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de pareilles tumeurs sur des coupes, qu’on a des îlots de cellules plus ou moins infiltrées de pigment, limitées par des cloisons normales. Les granulations colorées, toujours assez fines, commencent par siéger dans l’intérieur de la cellule, autour du noyau, qui reste intact un certain temps; mais bientôt le pigment, s’accumulant, finit par masquer et infiltrer le noyau lui-même, et toute la cellule est transformée en une masse noire, amorphe, sphérique ou irrégulière.
Dans d'autres cas, les granulations commencent par se déposer dans les cloisons de la trame de la tumeur et ne gagnent qu'ensuite les cellules et les noyaux. C’est ce que nous avons observé et reproduit dans la figure suivante. Il en résulte alors qu’en raclant avec le scalpel la
coupe de certaines parties de la tumeur, on obtient un suc laiteux, et que dans d’autres points ce suc est plus ou moins coloré en brun.
11 est de règle que le cancer mélanique , lorsqu’il se reproduit et se généralise à des or¬
ganes éloignés de son point de départ, conserve toujours la meme structure et sa coloration caractéristique.
Du chloroma. — Les tumeurs du cerveau colorées en vert, dont Cruveilhier, Balfour, Durand-Fardel, King, Aran, etc., ont rapporté des exemples, appartiennent également au carcinome médullaire. Elles se développent dans les os du crâne ou à la face interne de la dure-mère;
elles sont molles, fournissent à la pression un suc de couleur verte et peuvent se généraliser en conservant la coloration de la tumeur primitive. Nous n’avons jamais observé personnellement de faits semblables, et nous ne sommes pas plus en mesure d’en donner une description microscopique complète que d’expliquer leur coloration spéciale.
Les encéphaloïdes peuvent présenter dans une plus ou moins grande partie de leur masse la dégénérescence colloïde , ainsi que nous en rapporterons bientôt un exemple.
Fig. 12. — Cancer mélanique clans un point où la trame est seule pigmentée. — a. Noyaux ovoïdes avec des expansions sarcodiques. — b. Trame fibreuse infiltrée de pigment noir. — c. Un de ces éléments en voie de division. (Grossissement de 550 diamètres.)
§ III. Troisième variété du carcinome. — Carcinome colloide.
L’épithète de colloïde, appliquée aux tumeurs en général et en particulier au cancer, ne signifie rien autre chose qu’une apparence extérieure. Elle ne préjuge rien quant à la nature intime. Ainsi, quelle différence entre une tumeur fibreuse devenue colloïde (myxoma), analogue au tissu cellulaire du cordon ombilical (tissu muqueux de Virchow), et les tumeurs cancéreuses colloïdes, qui se généralisent à tous les organes? Pour faire cette distinction, un examen approfondi est indispensable, et nous n'avons pas de trop de toutes les ressources de
l'histologie.
Cette science a démontré que pouvaient revêtir l’aspect colloïde :
1° Le tissu lamineux et les tumeurs fibreuses ;
2° Les tumeurs constituées par du tissu fibro^p lus tique et embryoplastique ;
3° Les tumeurs enchondromciteuses et le tissu cartilagineux ;
Les cellules épithéliales des glandes et des surfaces muqueuses, exemple les œufs de Naboth du col utérin, les cellules de l’épiderme (Robin), et les tumeurs formées par des productions nouvelles de tissu épithélial, par exemple lés polypes glandulaires, les cancro'ides et les carcinomes.
Les carcinomes colloïdes , les seuls que nous ayons en vue actuellement, sont de deux sortes :
1° Ceux qui présentent l'aspect colloïde d’emblée, et qui, lorsqu’ils se généralisent, se reproduisent aussi sous forme de tumeuis colloïdes secondaires ;
2° Les carcinomes (squirrhe ou encéphaloïde) qui n’ont subi qu’en partie la dégénérescence colloïde.
Éludions d’abord en quoi consiste cette altération considérée dans les deux parties élémentaires des tumeurs carcinomateuses, dans les cellules et dans la trame. L’aspect gélaliniforme, transparent, colloïde, est dû à une infiltration de la tumeur par une matière semi-liquide, réfringente, qui lui communique par imbibilion des propriétés optiques différentes, à peu près de la même manière que la glycérine agit sur les tissus animaux qu’on y conserve. Celle substance appartient au
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groupe des matières protéiques, mais sur elle la chimie organique n’a pas dit encore son dernier mot.
Les cellules du suc gélalinéiforme filant, contenu dans les mailles de la tumeur, ont subi des modifications constantes : elles sont devenues
sphériques, plus ou moins volumineuses, et se sont transformées en des vésicules kystiques.
Elles contiennent des granulations qui jouissent de mouvements moléculaires dans la cavité de la cellule, tandis qu’elles sont fixées dans la substance semi-liquide des cellules normales ; la membrane cellulaire s’amincit en même temps qu’il se développe dans son intérieur une cavité qui contient elle-même soit des cellules, soit un ou plusieurs noyaux (physalides de Virchow). Ces noyaux peuvent s’échapper, et il en résulte des cavités vides (cellules stériles). La cellule peut être réduite à un disque mince qui disparaît lui-même bientôt. En même temps que les cellules précédentes, on trouve dans le liquide des noyaux vésiculeux et des débris granuleux. Sous finfluence de l’acide acétique , ces cellules granuleuses se contractent et diminuent considérablement de volume : telles sont les métamorphoses subies par le suc cancéreux dans ses éléments constituants. C’est ce qu’ont parfaitement décrit Robin (1), sous le nom de transformation vésiculeuse , et E. Wagner (2), sous celui de métamorphose colloïde des cellules (3).
Voyons maintenant ce qui se passe relativement à la trame de la
Fig. 13. — Éléments du cancer colloïde.
— a. Cellule vésiculeuse contenant ellemême une cellule dans son intérieur.
— b. Cellule vésiculeuse vide. —
— c. Cellule vésiculeuse contenant un noyau sphérique. — d. Cellule distendue contenant trois cellules dans son intérieur. — e, e. Cellules vésiculeuses en voie d’atrophie. (Grossissement de 300 diamètres.)
(1) Ch. Robin, Dictionnaire de médecine , 11e édit., p. 1508.
(2) E. Wagner, Zur Colloid-Metamorphose der Zellen (Archiv der Heilkunde, 1856, t. XV).
(3) Robin insiste avec raison sur ce point que les cellules épithéliales des muqueuses peuvent présenter parfois, dans certaines conditions physiologiques, toutes les déviations (état vésiculeux, distension, etc.) qu’on trouve dans les tumeurs colloïdes.
ET DE SES CARACTÈRES ANATOMIQUES. 5/j7
lu m eu r : et d’abord, par suite de l’augmentation de volume, de la distension des cellules , les alvéoles seront eux-mêmes devenus plus volumineux. Il en résultera de petits kystes semblables quelquefois à du frai de grenouille et visibles à l’œil nu. On pourra faire sortir de la trame le liquide colloïde qu elle contient et que nous avons vu composé de cellules infiltrées, et apprécier à l’œil nu les mailles de cette trame. Si l’on en fait une coupe mince qu’on examine au microscope, on aura des cloisons en général fines et transparentes limitant des espaces plus ou moins volumineux, ovoïdes ou irréguliers, dans certains cas parfaitement sphériques. Les dessins suivants, que nous avons faits de tumeurs colloïdes, en sont des exemples.
Fig. 14. — Cancer colloïde. — m. Cloison fibreuse. — n. Cloisons amincies et colloïdes circonscrivant les alvéoles dans lesquels se trouvent des cellules colloïdes. (Grossissement de 200 diam.)
Fig. 15. — Cancer colloïde. — a. Granulations. — b. Cellules vésiculeuses. — c. Trame fibreuse. (Grossissement de 200 diamètres.)
Les cloisons de tissu conjonctif sont elles- mêmes dans certains cas atrophiées et ne montrent plus, comme lorsqu’elles sont normales, des noyaux allongés , mais seulement de fines granulations brillantes et réfringentes dont les unes sont de nature graisseuse et les autres de nature protéique ; le processus aboutit à certaines places à la destruction
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dos cloisons el à la formation de petits kystes, plus ou moins volumineux, remplis d’une matière gélatineuse transparente, liquide ou semiliquide, quelquefois colorée en rouge par le sang; il est naturel de supposer que dans la destruction de ces cloisons, une membrane des capillaires qui y passent a été altérée, et qu’il s’est ainsi produit une petite hémorrhagie. Mais c’est là une simple hypothèse que nous ne sommes pas en mesure de prouver autrement que par le raisonnement, et qui, par conséquent, ne nous arrêtera pas.
Dans certains cas, la trame du carcinome colloïde est très- régulière et circonscrit des cavités sphériques remplies de liquide gélatineux et visibles à l’œil nu; des cloisons principales sillonnent la tumeur, et émettent des cloisons plus minces circonscrivant des alvéoles, de telle sorte que les sections minces de ces parties présentent à un faible grossissement une figure des plus élégantes. C’est particulièrement à Cette espèce de tumeurs colloïdes que les auteurs allemands donnent le nom de carcinome alvéolaire ; mais comme nous trouvons là toutes les altérations des cellules et de la trame qui caractérisent le cancer colloïde, nous n’en ferons pas une variété distincte.
Nous allons maintenant rapporter des exemples des deux groupes que nous admettons dans les carcinomes colloïdes. Le premier, où les tumeurs sont primitivement, et en totalité, colloïdes et se reproduisent comme telles dans leur généralisation, possède déjà de nombreux exemples (1) ; j’en ai moi-même observé plusieurs cas.
J’ai pratiqué, pendant le mois de juillet 1864, l’autopsie d’un malade mort dans le service de M. Hérard (Lariboisière), qui offrait sur la muqueuse de l’estomac, au voisinage du pylore, une tumeur colloïde, ulcérée par places. Elle s’étendait en profondeur jusqu’à la tunique péritonéale et en largeur dans une étendue grande comme le creux de la main. Sur toute la surface de l’intestin grêle, existaient de petites tumeurs marronnées, grosses comme des noisettes, saillantes dans la cavité intestinale et également constituées par un tissu colloïde.
L’examen microscopique de ces tumeurs m’a montré tous les caractères que nous venons de mentionner, et, en outre, deux particularités très-curieuses. La première, c’est qu’il s’était formé, sur toute la surface
(1) Voyez J. Cruveilhier, Anatomie pathologique générale , t. V.
de l’estomac non envahie par la tumeur, des papilles très-nombreuses, assez longues pour représenter, à l’œil nu, l’aspect villeux de l’intestin grêle; la seconde particularité est, que les glandes en tube étaient conservées et hypertrophiées dans la tumeur même de l’estomac; l’épithélium de ces glandes était pavimenteux (1).
Voici une autre observation dans laquelle presque tous les organes avaient été envahis par des tumeurs colloïdes secondaires.
Obs. IV. — 'Cancer colloïde de la vésicule biliaire, du foie , des poumons et du péritoine.
Ictère , rétention de bile . Calculs biliaires . Albuminurie. Rein ictérique et en dégénérescence graisseuse.
La nommée Guiller (Suzanne), âgée de soixante-huit ans, blanchisseuse, entre le 18 mars 1863 à l’infirmerie de l’hospice de la Salpêtrière, salle Saint-Jacques, n° 6 (service de M. le docteur Charcot).
Cette femme, entrée à l’hospice en 1855, pour une amaurose de l’œil gauche, avec faiblesse de l’œil droit, donne sur ses antécédents les renseignements suivants : Sa mère est morte d’accident, son père d’asthme. De plusieurs enfants qu’elle a eus, l’un est mort à quarante ans d’une .affection de la poitrine, un seul est encore vivant. Depuis une année, à la suite de chagrins, sa santé s’est altérée, sans indisposition caractérisée. Il y a six semaines, elle a commencé à éprouver un malaise notable avec diminution d’appétit, bouche amère, constipation, et douleurs rachidiennes de siège mal limité.
A son entrée, elle présente l’état suivant : Grosse, forte, elle a le ventre volumineux. La peau a une coloration jaune très-prononcée; la langue est recouverte d’un enduit jaunâtre. Il n’y a pas de selles depuis trois jours. On sent au-dessous des fausses côtes, à droite, une tumeur douloureuse à la pression, siégeant au bord inférieur du foie, rendu irrégulier par de grosses bosselures. Les urines présentent une coloration vert de vessie très-prononcé. La malade a des varices et des hémorrhoïdes internes, formant des tumeurs saillantes. Sur les cuisses , on remarque des ecchymoses anciennes.
Cet état persiste pendant deux semaines, mais la sensibilité à la région hépatique se prononce davantage.
Le 6 avril, elle se plaint d’étouffements, de palpitations avec rapports acides. Il n’y a pas de somnolence ; le pouls est à 80. L’ictère est plus prononcé.
Le 10 avril, selles grisâtres, argileuses, moulées, divisées en bouchons, nageant dans un liquide bilieux. Les étouffements débutent par des maux de reins. Le ventre, pendant la défécation, est le siège de douleurs vives. Le même état persiste pendant un mois, sans changements notables.
Le 19 mai au soir, elle éprouve un frisson avec tremblement et difficulté à se réchauffer ; sueurs abondantes la nuit.
Le 20, le pouls est à 76. La malade a un second frisson avec sueurs ; 30 centigrammes de sulfate de quinine sont prescrits.
2 lx mai : Il y a eu hier au soir de la fièvre sans frisson, avec courbature générale ; pas
(1) Cette observation est rapportée in extenso dans le Journal de l’anatomie , 1865. xxvii. Ix 5