‹ Du Cap au lac NyassaChapitre 29 sur 46 · PORTEUR I)E LETTRES CHEZ LES A \ (JO MS · texte numérisé non relu

PORTEUR I)E LETTRES CHEZ LES A \ (JO MS

sur leur visage on voit le nez entier. C’est tout à fait gentil !

Ces dames se couvrent aussi de verroteries, dont quelques morceaux atteignent la dimension d’un œuf de pigeon et semblent même vouloir l’imiter : un collier d’œufs de pigeon bleus, verts ou jaunes, d’énormes ronds aux oreilles dont les lobes déformés atteignent le même développement que la lèvre, une tête rasée et la bouche que j’ai décrite montrant des dents noires, telle est la parure d’une dame du lac.

Les hommes n’ont rien conservé des anciens Zoulous ; on assure que les chefs seuls en parlent encore la langue avec le roi. L’esclavage domestique, celui qui augmente la famille, se rencontre chez les Angonis presque partout. 11 n’y a pas de malheureux dans ce pays où tout le monde travaille, particularité qui fait un contraste frappant avec la fainéantise et la misère des voisins, les Magandjas et les sujets de Mpéséni.

Les Angonis sont, par excellence, cultivateurs et patres ; non seulement ils mettent en valeur de vastes cultures chez eux, mais encore ils se déplacent et viennent travailler pendant plusieurs mois de l’année dans le Nyassaland pour un salaire modique qu’ils économisent et rapportent dans leur pays à leur retour. Leur sobriété est remarquable : pendant leurs mois d’exil volontaire , ils vivent uniquement avec du maïs sec, rôti à même sur une feuille de fer-blanc, et on ne les rencontre jamais sans un lambeau de boîte de conserve emmanché dans un morceau de bois fendu, ce qui résume leurs ustensiles domestiques.

Revenus chez eux , ils achètent avec leurs économies quelques têtes de bétail, s’ils sont libres ; s’ils ne le sont pas, ils remettent le produit de leur travail à leur maître, et celui-ci leur en abandonne une partie.

On pourra faire quelque chose d’utile et de durable

A TRAVERS L’AFRIQUE CENTRALE

dans un pays comme celui-là, mais je ne crois pas que la force réussisse jamais. L’indigène qui se suffit à lui-même et qui est heureux chez lui a toujours plus d’indépendance que celui auquel l’Européen apporte le bien-être, et ceux qui colonisent devraient distinguer l’homme pour lequel la civilisation est simplement un bienfait de celui qui deviendra pour elle un puissant auxiliaire. L’un et l’autre doivent être traités différemment.

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