses terminales, et gorgés de sang. Les vaisseaux sont entourés à leur périphérie par deux ou trois couches de cellules granuleuses très-grosses (corpuscules de Gluge), contenant des granulations graisseuses. Les cellules qui composent le liquide laiteux sont des cellules épithéliales grosses, souvent vésiculeuses, et contenant alors un ou plusieurs noyaux libres très-volumineux. Outre cette lésion de ses vaisseaux lymphatiques, la plèvre présente des granulations cancéreuses, roses, grises ou jaunâtres. Les vaisseaux sanguins artériels et veineux de cette membrane sont congestionnés, mais sa surface ne présente pas d’exsudation fibrineuse.
Le foie et l’intestin sont normaux. La rate est assez grosse et sans altération.
L’utérus est gros et congestionné.
Après avoir enlevé ces viscères, on voit une tumeur bosselée énorme, sous -péritonéale, qui siège à gauche, dans les régions lombaire et hypochondriaque et qui s’avance jusqu’à la ligne médiane.
Celte tumeur est formée par le rein gauche et par des ganglions lymphatiques qui ont le volume du poing. Ces ganglions ont une surface bosselée ; sur leur surface de section on voit une partie centrale de coloration jaqnâtre qui présente de petites cavités ou de petits kystes limités par du tissu fibreux et remplis par un liquide visqueux, filant, muqueux et incolore. Leur partie périphérique est de coloration rosée ou rouge, formée par des îlots ayant de un demi-centimètre à un centimètre et demi de diamètre, arrondis et circonscrits par des fibres entrecroisées. L’intérieur de ces îlots est formé par un tissu riche en suc laiteux et par des vaisseaux gorgés de sang. Ces vaisseaux paraissent à l’œil nu sous forme de lignes et de points. En les examinant au microscope avec un faible grossissement, on voit des capillaires et de petits vaisseaux avec des dilatations anévrysmales formées sur leur trajet. Ces dilatations, dont les plus grosses ont de un cinquième à un demi-millimètre, sont généralement sphériques , directement continues avec les vaisseaux, ou bien en chapelet. Les vaisseaux sont de gros capillaires à une seule tunique. Telle est la structure des plus petites de ces tumeurs, de celles dont le peu d’ancienneté est attesté par leur petitesse et par leur développement sur la surface, où elles proéminent comme des granulations. On ne retrouve pas la capsule surrénale: il paraît probable qu’elle s’est transformée et concourt à former la grosse tumeur dont le rein gauche constitue la partie principale.
Le pancréas est dur. v
Le rein droit est normal quant au volume. La substance corticale en est pâle.
Le rein gauche forme une tumeur énorme, jaunâtre, d’environ 20 centimètres de longueur sur 12 de largeur, de forme aplatie. Après l’avoir isolé par la dissection du tissu cellulo-graisseux qui l’entoure, on met à nu sa surface qui est bosselée, mamelonnée. Sa partie inférieure est à peu près normale, tandis que la supérieure est transformée complètement. Fendue dans toute sa hauteur, la tumeur présente inférieurement, dans une longueur d’environ 8 centi mètres, l’aspect du rein. La substance corticale y est d’un gris jaunâtre. Les pyramides sont un peu rosées. Les calices dans cette partie contiennent un petit calcul brunâtre. Cette partie inférieure du rein, qui a conservé l’aspect normal delà glande, se continue directement avec la portion supérieure et dégénérée de l’organe. Le bassinet se trouve au niveau de cette dernière portion ; il contient deux calculs du volume d’un petit pois, brunâtres, lisses à la surface, sans caractères microscopiques, formés par de Vurate de soude. (Analyse de M. G. Bergeron.)
La coupe de la production nouvelle du rein offre le même aspect que celles des ganglions dégénérés. C’est un tissu à stroma fibreux, présentant dans l’écartement des fibres des portions sphériques de un demi-millimètre de diamètre, de coloration grisâtre, de consistance mollasse, très-riches en vaisseaux et en dilatations et anévrysmes capillaires. Si l’on presse sur ces parties, ou qu’on les enlève avec le scalpel, on obtient une substance molle, riche en suc miscible à l’eau, de couleur laiteuse, et quand on veut séparer de ce liquide les vaisseaux qui y sont contenus, on le peut aisément avec le pinceau seul. Ces vaisseaux ne paraissent donc pas assujettis par du tissu conjonctif.
Le bassinet est congestionné.
L’uretère est gros, sa muqueuse est épaissie.
La muqueuse vésicale est congestionnée. Dans l’intérieur de la vessie, à la surface de la muqueuse, mais libres à cette surface, se trouvent des linéaments rougeâtres qui sont des vaisseaux sanguins.
Un fait important à signaler, c’est l’absence complète, en certains points, de toute trame de tissu conjonctif, abstraction faite des vaisseaux. D’après les deux observations que nous avons rapportées, on peut voir aussi que les nombreux dépôts cancéreux secondaires avaient emprunté à la tumeur primitive leur tendance à renfermer comme elle des vaisseaux dilatés.
Carcinome mélanique ( carcinoma melanocles). — Le carcinome mélanique est très-rare; non qu’on n’observe pas souvent des tumeurs de l’orbite et de la peau qui sont colorées en brun ou en bistre, mais ce ne sont pas toujours des carcinomes, et l’observation microscopique démontre habituellement qu’elles sont composées par des éléments fibro-plastiques. Néanmoins le véritable carcinome mélanique existe aussi, et nous avons eu récemment occasion d’en observer un exemple.
Le carcinome mélanique est caractérisé à l’œil nu par la couleur brune ou sépia; il est tantôt dur et tantôt mou ; sa surface de section laisse échapper par la pression un suc laiteux blanchâtre ou coloré en brun. 11 est de ceux dont la marche et la généralisation sont les plus rapides. Il commence généralement par la peau sous forme d’un ou de plusieurs petits tubercules saillants, durs, et colorés en brun, qui se développent dans le derme ou dans le tissu cellulaire sous-cutané.
L’examen microscopique montre que l’élément colorant consiste dans de petites granulations pigmentaires brunes ou noires, exactement semblables pour leur siège et leurs réactions chimiques avec le pigment qui infiltre les cellules épithéliales du corps muqueux de Malpighichez les nègres. Dans certains cas, ce sont les cellules seules du suc qui sont pigmentées, et les tractus fibreux qui forment les alvéoles ont conservé leur transparence habituelle. Il en résulte, lorsqu’on examine