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CHAPITRE III

DU CANCROÏDE.

Le cancroïde (épithéliome (1) de Hannover et Lebert) est caractérisé :

1* Par la forme de ses éléments, qui, considérés isolément, reproduisent identiquement le type de l’épithélium normal du lieu où la tumeur a pris naissance. Ces cellules sont toutes très-régulièrement semblables les unes aux autres et aux différentes variétés des mêmes éléments normaux du tégument externe ou interne.

2° Par l'agencement de ces cellules considérées dans leurs rapports réciproques. Elles sont en effet soudées les unes aux autres, comme cela a lieu à l’état normal dans les couches tégumentaires. Ainsi les cellules pavimenteuses des cancroïdes cutanés sont engrenées comme celles du corps muqueux deMalpighi, les cellules de leurs globes épidermiques sont disposées et soudées comme celles de la couche épidermique; les cellules cylindriques des cancroïdes de la muqueuse gastrointestinale sont cohérentes de la même façon que celles du revêtement de la muqueuse normale.

D’une façon générale, les cancroïdes restent beaucoup plus longtemps que le carcinome une maladie locale, limitée au lieu primitif de son développement; ils n’envahissent pas aussi fatalement et aussi vite les ganglions lymphatiques, ils ne récidivent pas toujours après leur ablation, et ils ne se généralisent que d’une façon exceptionnelle à des organes éloignés sous forme de tumeurs secondaires. Quant à leur gravité, aux dangers plus ou moins imminents qu’ils entraînent, c’est uniquement à leur siège qu’ils les empruntent. Ainsi un cancroïde développé au col de l’utérus, qui s’étend aux culs-de-sac vaginaux et à la vessie, est aussi malin que celui des carcinomes qui l’est le plus. Il

(1) Il est impossible de conserver le mot epithelioma appliqué à ces tumeurs, car elles ne représentent qu’une des nombreuses espèces de tumeurs composées d’épithélium de nouvelle formation.

déterminera ces larges surfaces ulcérées, ces écoulements fétides qui sont eux-mêmes des causes d’altération des liquides de l’économie, des hémorrhagies, l’anémie et la cachexie, sans compter les complications toujours imminentes, la péritonite généralisée, les perforations de la vessie, du rectum et du péritoine. C’est ainsi qu’au point de vue des symptômes généraux et locaux, il sera impossible de distinguer un carcinome de l'estomac ou de l’intestin d’un cancroïde à cellules cylindriques des mêmes viscères. Nous aurons donc, dans ce groupe de tumeurs, les variations les plus grandes au point de vue du pronostic, depuis celles qui, comme les précédentes, entraînent la mort en un ou deux ans, jusqu’à celles qui, nées sur le dos du nez et la joue, ne paraissent faire en quinze et vingt ans que des progrès insensibles. Et ces différences sont si bien en rapport avec le siège des tumeurs, que deux d’entre elles, identiques comme structure, siégeant l’une sur la joue, l’autre sur la lèvre inférieure, seront, la première presque inoffensive, la seconde rapidement fatale. Dans le premier cas, en effet, la tumeur est longue à s’ulcérer; elle se recouvre d’une croûte où se dessèchent les produits épithéliaux mêlés de leucocytes détachés de la surface ulcérée; dans le second cas, la richesse vasculaire, l’imbibilion constante de la tumeur par la salive, les mouvements et le contact des aliments sont les causes de nutrition et d’irritation formative exagérées qui précipitent l’extension du travail morbide.

§ I. — Première variété. — Cancroïde à cellules pavimenteuses.

Le cancroïde à cellules pavimenteuses s’observe sur la peau, principalement à la face, quelquefois aux extrémités, et sur les muqueuses recouvertes par de l’épithélium pavimenteux, telles que la muqueuse des lèvres et des joues, de la langue, du pharynx, de l’œsophage, du gland, du col de l'utérus, du vagin, etc. Il se présente sous deux formes anatomiques un peu différentes, et l’on peut en distinguer deux variétés : le cancroïde papillaire et le cancroïde acineux.

Le cancroïde papillaire , dont on peut observer le type aux lèvres, débute comme les condylomes par une hypertrophie du réseau papillaire de la peau ou de la muqueuse. Bientôt la surface muqueuse altérée se recouvre d’une couche épithéliale blanchâtre, imbibée de sucs, tandis que la surface cutanée est recouverte par une croûte noirâtre. Cette

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croûte enlevée, on voit proéminer des papilles coniques à leur sommet, plus ou moins allongées et pressées les unes contre les autres, grises ou rosées, saignant assez facilement. La tumeur s’accroît de tous côtés en envahissant les parties voisines, les couches musculaires de la lèvre et

l’os maxillaire lui-même. Si l’on fait une section de la tumeur, après son ablation, on voit qu’on a affaire à un tissu nouveau grisâtre, fragile, bien que ne paraissant pas mou. Je m’explique : c’est un tissu qui ne change pas de forme quand on le déplace, il ne s'affaisse pas, et paraît dur à première vue; mais si on le presse entre les doigts, il se laisse facilement écraser. On n’obtient pas de suc laiteux par la pression ou le raclage, mais seulement des grumeaux opaques grisâtres, et des filamentsvermiformes semblables àla matière sébacée qu’on fait sortir des boutons acnéiques. Ces grumeaux opaques et ces filaments, examinés au microscope, sont composés de cellules pavimenteuses engrenées, toutes égales entre elles, et de globes épidermiques (voyez la fig. 16), ou amas de cellules cornées, semblables à celles de l’épiderme, et disposées concentriquement les unes par rapport aux autres (1). Lorsqu’on examine les papilles sur une section perpendiculaire à la surface delà tumeur, après avoir injecté le réseau vasculaire, on voit que les papilles extrêmement longues possèdent à leur centre des vaisseaux entourés d’un peu de tissu conjonctif, et qu elles sont formées dans tout le reste de leur étendue par des couches de cellules pavimenteuses disposées comme celles du corps muqueux. Les vaisseaux en ont été admirablement injectés et représentés par Thiersch (2). Les couches de cellules pavimenteuses s’enfoncent profondément entre les

Fig. 16. — Cancroïde à cellules pavimenteuses. (Grossissement de 250 diam.)

(1) 11 existe dans le thymus des enfants et dans la rainure préputiale des nouveau-nés (Robin) des globes épidermiques analogues.

(2) Thiersch, Der Epithelialkrebs, in-8°, avec atlas in-A° de 11 planches. Leipzig, 1865.

papilles sous forme de longs boyaux renflés de distance en distance, et présentant à leur centre des globes épidermiques. Toute la masse de la tumeur est formée de boyaux ou amas d’épithélium pavimenteux logés dans des alvéoles dans la paroi desquelles passent les vaisseaux. Partout ces cellules pavimenteuses sont engrenées, et elles sont disposées dans les cavités alvéolaires de la manière suivante : Les couches les plus périphériques s’implantent perpendiculairement à la paroi de l’alvéole, comme les cellules en contact avec les papilles du derme dans le corps muqueux de Malpighi; au centre de la cavité rem plie de ces cellules pavimenteuses existe un amas de cellules cornées, ou un globe épidermique. Les cellules qui constituent ce globe présentent les mômes réactions que celles de l’épiderme avec l'acide acétique et la potasse.

Les cellules centrales de ces îlots d’épithélium, au lieu de subir la transformation cornée ou épidermique, peuvent devenir vésiculeuses ou colloïdes dans une partie plus ou moins considérable de la tumeur. Ces deux modes d’altération de l’épithélium central des lobules du cancroïde peuvent se montrer réunis ou isolés.

La tumeur s’étend en envahissant les parties voisines à peu près de la même façon que le carcinome, soit par un bourgeonnement de cellules d’épithélium parties des lobules ou îlots précédents, soit par une genèse de noyaux et cellules dans des parties où ces éléments n’existaient pas antérieurement. C’est ainsi que les muscles présentent une formation de gros noyaux dans le sarcolemme, et que, consécutivement, la substance striée devient granuleuse et s’atrophie en passant par la dégénérescence graisseuse ou cireuse. C’est ainsi que les cavités médullaires de l’os maxillaire inférieur se remplissent de cellules pavimenteuses partant des'lobules du cancroïde contigus, et que les lamelles osseuses sont détruites. La production épithéliale se substitue peu à peu à tous les tissus du voisinage envahis par elle, et enfin elle transforme complètement les ganglions lymphatiques sous-maxillaires en des masses ayant exactement la même structure que la tumeur primitive. Niée d'abord , la propagation aux ganglions lymphatiques, l’infection, est maintenant regardée à bon droit comme le cas le plus fréquent.

Le cancroïde papillaire est presque toujours très-facile à reconnaître

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