‹ Du cancer et de ses caractéres anatomiquesChapitre 23 sur 39 · V. CORNU,. - DU CANCER · texte numérisé non relu

V. CORNU,. - DU CANCER

d’hémorrhagies; la température est normale. La fièvre revient avec irrégularité les jours suivants.

Le 30, nouveau frisson durant une heure, suivi de chaleur, de sueurs. Selle de coloration violacée, liquide, de couleur vineuse.

3 juin : Les jambes sont enflées depuis deux jours. Les urines, vertes, très-foncées, sont troublées par la chaleur et l’acide nitrique. Examinées au microscope, elles présentent des cellules colorées en jaune par des granulations de pigment biliaire, appartenant au reinet à la vessie, et des tubes hyalins couverts de cellules, le tout coloré par des granulations jaunes.

Les jours suivants, l’état de la malade va s’aggravant; l’ictère devient de plus en plus prononcé; les lèvres, les gencives, la langue, se couvrent d’une exsudation sanguinolente.

La malade meurt le 19 juin.

Autopsie. — A l’ouverture de l’abdomen, il s’écoule une grande quantité de liquide louche, contenant des exsudations albumineuses; le foie dépasse de deux travers de doigt les fausses côtes. Le grand épiploon ne contient pas de granulations cancéreuses. Le péritoine, à la région lombaire et sur le diaphragme, présente des granulations cancéreuses bien nettes, de la grosseur d’un grain de millet.

Plèvres. — Pas d’épanchement; quelques adhérences complètes, mais peu résistantes, du poumon droit. Le poumon droit ne présente rien de notable.

Dans le poumon gauche existent clés granulations cancéreuses du volume d’un grain de millet à un pois, sur la plèvre ou dans l’intérieur du parenchyme. Ces grains, situés surtout le long des vaisseaux, ont l’apparence gélatiniforme et sont colorés en jaune.

L’examen microscopique montre qu’ils sont formés par des alvéoles pleins, par de petits kystes comme ceux qui seront décrits dans le foie. Ils renferment un grand nombre de cellules mères à noyaux multiples. Les alvéoles du tissu morbide sont un peu plus grands que les alvéoles du poumon lui-même. Les cellules cancéreuses y offrent des granulations colorées en jaune.

Cœur. — Sain, du poids de 140 grammes; petit, flasque; endocarde coloré en jaune intense.

Foie. — Son volume n’est pas considérable; pas d’adhérences ailleurs qu’à la face inférieure, où le pancréas, la vésicule biliaire et quelques ganglions sont réunis en une masse saillante et dure. La surface du foie, de couleur vert foncé, présente des masses gélatiniformes discrètes, dont les plus grosses sont du volume d’une noisette. Sur une coupe, elles sont de coloration jaune, rougefitre ou verdâtre. Les orifices coupés des canaux biliaires paraissent sous forme de points de couleur vert foncé ; les plus gros contiennent une bile muqueuse, filante, épaisse. A l’examen microscopique, les lobules sont d’un vert foncé au centre, gris à la circonférence, avec pigmentation des cellules hépatiques au centre, et dégénérescence graisseuse à la périphérie.

Les masses de tissu colloïde sont toujours situées autour d’une branche des veines sus-hépatiques. Elles montrent, même à l’œil nu, une structure alvéolaire et de petits kystes semblables au frai de grenouille.

Enfin, on trouve dans le tissu du foie des noyaux apoplecliformes. La veine porte a ses parois épaissies, dures; elle est perméable.

Vésicule biliaire. — A la surface externe se voient des saillies larges et plates, formant un léger relief. Les parois sont épaissies. Elle contient une grande quantité de calculs petits, roulés ou à facettes, rouges, nageant dans un liquide muqueux épais. Sur des coupes normales à la muqueuse de la vésicule biliaire, on voit à l’œil nu, dans la partie externe, des grains gélatineux kystiques contenant un liquide muqueux transparent, L’épaisseur de la paroi vésicale a 3 à l\ millimètres d’épaisseur, et même davantage en certains points.

A un examen par de faibles grossissements, les préparations qui comprennent toute l’épais-

seurdela vésicule montrent les couches extérieures longitudinales et les couches internes perpendiculaires aux premières. Dans les couches moyennes existent des alvéoles pleins de. cellules épithéliales. Les alvéoles mesurent en longueur de 0mra,08 à Omm,ll en moyenne. Les cellules sont assez petites et mesurent de 0mm,009 à 0mm,012. Quelques-unes néanmoins sont plus grandes, vésiculeuses, et mesurent 0mm, 018 à 0mm, 021. Toutes sont pourvues de noyaux et de nucléoles; il existe aussi des noyaux libres. Dans les couches externes, les petits kystes, visibles à l’œil nu, ayant en moyenne 1 millimètre de diamètre, sont produits par la dilatation de ces alvéoles. Leur contenu épithélial est en voie de régression granuleuse. 11 y a là des cellules assez grandes, arrondies, vésiculeuses. Dans la couche interne de la vésicule, on voit de nombreuses papilles saillantes vascularisées, au milieu d’un liquide riche en cellules. La forme de ces cellules est arrondie presque partout ; cependant, en certains points où elles sont pressées, il y en a d’aplaties sur leurs faces. Les noyaux sont relativement petits. Il y a peu de cellules à deux noyaux. Dans certains kystes, il y avait des intersections indiquant que plusieurs alvéoles primitifs avaient concouru à les former.

Rate grosse, rouge foncé sur une coupe; corpuscules de Malpighi non visibles.

Le pancréas ne paraît pas altéré. L’estomac, l’intestin, .la vessie, les organes génitaux ne présentent rien à noter, si ce n’est un épanchement sanguin de 10 à 12 grammes dans la cavité utérine.

Les vaisseaux abdominaux sont libres. La face interne de l’aorte est d’un jaune intense.

Reins assez gros, globuleux, flasques. Après l’ablation de la capsule, on voit que leur surface est déprimée comme par des pertes de substance abruptes qui répondent sur la capsule à de petites masses de graisse jaune. La couleur des reins est jaune verdâtre dans la substance corticale, qui est très-large. Sur la coloration jaune, on voit à la surface et sur la coupe des lignes et des points de couleur vert foncé qui sont des tubes urinifères. Au microscope, les tubes contournés sont pleins de cellules pigmentées jaunes, rougissant par l’addition de l’acide nitrique. Un très-grand nombre de tubes est rempli de grosses granulations graisseuses brillantes.

Le carcinome colloïde primitif affecte de préférence les muqueuses de l’œsophage, de l’estomac, de l’intestin, du rectum et de la vésicule biliaire; il est très-rare dans les autres organes.

Nous arrivons maintenant au second groupe des carcinomes colloïdes, à ceux qui ne présentent cette dégénérescence que partiellement, dans les parties les plus anciennes de la tumeur primitive, et qui, lorsqu’elles se généralisent, n’offrent pas cet aspect colloïde dans les tumeurs secondaires.

Tels sont les deux faits suivants, dont l’un est un type de squirrhe et l’autre d’cncéplialoïde.

Obs. V. — Squirrhe du sein présentant des parties colloïdes. Granulations secondaires du

poumon .

Christophe, âgée de cinquante-cinq ans, entre le 9 février J 8f 3 à l’infirmerie des Incurables, à la Salpêtrière, dans le service de M. le docteur Charcot.

Il n’y a d’affections cancéreuses dans sa famille ni dans ses ascendants , ni dans ses collatéraux. Menstruation à douze ans. Ménopause à quarante-six ans. Trois enfants.

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Elle porte depuis deux ans une tumeur du sein qui a commencé à s’ulcérer au mois de mai dernier.

Cette tumeur est énorme et occupe toute la région mammaire gauche. Les bords de T ulcération sont épais, saillants et durs. Leur couleur, ainsique celle du fond de 1* ulcère, est rouge, avec une injection sanguine très-prononcée. A la surface de l’ulcération, quand on presse la tumeur, on fait sortir de petites gouttelettes transparentes ou un liquide louche puriforme.

Le 15 mars, on découvre, vers dix heures du soir, que les linges de son pansement sont inondés de sang versé par l’ulcération du sein. On ne sait pas depuis quand durait cette hémorrhagie, dont la malade ne s’était pas aperçue.

La nuit fut très-agitée et son sommeil troublé par le délire.

Le 16, le pouls est à peine sensible, la face est terreuse ; l’agonie commence.

Autopsie faite le 17 mars. — Le sujet est très-gras ; le tissu adipeux des parois abdominales a environ 2 centimètres.

Le bras gauche est légèrement œdémateux ; il n’y a d’œdème nulle part ailleurs.

La peau est adhérente à la tumeur du sein et très-épaissie elle-même.

La tumeur mammaire, enlevée, présente, sur une surface de section, plusieurs aspects. Au centre, dans les parties le plus anciennement formées, on voit des masses jaunâtres et opaques, où le microscope montre une infiltration graisseuse avancée des éléments (cellules et trame). Dans le centre se trouvent aussi des îlots transparents g élatini formes, ayant une structure alvéolaire à simple vue et dont les éléments sont pâles et vésiculeux.

Dans ses parties périphériques, la tumeur est blanchâtre, opaque, dure, résistante, et donne du suc laiteux en grande abondance. Les cellules sont nucléaires, sphériques ou irrégulièrement polyédriques. Dans ces parties, on voit sur des coupes que la trame fibreuse est épaisse et forme des alvéoles petits, ovoïdes ou sphériques.

La surface des plèvres costale et pulmonaire des deux côtés est couverte de petites granulations ou de plaques saillantes, blanchâtres, légèrement opalines, ayant de 1 à 8 millimètres de diamètre, généralement situées autour d’un vaisseau delà plèvre.

Les côtes sont friables, mais non dégénérées.

Il n’y a pas d’autre généralisation du cancer ; pas de coagulations fibrineuses dans les veines.

Obs. VI. — Tumeur de Tovaire droit, constituée par un tissu partie encéphaloïde, partie

colloïde, avec péritonite cancéreuse observée chez une jeune fille de vingt et un ans.

Catherine Katenoffen, âgée de vingt et un ans, entrée le 25 octobre 1866, à l’hôpital Lariboisière, salle Sainte-Mathilde, service de M. le docteur Hérard.

Cette malade, ne parlant pas français, ne donne que les renseignements suivants : Bien réglée, n’ayant pas eu d’enfants ni fait de fausse couche ; sa santé a été bonne jusqu’en 1862, époque où elle sentit dans la fosse iliaque droite une tumeur qui s’est accrue rapidement. Au bout de cinq mois la tumeur avait acquis ses dimensions actuelles, c’est-à-dire le volume d’une tête d’adulte, sans que la santé générale eût subi la moindre atteinte et sans aucun trouble menstruel.

Cette fille, forte et bien constituée, a les apparences d’une bonne santé. La palpation et la percussion font reconnaître dans le ventre une énorme tumeur lisse, dure, ovoïde, occupant la fosse iliaque droite, remontant presque jusqu’à l’ombilic et s’avançant dans la fosse iliaque gauche. La palpation n’est pas douloureuse.

Par le toucher vaginal on reconnaît la mobilité de l’utérus, dont la tumeur p raît indépendante.

Le diagnostic porté est: Tumeur fibreuse de l’ovaire.

La malade est gardée pendant quelque temps sans traitement actif,

M. le docteur Hérard, voulant s’éclairer sur la possibilité d’une opération, et consulter sur ce point un chirurgien, fit appeler le docteur Cusco en consultation. Un examen approfondi fit reconnaître que la tumeur est un peu sensible, le ventre un peu tendu, contenant du liquide séreux ou peut-être purulent, enfin qu’il convient au moins d’attendre ; quelques jours après, la malade crache un peu de sang ; on perçoit des râles sibilants dans les poumons.

21 novembre : L’état de la malade a subi un changement notable depuis une huitaine de jours : le ventre s’est tuméfié et renferme un épanchement assez considérable.

Il y a des douleurs vives dans l’abdomen et de l’œdème des grandes lèvres. La face n’est pas grippée, mais le pouls bat 120 pulsations.

Les jours suivants, l’état de la malade s’aggrave, la face devient grippée, les douleurs plus vives.

Le 25, il y a du délire, des vomissements. La malade se lève, parle très-haut, crie; l’agitation est vive ; le soir, elle est plus calme.

Le 26, elle est très-agitée, a le hoquet, répète sans cesse le mot « rauch ». La face est altérée. Il y a un strabisme interne très-prononcé. La malade meurt dans la nuit.

Autopsie , vingt-quatre heures après la mort. — Le ventre contient un peu de sérosité transparente, mais filante, épaisse, non purulente. A mesure qu’on fait l’incision il sort une quantité exubérante de bourgeons vascularisés appartenant au grand épiploon. La surface du péritoine est criblée de granulations variant, pour le volume, entre la grosseur d’un grain de millet et d’un pois'. Situées surtout sur le trajet des vaisseaux, ces granulations sont molles, friables, s’écrasant facilement, et donnent un suc laiteux dans lequel l’examen microscopique montre des cellules considérables et des noyaux très-nombreux.

Le pourtour des granulations est très-fortement vascularisé. Tout le tissu de nouvelle for-' mation renferme des vaisseaux variqueux très-nombreux et congestionnés, offrant souvent des dilatations moniliformes ou sphériques.

Il existe une très-grosse tumeur qui appartient bien réellement à l’ovaire droit. En effet, l’utérus étant enlevé et renversé en haut, on voit l’ovaire, la trompe et le ligament rond du côté gauche. Les parties analogues du côté 3roit, le ligament suspenseur de l’ovaire et la trompe vont se fixer sur la grosse tumeur. La trompe droite est beaucoup plus longue que la gauche, elle s’aplatit un peu par son pavillon sur la tumeur, et présente une petite tuméfaction. Le ligament suspenseur de l’ovaire se termine aussi nettement sur la tumeur.

La tumeur ovoïde, plus grosse qu’une tête d’adulte, mesure dans son plus grand diamètre environ 25 centimètres et 12 centimètres dans le plus petit.

Sur une coupe, on voit un tissu mou, à surface de section planiforme , qui présente plusieurs couleurs. Certaines parties ont une coloration blanche, opaque, et laissent suinter une grande quantité de suc laiteux; ce suc contient de grandes cellules épithéliales en dégénérescence graisseuse et de gros corpuscules granuleux. D’autres parties sont jaunâtres et opaques, complètement graisseuses. Enfin une portion de la surface de section présente un aspect semi-transparent gèlatîniforme , et de petits kijstes qui sont remplis par un liquide filant, translucide, colloïde. Dans ces parties, l’examen microscopique a montré des cellules distendues, vésiculeuses, dont la membrane d’enveloppe était très-amincie, et qui contenaient dans leur intérieur de fines granulations, brillantes, de nature protéique.

CORNIL. — DU CANCER

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