‹ Du cancroïde en généralChapitre 8 sur 20 · QUELQUES MOTS SUR LA PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE DU CANCROÏDE · texte numérisé non relu

QUELQUES MOTS SUR LA PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE DU CANCROÏDE

Je ne terminerai pas cet article sans jeter sur le développement du cancroïde un coup d’œil général que rendra bien facile l’étude analytique qui a été faite de celte lésion , et qui complétera certains détails de physiologie pathologique dont la connaissance n’est pas dépourvue d’intérêt.

Quand on suit le cancroïde dans ses diverses phases , on ne tarde pas à y reconnaître trois âges, ou, si l’on veut, trois périodes distinctes. Cette remarque est surtout vraie quand on l’applique à un point limité de la tumeur, pfcis comme sujet d’étude.

Dans la première période , nous assistons à la naissance de la lésion. Cette question a été, je crois, assez longuement traitée pour qu’il n’y ait pas lieu d’y revenir. jNous savons, je le répète parce que c’est un fait capital, que dans l’origine la lésion n’a rien de caractéristique, et qu’en réalité le cancroïde n’existe pas encore. J’ajoute que je regarde l’hypergénèse épithéliale comme précédée par un trouble dans la nutrition des tissus ambiants; du moins cela s’observe dans le cancroïde dermique. Il en résulte qu’on ne doit pas regarder l’hypergénèse et l’accumulation des éléments épithéliaux 1800. — Heurtaux. 10

comme l’unique cause des altérations de l’organe malade; cette hypergénèse épithéliale est plutôt la conséquence d’une lésion qui l’a précédée, qui a son siège dans les tissus voisins, et favorise l’infiltration de ses éléments.

Cette infiltration épithéliale caractérise la 2 * période ; c’est l’âge adulte du cancroïde, dont les caractères nous sont connus.

Mais ce n’est pas tout : victime de ses progrès, le cancroïde se détruit à mesure qu’il s’accroît; il faut donc admettre une 3e période, ou période de destruction dont la conséquence est l’ulcère cancroïde. Cette ulcération se produit souvent de très-bonne heure, précédée par une petite tumeur insignifiante ou même par une simple plaque d’épiderme, ce qui est en opposition avec ce qu’on observe habituellement dans l’encéphaloïde et le squirrhe. On s’explique ainsi comment certains auteurs avaient donné au cancroïde le nom d’ulcère cancéreux primitif, nom qui rappelle une des propriétés les plus saillantes de cette affection, la tendance ulcéreuse. D’où vient que cètte tendance existe à un si haut degré?

La tumeur cancroïde, on ne l’a sans doute pas oublié, se compose de deux parties essentielles. On y trouve une trame aréolaire composée de tissus conjonctif et élastique, d’éléments embryo-plastiques, ou au moins d’une matière amorphe; au milieu de ces éléments, rampent des capillaires dont le nombre et le volume offrent de grandes variétés. L’autre partie constituante du cancroïde consiste surtout en produits épithéliaux accompagnés de quelques éléments accessoires qui ont une bien moindre importance. La solidité de la tumeur dépend uniquement de la trame ; si celle-ci vient à disparaître en quelque point, il se produit une véritable perte de substance. Or le cancroïde, par le fait seul de ses progrès, a précisément pour effet de détruire cette trame qui joue un si grand rôle dans la constitution de la tumeur. La perte de substance qui en résulte occupe ordinairement les parties les plus anciennes, et son mécanisme n’est pas difficile à concevoir : l’épithélium, qui se produit en abondance dans les tissus, en écarte d’abord les éléments, et les fait dis-

paraître plus tard par absorption. C’est ainsi que se creusent les alvéoles qu'on trouve dans la plupart des cancroïdes; mais le mal ne s’arrête pas là. La formation de l’épithélium continue de se faire avec d’autant plus d’activité, que la lésion est déjà plus avancée; les éléments de la trame finissent par être complètement usés, atrophiés; les alvéoles se réunissent par la destruction des cloisons intermédiaires; et l’on ne trouve plus dans la partie qui a été le siège de cette altération qu’un détritus d’un blanc jaunâtre, caséeux, que le microscope montre à peu près uniquement composé d’éléments épithéliaux, qui, par une sorte de substitution, ont graduellement pris la place des tissus préexistants. Les capillaires sont également atrophiés par compression , et c’est pour cela qu’ou ne trouve plus rien au centre de ces vermiothes cancroïdes, qui souvent dans l’origine ont eu pour axe les capillaires qui se rendaient aux papilles.

Dès que la trame a complètement disparu en un point quelconque de la tumeur, les éléments épithéliaux, incapables de s’organiser, forment une masse qui ne possède plus la moindre cohésion et se délite avec la plus grande facilité. Comme le cancroïde débute trèssouvent au voisinage d’une surface libre ou à cette surface même, l’ulcération est la conséquence du phénomène que je viens d’exposer. Toutefois ce travail n’est pas limité à la surface; il tend à se produire aussi bien dans les couches profondes, et c’est ainsi qu’on peut expliquer la présence, au milieu de certains cancroïdes, de masses parfois volumineuses qu’on a comparées à du mastic, et qui sont uniquement composées d’épithélium.

Ce même mécanisme rend compte d’un fait qu’on observe souvent du côté des glandes lymphatiques. Quand ces organes sont infectés par voisinage, i’hypergénèse épithéliale se produit au milieu d’une trame délicate qui n’oppose qu’une faible résistance à ces éléments parasites développés dans son sein. La coque fibreuse du ganglion résiste au contraire assez longtemps avant de se laisser détruire par le produit morbide. 11 en résulte qu’au moment où cette coque ganglionnaire a été usée, lorsque le travail ulcératif qui

marche des couches profondes vers la surface a détruit la peau susjacente, on voit sortir un liquide épais tenant en suspension des grumeaux caséeux, ou même une matière crémeuse, assez homogène, qui peut ressembler à du pus. Si l’on explore avec un stylet le trajet fistuleux, on arrive dans un cavité arrondie, bien circonscrite, qui complète l’illusion et fait penser à la fonte purulente d’un ganglion lymphatique. II n’en est rien pourtant, le chirurgien ne tardera pas à être désabusé : le trajet lîstuleux se perpétue , et loin de se cicatriser, l’ulcération s’élargit et prend tous les caractères du cancroïde.

Puisque le cancroïde tend lui-même à se détruire, comment se fait-il qu’on le regarde comme une affection incapable de guérir par les seuls efforts de la nature? La raison en est bien simple : pendant que l’ulcération fait un pas, la lésion en fait deux, de sorte que les tissus voisins sont envahis dans une proportion beaucoup plus grande que la destruction ne s’effectue. Il faut faire une réserve pour ces cancroïdes singuliers dans lesquels l’infiltation épithéliale est peu prononcée , et qui ont pour siège de prédilection les joues et la région temporale. Dans cette variété à marche lente, il semble que l’envahissement des tissus et la destruction suivent une marche parallèle; c’est ainsi qu’on peut s’expliquer la faible quantité d’éléments épithéliaux infiltrés au voisinage de ces ulcères.

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