CHAPITRE XII
Retour chez les Atchécoundas. — Leurs croyances religieuses et leur supériorité sur leurs voisins. — Rapports de ce monde-ci avec l’autre. — Le moavi et ses verdicts. — Justice du pays. — Morts, enterrements, deuils, cimetières. — Les danses du pays. — Industries diverses. — Avenir de Makanga. — L’or et le charbon. — Les prazos. — Métis dans l’administration portugaise. — Adieu aux Atchécoundas.
Lorsqu’on revient de pays misérables comme ceux dont je viens de parler, on est heureux de rencontrer des régions prospères et florissantes comme Makanga, et je ne puis m’empêcher d’y ramener avec moi le lecteur afin de lui donner une idée plus complète des Atchécoundas. Leurs mœurs ne manquent pas d’une certaine originalité, et leur niveau moral est certainement supérieur à celui de leurs voisins.
Ce qui caractérise le mieux l’état intellectuel d’un pays, c’est peut-être ses croyances religieuses : les superstitions sont d’autant plus nombreuses que les peuples sont moins avancés au point de vue moral. Ainsi les Atchécoundas croient en l’Etre tout-puissant qui les a créés, eux et tout ce qui les entoure; mais là s’arrête leur religion : ils n’ont ni idoles, ni esprits, ni aucune de ces petites pratiques si communes partout ailleurs.
Deux de leurs articles de foi sont pourtant passablement étranges. Ils croient que de l’autre monde l’àme des rois
peut répondre quand on l’interpelle ; à cet effet, il y a toujours auprès de la capitale deux ou trois cases, généralement isolées, où le roi va de temps à autre converser avec ses pères. Leur seconde superstition consiste à s’en rapporter, pour les verdicts de culpabilité, à une infusion que l’on fait boire à l’accusé et qui produit des effets divers.
La case des esprits royaux, comme qui dirait leur cabine téléphonique spéciale avec l’autre monde, est toujours propre et bien tenue : une vieille femme en a généralement la garde. Le roi se rend assez souvent dans cet endroit, toujours seul, et il ne fait part à personne de ses impressions. Tout le monde peut, en réalité, aller interroger les esprits : il suffît de donner un mètre de calicot à la gardienne pour qu’elle échange en votre présence quelques mots avec ses correspondants mystérieux.
Un jour, avant de partir pour la chasse à l’éléphant, les hommes qui m’accompagnaient insistèrent pour que nous allassions nous assurer avant de partir du succès de l’expédition. J’y consentis volontiers, n’ayant jamais eu occasion jusqu’alors de pénétrer dans le sanctuaire, quoique ma qualité de mzoungo me donnât le droit de m’asseoir dans cette case, dont les indigènes ne franchissent jamais le seuil.
Ayant pris rendez-vous avec la vieille prêtresse, je payai largement mon entrée et je pénétrai avec elle dans la case sombre, tandis que mes hommes s’asseyaient dehors, silencieux et recueillis. Je gardai naturellement un sérieux imperturbable et, comme je parlais déjà un peu la langue, j’expliquai moi-même à la vieille femme le but de ma visite.
Après m’avoir écouté attentivement, elle disparut dans le fond de la hutte, et je l’entendis poser à quelqu’un les questions téléphoniques d’usage : « Êtes-vous là? Qui êtesvous? etc. » ; à quoi répondaient des sifflements ayant exactement le son d’un appeau à alouettes. La vieille les tra-
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duisait, faisant très adroitement son dialogue entrecoupé de coups de sifflet et de paroles.
Le roi Kankouni, prédécesseur de Tchanetta, que je n’avais pas l’honneur de connaître, était au téléphone. Il voulut bien s’informer de ma santé et daigna répondre, sur ma question, qu’il se trouvait très bien là-bas où il était : il ajouta, avec force restrictions, que je rencontrerais certainement des éléphants, mais il se tint sur une prudente réserve en ce qui concernait le résultat de la chasse. Je ne pus rien tirer de plus, et, comme je devenais trop embarrassant, le roi Kankouni me fit dire qu’il était fatigué et qu’il se retirait. J’entendis le sifflet s’éloigner graduellement, puis cesser, et je pris congé.
Si cette légère superstition ne fait de mal à personne, il n’en est pas de même de l’infusion dont j’ai parlé plus haut, qui s’appelle le moavi , et dont l’usage est répandu dans toute la région.
L’épreuve du moavi donne lieu à une véritable cérémonie publique qui attire toujours foule. C’est le docteur du pays qui prépare la boisson. Je n’ai jamais pu en connaître la composition complète; je sais seulement que les feuilles d’un arbre qui donne son nom au médicament sont mélangées à d’autres substances et pilées avant d’être infusées. Les effets de la drogue ont certains rapports avec ceux de l’ipécacuana : une certaine dose amène des vomissements suivis d’une grande faiblesse-; une autre provoque une diarrhée considérable. Là où s’arrête la comparaison, c’est que la mort de l’individu suit de quelques instants l’apparition de la diarrhée, laquelle est accompagnée de coliques atroces.
On a deviné sans doute la façon dont l’oracle est rendu : dans le premier cas, l’individu est proclamé innocent ; dans le second, on atteint un double but, puisqu’il est en même temps reconnu coupable et puni de mort.
Les cas d’adultère sont ceux qui donnent le plus souvent lieu à cette cérémonie : le mari qui a du soupçon fait boire le moavi à sa femme. La croyance en la justice du moavi est à un tel point enracinée que, pour des peccadilles, les accusés eux-mêmes demandent à subir l’épreuve. Si un accusé prend franchement l’écuelle que lui tend le docteur et la porte à ses lèvres d’une main ferme, on peut être certain qu’il est innocent; le coupable, même s’il a demandé le moavi par forfanterie, se trahit à ce momentlà en refusant de le boire. Le vol, le meurtre, sont jugés de cette façon dans la plupart des cas.
Chez les Magandjas, où l’on croit à la sorcellerie, à la magie, à l’anthropophagie clandestine, le moavi fait de nombreuses victimes ; car, est-il besoin de le dire? l’oracle rendu dépend du docteur.
Au début de mon séjour dans le pays, ne connaissant ces usages que par ouï-dire et n’ayant jamais pu voir ces cérémonies, je refusais d’y croire. Mais, plus tard, lorsque je fus pour ainsi dire de la famille et que les indigènes ne tirent plus attention à moi, j’ai assisté à de nombreuses séances de moavi et j’ai remarqué que, s’il y avait fraude de la part du docteur, elle était faite avec beaucoup d’adresse. Ainsi, une fois, il puisa, avec une petite défense d’éléphant, dans le petit mortier où il pilait les feuilles, le contenu de quatre écuelles réunies. Quatre personnes burent l’infusion, deux seulement en moururent.
Dès que le patient a avalé la drogue, il s’assied à terre, immobile, et tout le monde en fait autant, suivant silencieusement sur sa physionomie les effets du moavi.
Les premiers symptômes se manifestent plus ou moins vite, suivant les constitutions : d’après mes observations, de dix minutes à une demi-heure. Le patient ne tarde pas à donner des signes de grande faiblesse : il devient pale et s’appuie péniblement, la salive coule de sa bouche, la
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sueur perle sur son front : s’il doit rendre la drogue, le mal au cœur et les nausées ne tardent pas à le prendre et
sont suivis à bref délai par . la proclamation de son
innocence ; ses amis l’entourent et poussent des cris de joie, tandis que ses ennemis s’éloignent mécontents.
Si, au contraire, le résultat doit être tout autre, après avoir fait des efforts impuissants pour vomir et quelquefois y avoir réussi en partie, le malheureux ne tarde pas à donner les signes de la plus grande détresse : il se roule à terre, poussant des gémissements ou des cris, et il est bientôt accablé par les huées et les invectives des spectateurs, quelquefois même avec accompagnement de coups.
Il meurt ainsi sans secours, abandonné de tous, même des siens, qui auraient honte, du, moment qu’il est coupable, de lui manifester quelque pitié. Le cadavre est laissé sur place, et aucune sépulture ne lui est accordée; comme ces cérémonies ont toujours lieu en dehors des villages, les animaux carnassiers font bientôt disparaître les traces de la justice du pays.
Le moavi n’est administré que dans le cas de doute sur la culpabilité ; lorsque celle-ci est flagrante, les choses se passent différemment. Chez les Atchécoundas, le roi réunit ses chefs subalternes et, dans une séance publique, entend la cause d’une façon plus régulière. Après avoir écouté l’accusation et les témoins, il discute, s’il le juge convenable, l’affaire avec les hommes qui ont une influence dans les affaires publiques et prononce un verdict sans appel. En cas de condamnation à mort, l’exécution a lieu presque immédiatement.
Le roi de Makanga, pendant notre séjour chez lui et à des intervalles différents, fît jeter à la rivière Revougoué, pour servir de pâture aux crocodiles, cinq de ses épouses avec une grosse pierre au cou. Il en avait fait pendre une autre à un arbre, à l’aide d’une chaîne passée sous les
aisselles, et Hanner et moi, nous obtînmes à grand’peine qu’il fit grâce à cette malheureuse. Nous sûmes plus tard que nous n’avions fait que différer son exécution et qu’elle avait disparu. Le roi Tchanetta, qui avait alors plus de cent femmes, se débarrassait ainsi de celles dont il avait ou croyait avoir à se plaindre. Il était d’une sévérité extrême sur l’adultère et accomplit dans ce cas à plusieurs reprises des cruautés inouïes qu’il m’est impossible de décrire ici.
Pour faire diversion à ces tristes choses, il reste à considérer les mœurs atchécoundas d’un côté plus riant. Je n’ai jamais vu de peuple aussi passionné pour la danse. Il n’est pas de jour ou de nuit, dans aucun village, où le tam-tam ne retentisse, accompagné de chants et de battements de mains, indiquant que les habitants se divertissent. J’ai suivi et décrit dans les notes nombreuses que j’ai rapportées sur l’ethnographie de ces pays, soixante-dix danses diverses ayant chacune leurs figures, leurs règles, leur musique, et dont plus de vingt sont spéciales aux Atchécoundas. Les unes sont pour les femmes seules, d’autres pour les hommes ou pour les deux sexes; il n’est pas jusqu’aux vieux qui n’aient leurs danses attitrées auxquelles les jeunes assistent avec une gaieté mélangée de respect.
La morale n’est jamais mise de côté dans ces exercices chorégraphiques, dans le Makanga moins que partout ailleurs. Selon la mode de ces pays, jamais un danseur ne doit même frôler la danseuse avec laquelle il exécute une figure : ce sont des quadrilles de cavaliers seuls où la plupart du temps on trottine en battant des mains et en décrivant des figures ou des pirouettes qui ne manquent pas d’ensemble. Certains airs sont très agréables à entendre. Dans le genre de danses appelées tchouêrés, qui ont assez de rapport avec nos gavottes, il y a des vis-à-vis solos pendant que le reste des danseurs chante et bat des mains.
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A côté des exercices qui précèdent, il existe des danses officielles léguées par les ancêtres guerriers et qui s’exécutent en armes, en guise de réjouissance et de deuil ; on s’y prépare à l’avance, et elles attirent dans les grandes occasions une foule venue de loin exprès pour y assister.
Les coutumes relatives aux enterrements et aux deuils sont à peu près semblables à celles que j’ai observées au Dahomey (1). Au moment des funérailles, on ne fait que chanter; on ne danse que lorsque l’enterrement a eu lieu. On prend le deuil en se rasant la tête et en se couvrant d’étoffes noires ou bleues; tout ornement de verroterie ou de métal est défendu. Les proches parents portent le deuil pendant un an.
Les cimetières sont choisis généralement dans des endroits abrités de grands arbres ; on y laisse croître la végétation, et chaque année, au moment où le feu brûle toutes les herbes sèches, on nettoie les abords des cimetières, afin que l’incendie ne s’y propage pas (2).
Les morts sont enterrés dans des fosses très profondes (plus de deux mètres), et, sur le tertre qui surmonte leur dernière demeure, on amoncelle et on brise tousles objets qui ont servi à leurs usages domestiques. Leur case est abattue.
Les cases sont rondes, en paille; leur paroi est recouverte d’une couche de terre glaise. Les ustensiles de ménage sont ceux que tout le monde connaît déjà et qui se rencontrent presque partout dans ces régions : mortier et pilon en bois, pierre pour repasser la farine, marmites, pots et écuelles en terre.
(1) Voir mon livre sur le Dahomey, page 195. (Paris, Hennuyer.)
(2) La croyance générale est que, lorsqu’un cimetière brûle, le Créateur punit les vivants de ce manque de soin en les privant de pluie et par conséquent de récoltes pendant une année.
Au point de vue de l’industrie, les Atchécoundas laissent bien loin derrière eux les autres peuples de la région. Ils sont laborieux, et la famine n’a sévi chez eux que par la faute des rois qui employaient à guerroyer le temps indispensable aux cultures. Les environs des lieux habités (car une grande partie du pays est sauvage et livrée à ellemême) sont couverts de champs de maïs, de sorgho, de patates, de manioc, d’arachides, de sésames, de citrouilles et de légumes indigènes dont plusieurs sont excellents et pourraient être importés avec succès sur nos marchés européens. Le bétail ne peut vivre chez eux, à cause de la quantité de tsé-tsés qui couvrent le pays, comme l’ont prouvé plusieurs tentatives faites pour importer des animaux de Tête. La volaille et les œufs sont abondants.
Les indigènes tissent des bandes d’étoffe de dix centimètres avec du coton indigène et les cousent ensuite ensemble pour en confectionner des pagnes. Le roi de Makanga était le seul à posséder quelques-uns de ces tisserands.
Il a aussi d’excellents forgerons, spécialement dans le nord du pays, où le fer est abondant; ils y confectionnent des bêches, des pioches, des couteaux, des sagaies, qui sont dans la région l’objet d’un petit commerce entre indigènes. Quelques forgerons plus adroits, dressés sans doute par les Portugais, y font avec des roupies (monnaie anglaise en usage aux Indes et valant environ 1 fr. 65) des bracelets et boucles d’oreilles très primitifs et en cela très curieux. Au moyen d’une légumineuse appelée p’inda, les Atchécoundas teignent en noir le calicot du commerce.
Les dispositions des indigènes sont en somme excellentes et font contraste avec la paresse et l’état presque sauvage des peuples voisins. Il est évident que la présence des mulâtres ou mzoungos a été pour quelque chose dans ce pas fait vers la civilisation. Mais, d’un autre côté, tant
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que le pays sera gouverné par cette race vicieuse et insubordonnée, il sera impossible d’en faire une colonie européenne, à moins d’appeler à son aide la force armée et de chasser ceux qui gouvernent actuellement les Atchécoundas, leur insufflant l’esprit de révolte et la haine des nations civilisées.
Une partie des gisements aurifères de Missalé s’étend, comme je l’ai dit, jusqu’à Montchinga, dans le pays de Makanga, et à quelques milles seulement de la résidence du roi. Les mêmes gisements passent dans le nord, et j’ai trouvé de l’or alluvial dans plusieurs des rivières qui arrosent le pays et se jettent directement ou indirectement dans le Zambèze.
C’est en réalité aussi sur la limite du territoire de Makanga que se trouvent les gisements liouillers du Moatize (affluent du Revougoué). Les rapports de deux ingénieurs français, M. Lapierre, il y a quelques années, et M. Angelvy, en 1893, ont confirmé l’existence d’un charbon parfaitement utilisable pour le commerce et l’industrie locaux. Ces mines, dont l’exploitation doit être amorcée à l’heure qu’il est, sont destinées à prendre une grande importance dans un pays où la navigation à vapeur ne fait que commencer et va en augmentant tous les jours. Un de leurs grands avantages est leur proximité de deux rivières, ce qui permet de transporter le charbon rapidement et avec des frais minimes.
Le roi s’opposant ou se montrant hostile à toute visite européenne, il est impossible, sans risquer sa vie, de chercher à développer le pays. Y pénétrer en grand nombre serait la guerre, et c’est par là, d’ailleurs, qu’il faudra finir un jour ou l’autre.
Pendant ma seconde visite, je vécus plusieurs mois dans l’intimité avec le roi Tchanetta et j’eus le temps, tout en observant les mœurs et faisant des levers du pays, de
me pénétrer de l’esprit qui régnait dans le royaume; j’acquis ainsi la conviction que je viens d’énoncer, tout en ayant chaque jour la preuve que la puissance des mzoungos était encore loin de son déclin. Tout ce que je désirais, je l’obtenais, mais à la condition de le demander au roi : sans son ordre, pas un indigène n’eût été me chercher même un pot d’eau. Nous étions traités avec respect et déférence, mais uniquement parce que nous étions les amis du roi ou du moins reconnus comme tels.
Avant de quitter la sphère d’influence portugaise, il sera peut-être intéressant d’esquisser rapidement la façon dont cette influence s’exerce et le mode d’administration du pays.
Le territoire portugais est divisé en prazos da coroay c’est-à-dire concessions de la couronne. Ces prazos sont autant de petits départements dans la région, ayant chacun son administration ; ils sont adjugés aux enchères à des particuliers moyennant une redevance annuelle, et il faut malheureusement ajouter que la plupart d’entre eux ne rapportent presque rien à la province de Mozambique. A coté de ceux qui sont perdus dans la brousse et qui donnent à peine quelque nourriture aux rares habitants du sol, il en est d’autres qui sont des merveilles de culture, de commerce et de mouvement, et qui, par conséquent, forment l’unique revenu de la province.
Quant à la façon d’administrer ces prazos, qu’il me soit permis ici de dire qu’elle laisse beaucoup à désirer : tous les adjudicataires ne traitent pas leurs sujets avec une égale bonté ; il en est qui veulent trop pressurer les indigènes qui sont sous leur direction, et ils ne réussissent qu’à faire évacuer le pays, dont ils diminuent ainsi la population et les bras. Il y a aussi de nombreuses plaintes à élever contre les mulâtres portugais auxquels le gouvernement local confie des places de surveillants, de doua-
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niers ou même de chefs de district, et qui ne méritent pas l’autorité qui leur est conférée. Ils commettent de nombreuses injustices, des crimes même, et la rumeur publique met ce qui arrive sur le compte des Portugais, ignorant que ce ne sont pas des Portugais, mais des métis, et souvent des nègres, qui sont en cause. Je crois être utile aux intérêts locaux en signalant ces abus, dont M. G. Wiese a déjà fait un portrait fort exact et très juste dans le récit de son voyage à Mpéseni (1).
Nous quittâmes bientôt, Manner et moi, le pays des Atcliécoundas pour d’autres territoires, non sans regret. Le jour de notre départ, le roi était à Mfambé, où il avait une résidence fortifiée et où il faisait de fréquentes visites; cela nous épargna les délices d’un départ en musique. Nous étions allés la veille prendre congé de lui, et il avait paru au désespoir lorsque je ne pus promettre de revenir. Il nous donna une escorte d’honneur chargée de recommandations pour les chefs voisins, et fit une fois de plus grandement les choses, comme un roi qui sait tenir son rang.
Quelques mois après, nous apprîmes qu’il était mort, et qu’avant de rendre le dernier soupir il avait chargé son successeur de nous envoyer une députation ; celle-ci mit longtemps à nous rejoindre, comme bien l’on pense. Le successeur de Tchanetta (déjà détrôné aujourd’hui par un héritier plus direct) était un homme totalement différent et qui, dès le jour de son avènement, se fît haïr par tout le monde.
Sur ce, nous prendrons définitivement, cette fois, congé des Atchécoundas.
(1) Société de géographie de Lisbonne : Pie lac cio d’unna expedicao Portugueza en Mpèséni .