CHAPITRE IIL
DU CANCno!D£.
Le cancroîde (épithéliome (1) de Hannover et Lebert) est caractérisé :
1^ Par la forme de ses éléments, qui, considérés isolément, reproduisent identiquement le type de Tépithélium normal du lieu où la tumeur a pris naissance. Ces cellules sont toutes très-régulièrement semblables les unes aux autres et aux différentes variétés des mômes éléments normaux du tégument externe ou interne.
2"" Par Tagencement de ces cellules considérées dans leurs rapports réciproques. Elles sont en effet soudées les unes aux autres, comme cela a lieu à l'état normal dans les couches tégumentaires. Ainsi les cellules pavimenteuscs des cancroïdes cutanés sont engrenées comme xelles du corps muqueux de Malpighi, les cellules de leurs globes épidermiques sont disposées et soudées comme celles de la couche épidermiquc; les cellules cylindriques des cancroïdes de la muqueuse gastrointestinale sont cohérentes de la même façon que celles du revêtement de la muqueuse normale.
D'une façon générale, les cancroïdes restent beaucoup plus longtemps que le carcinome une maladie locale, limitée au lieu primitif de son développement ; ih n'envahissent pas aussi fatalement et aussi vite les ganglions lymphatiques, ils ne récidivent pas toujours après leur ablation, et ils ne se généralisent que d'une façon exceptionnelle à des organes éloignés sous forme de tumeurs secondaires. Quant à leur gravité, aux dangers plus ou moins imminents qu'ils entraînent, c'est uniquement à leur siège qu'ils les empruntent. Ainsi un cancroîde développé au col de Tutérus, qui s'étend aux culs-de-sac vaginaux et à la vessie, est aussi malin que celui des carcinomes qui l'est le plus, il
(i) 11 est Impossible de conserver le mol epùhelioma appliqué à ces tumeurs, car elles ne représentent qu'une des nombreuses espèces de tumeurs, composées d'épllhélium de nouvelle formation.
déterminera ces larges surfaces ulcérées^ ces écoulements fétides qui sont eux-mêmes des causes d'altération des liquides de l'économie, des hémorrhagies, Fanémie et la cachexie, sans compter les complications toujours imminentes, la péritonite généralisée, les perforations de la vessie, du rectum et du péritoine. C'est ainsi qu'au point de vue des symptômes généraux et locaux, il sera impossible de distinguer un carcinome de Testomac ou de l'intestin d'un cancroide à cellules cylindriques des mêmes viscères. Nous aurons donc, dans ce groupe de tumeurs, les variations les plus grandes au point de vue du pronostic, depuis celles qui, comme les précédentes, entraînent la mort en un ou deux ans, jusqu'à celles qui, nées sur le dos du nez et la joue, ne paraissent faire en quinze et vingt ans que des progrès insensibles. Et ces différences sont si bien en rapport avec le siège des tumeurs, que deux d'entre elles, identiques comme structure, siégeant l'une sur la joue, l'autre sur la lèvre inférieure, seront, la première presque inoffensive, la seconde rapidement fatale. Dans le premier cas, en effet, la tumeur est longue à s'ulcérer; elle se recouvre d'une croûte où se dessèchent les produits épithéliaux mêlés de leucocytes détachés de la surface ulcérée ; dans le second cas, la richesse vasculaire, l'imbibilion constante de la tumeur par la salive, les mouvements et le contact des aliments sont les causes de nutrition et d'irritation formalive exagérées qui précipitent l'extension du travail morbide.
§ I. — Première variété. — Gancroïde à cellules pavimenteuses.
Le cancroïdc à cellules pavimenteuses s'observe sur la peau, principalement à la face, quelquefois aux extrémités, et sur les muqueuses recouvertes par de Tépilhélium pavimcnleux, telles que la muqueuse des lèvres et des joues, de la langue, du pharynx, de l'œsophage, du gland, du col de l'utérus, du vagin, etc. Il se présente sous deux formes analomiques un peu différentes, et Ton peut en distinguer deux variétés : le cancroïde papillaire cl le cancroïde acineux.
Le cancroide papillaire^ dont on peut observer le type aux lèvres, débute comme les condylomes par une hypertrophie du réseau papillaire de la peau ou de la muqueuse. Bientôt la surface muqueuse altérée se recouvre d'une couche épithéliale Manchàtre, imbibée de sucs, tandis que la surface cutanée est recouverte par une croûte noirâlre. Celte
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croûte enlevée, on voit proéminer des papilles coniques à leur sommet, plus ou moins allongées et pressées les unes contre les autres, grises ou rosées, saignant assez facilement. La tumeur s'accroît de tous côtés en envahissant les parties voisines, les couches musculaires de la lèvre et
l'os maxillaire lui-même. Si l'on fait une section de la tumeur, après son ablation, on voit qu'on a affaire à un tissu nouveau grisâtre, fragile, bien que ne paraissant pas mou. Je m'explique : c'est un tissu qui ne change pas de forme quand on le déplace, il ne s'affaisse pas, et parait dur à première vue ; mais si on le presse entre les doigts, il se laisse facilement écraser. On n'obtient pas de suc laiteux par la pression ou le raclage, mais seulement des grumeaux opaques grisâtres, et des filamentsvermiformes semblables àla matière sébacée qu'on fait sortir des boulons acnéiques. Ces grumeaux opaques et ces iSlaments, examinés au microscope, sont composés de cellules pavimenteuses engrenées, toutes égales entre elles, et de globes épidermiques (voyez la fig. 16), ou amas de cellules cornées, semblables à celles de l'épiderme, et disposées concentriquement les unes par rapport aux autres (1). Lorsqu'on examine les papilles sur une section perpendiculaire à la surface delà tumeur, après avoir injecté le réseau vasculaire, on voit que les papilles extrêmement longues possèdent à leur centre des vaisseaux entourés d'un peu de tissu conjonctif, et qu'elles sont formées dans tout le reste de leur étendue par des couches de cellules pavimenteuses disposées comme celles du corps muqueux. Les vaisseaux en ont été admirablement injectés et représentés par Thiersch (2). Les couches de cellules pavimenteuses s'enfoncent profondément entre les
Fi6. 16.«— Caiicroïde à cellules pavimenteuses. (Grossissement de 250 diam.)
(i) Il existe dans le thymus des enfants et dans la rainure préputiale des nouveau-nés (Robin) des globes épidermiques analogues.
(2) Thiersch, Der Epithelialkrebs, hi-8% ayec atlai in-A^" de il ptenches. Ldpilg, 1865.
papilles SOUS forme de longs boyaux renflés de dislance en distance, et présentant à leur centre des globes épidermiques. Toute la masse de la tumeur est formée de boyaux ou amas d'épilhélium pavimenteux logés dans des alvéoles dans la paroi desquelles passent les vais« seaux. Partout ces cellules pavimenleuses sont engrenées, et elles sont disposées dans les cavités alvéolaires de la manière suivante : Les couches les plus périphériques s'implantent perpendiculairement à la paroi de Talvéole, comme les cellules en contact avec les papilles du derme dans le corps muqueux de Malpighi; au centre de la cavité remplie de ces cellules pavimenteuses existe un amas de cellules cornées, ou un globe épidermique. Les cellules qui constituent ce globe présentent les mêmes réactions que celles de Tépiderme avec Tacide acétique et la potasse.
Les cellules centrales de ces îlots d'épilhélium, au lieu de subir la transformation cornée ou épidermique, peuvent devenir vésiculeuses ou colloïdes dans une partie plus ou moins considérable de la tumeur. Ces deux modes d'altération de l'épithélium central des lobules du cancroïde peuvent se montrer réunis ou isolés.
La tumeur s étend en envahissant les parties voisines à peu près de la môme façon que le carcinome, soit par un bourgeonnement de cellules d'épilhélium parties des lobules ou îlots précédents, soit par une genèse de noyaux el cellules dans des parties où ces éléments n'existaient pas antérieurement. C'est ainsi que les muscles présentent une formation de grosnoyauxdansle sarcolemme, etque, consécutivement^ la substance striée devient granuleuse et s'atrophie en passant par la dégénérescence graisseuse ou cireuse. C'est ainsi que les cavités médullaires de l'os maxillaire inférieur se remplissent de cellules pavimenteuses partant des lobules du cancroide contigus, et que les lamelles osseuses sont détruites. La production épithéliale se substitue peu à peu à tous les tissus du voisinage envahis par elle, et enfin elle Iraus- 'forme complètement les ganglions lymphatiques sous-maxillaires en des masses ayant exactement la même structure que la tumeur primitive. Nice d'abord, la propagation aux ganglions lymphatiques, l'infection, est maintenant regardée à bon droit comme le cas le plus fréquent.
Le cancroïde papillairc est presque toujours très-facile à reconnaître
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et à étudier à l'œil nu comme au microscope : on pourrait cependant, à son début, le confondre avec un condylome simple, et plusieurs fois j'ai examiné des tumeurs du prépuce et du gland où Ton avait hésité entre des végétations syphilitiques et un cancroîde. Dans les végétations, en effet, le processus est à peu près le même : les papilles sont hypertrophiées, elles se décomposent en papilles secondaires et elles sont recouvertes par des couches épaisses d'épilhélium pavimenteux. Mais ces papilles sont plus isolées les unes des autres que dans le cancroîde, et, de plus, et ce caractère est essentiel, il n'y a jamais de boyaux épithéliaux se prolongeant dans les couches profondes, ni de lobules ou d'tlots d'épilhélium isolés au sein du tissu conjonctif sous-cutané ou sous-muqueux.
Telle est la tumeur envisagée dans sa période d'état : étudions maintenant son mode de naissance et de destruction.
Le mode de naissance de l'épithélium qui constitue le cancroîde est fort conlesté. Tandis qu'il est pourVirchow et ses élèves une provenance des cellules du tissu conjonctif, et pour Robin le produit d'une genèse, il est regardé par Verneuil et par Thiersch comme une végétation de Tépithélium des glandes ou des couches de cellules qui recouvrent le corps papillaire de la peau et des muqueuses. D'après Thiersch, les papilles croissent en longueur, pendant que dans les espaces inlerpapillaires les cellules pavimcnteuses s'enfoncent profondément, sous forme de boyaux qui peuvent s'étrangler et môme s'isoler complètement les uns des autres sous forme d'Ilots. C'est au milieu de ces prolongements et de ces Ilots que l'épithélium, en s'accumulanl et vieillissant sur place, subirait la transformation cornée ou colloïde. Du reste, lorsque sur une coupe pratiquée avec le rasoir on rencontre untlotde cellules isolé de toutes parts au milieu du tissu conjonctif, cela peut tenir tout simplement à ce que le sens de la section ne permet pas de voir la connexion do cette partie ave6 la masse épithélialc d'où elle émane.
Le développement du cancroîde cutané aux dépens des glandes sébacées a été indiqué par Lebert, Robin, Rouget, Remak, Heurtaux, et dernièrement avec plus de détails par Thiersch. Celui-ci, s'appuyant sur un fait de cancroîde des lèvres où les glandes sébacées annexées aux poils n'existaient plus et étaient remplacées par
des Ilots de cellules pavimenleuses avec des globes épidermiques au cenlre, en conclut que ces îlots se sont formés aux dépens des glandes sébacées. Nous avons étudié, M. Ranvier et moi (1) , les modifications des glandes sébacées dans le cancroîde^ et voici ce que nous avons constaté.
A l'état normal, les glandes sébacées de la partie cutanée des lèvres de Thomme sont très-nombreuses et situées très-profondément, étagées à diverses hauteurs. Celles qui viennent s'ouvrir dans la gaine des poils sont, les unes simples, les autres composées d'un grand nombre de culs-de-sac ouverts dans un conduit commun. Elles possèdent une membrane d'enveloppe tapissée par une couche de cellules pavimenteuses petites et ne conlenant pas de graisse. Celte couche est rarement double, ainsi que l'indique Kôlliker. Le reste de la cavité est occupé par de grandes cellules réduites à leur membrane d enveloppe, ne possédant pas de noyau et remplies de goutleletles huileuses. Dans certains cas, la couche périphérique de cellules pavimenteuses n'existe pas, et tout le cul-de*sac est rempli de cellules sébacées.
Les premières modifications qui se passent dans ces glandes au voisinage du cancroïde consistent dans l'augmentation du nombre des couches des petites cellules pavimenteuses de la périphérie dos culs-desac. A mesure qu*olles se multiplient, elles repoussent au centre du cul-de-sac les cellules sébacées, qui finissent par disparaître. L'épithélium pavimenteux, s'accumulant alors au centre, y revêt la configuration de globes épidermiques. Môme à cette période, les glandes sébacées ont conservé leurs dimensions et sont devenues seulement plus globuleuses. C'est dans cet état que les a figurées Thiersch: leur membrane propre n'existe plus, et sur une coupe étendue de la peau on trouve de ces masses arrondies, formées uniquement de cellules épidermiques, occupant autour de la gaine des poils le siège des glandes sébacées. Jusque-là ces lobules épidermiques sont séparés par le derme normal. Plus tard^ ils prennent une plus grande extension, en môme temps que les papilles s'allongent, que le réseau de Malpighi s'enfonce entre elles; les poils tombent, l'épithélium remplit leur gaîne, et ce
(1) Journal de Vanatomie et de la physiologie,, d\r\f;é par Ch. Robin. 1866, n* 3.
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processus complexe aboulit à la conslitution d*an cancroide à forme papillaire.
Nous avons publié en commun avec le docteur Ranvier {loc. cit.) un cas de cancroïde papillaire qui s'était développé sur les bourgeons charnus et dans les trajets fistuleux d'une nécrose très-ancienne de l'humérus, et qui, après avoir envahi Tos lui-même, avait déterminé une fracture spontanée et nécessité la désarticulation de l'épaule. Dans ce cas, nous avons pu suivre les modiûcations qui se passent au sein de Tos malade, et nous avons vu que les cavités médullaires agrandies par l'absorption et la seclion irrégulière des lamelles osseuses étaient tapissées au voisinage de Tos par une couche bourgeonnante de tissu connectif contenant des médullocellcs et des myéloplaxes, et que cette couche était revêtue elle-même par des cellules pavimenteuses engrenées les unes avec les autres. Il est très-probable que dans ce fait il y avait eu une production nouvelle de cellules au sein de la moelle osseuse sans relations de ces dernières avec le revêtement épithélial des bourgeons charnus. Au moins n'avons-nous pu voir nulle part, malgré nos recherches, une semblable continuité.
Le mode d'ulcération et de destruction du cancroïde papillaire est facile à comprendre d'après ce que nous savons de sa structure : dès son début, la couche d'épiderme corné n'existe plusà la surface de la peau; dès son début le réseau papillaire est altéré, modifié de façon à constituer la surface végétante et villeuse de la tumeur. A mesure que des cellules nouvelles naissent au contact des papilles, les plus anciennes, celles do la surface, vieillissent et s'en détachent : elles sont entraînées par le mucus salivaire ou vaginal, et si la tumeur siège à la peau, elles se concrètent et se dessèchent sous forme de croûte. Sous celle-ci on trouve habituellement un liquide sanieux ou puriforme contenant des éléments cellulaires et des Teucocytes. L'ulcération commence réellement lorsque les cellules détachées à la surface sont en excès relativement à celles qui se forment autour des vaisseaux des papilles. Il arrive un moment où ces derniers sont mis à nu et flottants ; alors les ilôts de cellules s'ouvrent à la surface ulcérée de la tumeur, et les éléments qui les constituent se dissocient et sont éliminés. Les éléments épilhéliaux, après leur naissance, leur développement et leur vie propre, doivent être détruits : telle est la loi générale et fatale qui cause l'ulcération.
Nulle part elle ne marche aussi vite et n'est plus facile à étudier qu'au col de Tulérus, car là, toutes les conditions de vascularisation, de sécrétion abondante de mucus, se trouvent réunies pour en hâter les progrès. Examinée sous Teau, la surface d'ulcération du col et du vagin présente des houppes villeuses et minces flottantes, rouges ou grises, qui ne sont autres que des vaisseaux isolés, disséqués, remplis de sang ou vides, et dont les parois subissent la dégénérescence granulo-graisseuse. Ailleurs existent de petits bourgeons charnus constitués par des vaisseaux entourés de tissu conjonclif. D'autres fois Tobliléralion d'un vaisseau artériel ou veineux d'un plus gros volume par une coagulation fîbrineuse ou par une dégénérescence de sa paroi détermine une mortification en masse de toute une portion de la tumeur, et Ion trouve alors, par exemple, le col détruit et le corps utérin coupé à pic par une surface ulcérée perpendiculaire à la direction de l'utérus. Dans les cas où l'ulcération est très-avancée, c'est à peine si l'on observe quelques Ilots saillants grisâtres appartenant à la tumeur détruite et montrant la structure du cancroîde avec ses tlots de cellules pavimenteuscs et ses globes épidermiques. Les ganglions pelviens présentent alors aussi la même structure caractéristique.
La variété acineuse ou glandulaire du cancroîde ne diffère pas essentiellement de la précédente, si ce n'est par l'absence de papilles à sa surface. Sa description s'accorde assez exactement avec celle des tumeurs hétéradéniques (1) de la troisième variété du professeur Robin. Ces cancroïdes se développent primitivement au-dessous du corps papillaire, et forment de petites tumeurs saillantes hémisphériques qui, par leur réunion, constituent une tumeur unique à bords festonnés. Ce sont celles que Yerneuil a très-bien décrites dans leur siège d'élection, qui est la joue et le dos du nez. Elles ne s'ulcèrent que tardivement, particularité qu'elles empruntent, aussi bien que leur siège profond, à leur mode de développement. C'est, en effet, à une hypergenèse de l'épithélium des glomérules des glandes sudoripares qu'elles doivent leur origine. Vernouil (2) et Tliiersch {loc. cil.) ont décrit les modifications
(1) D'après des recherches toutes récentes du docteur Ordonez, les particularités distinctives des tumeurs hétéradéniques de la première et de la seconde variété de Robin, c'est-à-dire les tubes et les corps oviformes, seraient tout simplement dues à des productions végétales parasitaires.
(3) Archives générales de médecine j mai 185A.
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qui 86 passenl alors dans les glandes sudoripares, modifications que Ranvier et moi {loc. cit.) avons pu suivre et décrire dans une observalion de cancroide du pied. Voici ce que nous avons vu dans ce cas : L'épilbélium contenu dans le tube enroulé de la glande se multiplie et s*bypertrophie ; il remplit complètement et dilate d'une façon irré^^ulière le tube glandulaire dont la lumière est obstruée. En même temps la paroi propre du tube, jusque-là conservée , s'amincit et disparaît» de telle sorte qu'on n a plus alors que des cylindres pleins formés d'épithèlium pavimenteux, sans membrane d'enveloppe. Ces cylindres poussent des bourgeonnements épilhéliaux dans tous les sens, sont anastomosés les uns avec les autres , se terminent en doigt de gant^et représentent parfaitement les figures données par Robin comme appartenant à la troisième variété des tumeurs hétéradéhiques (1) et celles que j'ai dessinées moi-même à propos des tumeurs du col utérin (*2).
Dans le tissu conjonclif voisin on voit aussi apparaître une grande quantité de noyaux spbériques ou ovoides.
Tels sont les phénomènes qu'on observe au début d'une tumeur ré* cente et à la périphérie d'une tumeur ancienne. Le corps papillaire est un peu hypertrophié à ce niveau, mais les couches du corps muqueux et de Tépiderme sont normales.
Dans les parties les plus anciennes et déjà ulcérées, les cylindres épilhéliaux précédents se sont renflés par places, ou se sont isolés complètement de manière à constituer des Ilots arrondis ou irréguliers d'épithélium dont les couches les plus surperficielles sont pavimenleuses et implantées perpendiculairement à la paroi, dont les cellules centrales sont cornées ou colloïdes. Cette variété du cancroide aboutit donc également à la même structure que la variété précédente, et n'en différerait, autant du moins que permet de l'avancer le petit nombre d'observations publiées jusqu'ici, que par le mode de naissance. Au centre des lobules ou môme dans les cylindres épilhéliaux on trouve presque toujours, soit des globes épidermiques, soit des cellules colloïdes. Dans certains cas, l'abondance de ces dernières peut déterminer
(i) Cb. Robin, Gazette liebdomadaire de médecine et de chirurgie^ 1856. (2) Journal de fanatomie, 1865, pi. XIV cl XV.
la formation de petits kysles remplis d'un mucus gélatineux el visibles 3 l'œil nu.
Fie. 17* ^ CulS'de-MC d'urte Ititneur hétiradénique de l'orbite. — a^ b, C* Poriion de* caïue* darw JesqueUet répUhOUum ot diapofâ en cgUu1«ï pol^rùdriques. — d, <;, f* Variwti des gaines fonncc d'ÉpjtïjcUiîm nucléaire ovoïde ; entre les noyaux existe un ptii de malière amorphe non encore mçmentèe en cellules — Do d en a, on mit la tratieUion de Tune à Taulxo des doux diipustlionx indiquées ci-deBsufl^ (Ch. Robin, Mémoire fur ti tissu hétéradéniqttc^ 1856.)
Si dans lo plus f;rand nombre des cas le cancroïdc â cellules pavimenteuses a une grande tendance à envahir les lissus, s'il est eu général assez grave pour ôlre rangé dans le groupe des cancers, il y a néanmoins des tumeurs ayant la môme structure que le cancroïtle et cependant dû nature bénigne. Telle élaîl une pclilo tumeur de la peau que j'ai examinée avecM,Ranvier, tumeur très-ancienne et stationnaire, qui était composée de globes épidermiqucs tous très-régulièrement
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sphériques et séparés les uns des autres par un tissu cellulo-adipeux normal (cholestéatome).
§ n. Seconde variété. — Ganorolde à cellules cylindriques.
Cette variété du cancroide se développe sur les muqueuses recouvertes à l'état normal par un épilhélium cylindrique et particulièrement sur la muqueuse du tube gastro-intestinal et de la vésicule biliaire.
Ces tumeurs ont une gravité tout aussi grande que les carcinomes de ces muqueuses, et, lorsqu'elles se généralisent à différents organes, ainsi qu'il en existe plusieurs observations dans la science^ elles reproduisent dans les tumeurs secondaires les mêmes caractères qui distinguent la tumeur primitive.
L'aspect de ces tumeurs molles et riches en suc laiteux leur ferait donner le nom de cancer médullaire ou encéphaloïde, si Ton s'en tenait uniquement aux données fournies par l'œil nu. Comme leur structure est connue depuis peu, nous croyons utile d'en présenter rapidement l'historique.
En 1851, Reinhardt(l), qui en a le premier fait un examen microscopique complet, les avait regardées comme des hypertrophies des glandes en tube de l'estomac. C'est qu'en effet elles sont constituées par de grandes cavités cylindriques comme des glandes en tube, et que les parois de ces cavités sont tapissées par un épithélium cylindrique. Dans deux des trois observalions de Reinhardt, il y avait eu généralisation de la néoplasie aux poumons et au foie.
Foerster (2), en 1858, a donné une excellente description de cette forme de tumeur de Teslomac et de l'intestin basée sur cinq observations; il a comparé aux résultats de son examen les faits déjà publiés par Reinhardt, Virchow(3) et Bidder (4). Il les décrivait comme des cancers épithéliaux à cellules cylindriques et leur donnait le nom do
(1) Ueinhardt, Ânnalen des Brrliner Charité-Krankenhauses, 1851, 1 Hcfl, S. 98.
2) Fœrsler, Archiv fUr path. Anal, und Physiol, B. XIV, S. 91.
3) Virchow, Gazette médicale d^ Paris, 7 avril 1855. '■'4) Bidder, miller' s Archiv, 185*2, llefl 2, S. 78.
Cylinderepitheiialkrebs. La même année, Ernst Wagner (1) publiait des cas analogues, observés non-seulement à Tinleslin, mais aussi dans Tutérus et le foie, et Gawriloff(2) en a même vu dans la colonne vertébrale.
J'ai publié trois observations de tumeurs épithéliales de cette nature qui avaient pris naissance au col de Tulérus, et j'en ai recueilli depuis neuf autres cas siégeant : six au rectum, deux à Teslomac et un à la vésicule biliaire.
Ces tumeurs se présentent le plus souvent sous l'aspect de bourgeons ou de plaques saillantes plus ou moins étendus, vascularisés à leur surface, mous, qui s'ulcèrent tardivement et qui habituellement n'intéressent que la muqueuse. Lorsqu'on les presse, on fait sourdre à leur surface des gouttelettes d'un suc laiteux très-abondant. Sur une surface de section normale à la muqueuse, on reconnaît qu'ils possèdent une disposition fasciculée, que les fibres lamineuses et les vaisseaux qui les composent sont parallèles entre eux et perpendiculaires à la surface de la membrane.
Dans d'autres cas on se trouve en face d'une surface ulcérée, déprimée, villeuse, et la base de cet ulcère est formée par un tissu blanchâtre et mollasse, riche en suc laiteux.
L'examen microscopique du suc laiteux^ montre uniquement des cellules épithéliales cylindriques (a, fig. 18), exactement semblables à celles de la muqueuse intestinale, et habituellement accolées les unes aux autres sous forme de lamelles, comme cela s'observe toujours sur les membranes qui en sont tapissées. Ces cellules 1res- régulières, à peu de chose près semblables les unes aux autres, mesurent 0»"',020à0'"'",025 en longueur, et 0,005 à 0,007 en largeur. Elles possèdent un noyau ovoïde de 0,007 à 0,009 de longueur. Leur extrémité ou base libre est un peu évasée et terminée par un bord à double contour. Elles se délachent habituellement par lambeaux ou plusieurs d'entre elles sont contigues et soudées.
Sur des coupes de la tumeur préalablement durcie, on peut apprécier la disposition de sa trame et la situation des cellules précédentes. Les sections minces perpendiculaires u la surface bourgeonnante montrent à un faible grossissement de longues et étroites cavités foUi-
(1) E. Wagner, Archiv fiir physiologische Ueilkunde, 1858, S. SOG.
(2) Gawriloff, Witrlslurger medic. Zeitung, 1863, B. IV.