‹ Du Cap au lac NyassaChapitre 30 sur 46 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Quelques mots sur l’historique du lac Xyassa (Maravie des anciens).

— Lutte contre la traite des esclaves dans l’Afrique centrale. — Notre joie en arrivant en vue du Xyassa. — Le pays environnant.

— Chez Mponda. — Etat sanitaire de l’expédition. — - Notre costume de marche. — Visite à Blantyre. — Mes projets de retour.

— Dissensions entre indigènes et impossibilité de nous diriger vers la Rovouma. — Efforts infructueux pour obtenir des porteurs. — Nous rentrerons par le Sud. — Quelques mots sur la culture et le rendement du café dans le Nyassalaud.

Quoiqu’il n’y ait pas place ici pour des développements historiques, il est pourtant utile d’initier en quelques mots le lecteur au passé du lac Xyassa.

En 1624, le Père Luiz Marianno, Jésuite portugais, passa à Tête en revenant du lac. 11 décrit avec exactitude ce lac, qu’il appelle Hémozoura (du nom d’un chef voisin très puissant) : il ajoute que ses eaux s’écoulent dans la rivière Chérim (Chiré). D’après lui, le pays des Maravis se trouve à une demi-lieue du lac, et des traitants portugais font, dans la région, un commerce assez important. Tout ces renseignements sont contenus dans une longue lettre qu’il adresse à ses supérieurs d’Europe, avec de nombreux détails.

En 1665, un autre voyageur portugais, Manoel Godinho, qui remontait la K ou am a (c’est ainsi que le Zambèze s’appelait alors), parle du lac Zachaf dont les eaux s’écoulent dans le grand fleuve par le Chéri. Mais la direction qu’il donne et les détails sur l’aspect du lac n’étant rappor-

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tés que sur des on dit, je passe à d’autres documents anciens.

En 1710, le Père Francisco da Souza, Jésuite de Goa, écrivait que toutes les populations du lac Maravi (c’est le nom que le lac Nyassa a porté pendant longtemps autrefois) étaient sous l’influence portugaise. Il donnait une description détaillée de la ville de Maravi, située aune demi-lieue du lac, et à laquelle celui-ci devait son nom; il disait aussi que les prêtres de la Société de Jésus voulaient essayer d’y naviguer pour se rendre en Éthiopie, mais qu’ils avaient besoin, pour pouvoir le faire, d’une autorisation spéciale et des fonds nécessaires à la construction de bâtiments faits pour tenir la mer, le lac ayant des vagues énormes chaque fois que le vent soufflait.

De 1824 à 1846, Ignacio de Menezes, Joao de Jesus Maria, Caetano Xavier Velasquez, J. -B. Abreu da Silva, V. Romao da Silva, J. Bocarro, etc. , etc. , fréquentèrent la région.

En somme, les documents qui existent dans les archives historiques de Lisbonne (1) prouvent surabondamment que du seizième au dix-huitième siècle ces régions ont été constamment fréquentées par les Portugais ; ils s’y battaient déjà il y a deux cent cinquante ans, et ils y ont exercé une influence incontestable. Ils peuvent seuls fournir des renseignements de la plus grande importance sur la découverte des grands lacs africains.

Ce que j’ai dit de Livingstone, à propos du Zambèze et de ses cataractes, est également vrai en ce qui concerne le lac Nyassa. En 1859, on a lu dans ses récits de voyage et partout ce Discovery of Lake Nyassa » , etc., et aujourd’hui il n’est pas un écolier en Angleterre qui ne soit élevé dans cette croyance; je dirai même que la génération qui

(1) Torre (tour) do Tombo, province de Mozambique, Antiga Correspondencia, etc.

a déjà quitté les bancs de l’école il y a plus de dix ans considère cette découverte comme due à l’illustre voyageur.

Ce qui dément cette affirmation, c’est que Livingstone lui-même, toujours si modeste et si sincère dans tout ce qu’il a fait pour la science, raconte que c’est Candido da Costa Cardozo qui lui a donné, à Tête, la position exacte du lac Maravi des géographes.

Joao de Jesus Maria, dont il est parlé plus haut, était malade au moment où Livingstone remontait le Zambèze. 11 fut soigné par le docteur Kirk, qui faisait partie de l’expédition et qui donna à Livingstone une foule de renseignements détaillés sur le lac.

Mon impression est que Livingstone n’a jamais dû se vanter d’avoir découvert le lac Nyassa ; l’honneur lui en a été plutôt attribué par des amis désireux de faire sonner plus haut les travaux remarquables qu’il avait accomplis. La rumeur publique, peu scrupuleuse en matière d’histoire, fait remonter la découverte du lac Nyassa à 1859, et beaucoup de gens n’en démordront pas.

Comment et pourquoi l’ancien lac Maravi fut-il débaptisé? Nyandja, Nyanza, en langue indigène, veut dire cours d’eau, eau en grande quantité; de là les noms des grands lacs de l’Afrique centrale : Albert Nyanza, Edward Nyanza, Victoria Nyanza et Nyassa, qui n’est certainement qu’une corruption du même mot. Lorsqu’on a demandé le nom aux indigènes, ceux-ci ont répondu « Nyandja » , eau, et on a écrit Nyandza; de même que, sur le Zambèze, en beaucoup d’endroits , ils ont répondu ce kaia » (je n’en sais rien), et les premiers voyageurs ont religieusement inscrit sur leurs cartes des kaias nombreux, trop nombreux même pour ne pas avertir du quiproquo.

Deux mots maintenant sur la topographie du lac Nyassa.

Sa longueur est d’un peu plus de trois cent soixante milles, et sa plus grande largeur de soixante. Il affecte la

forme d’une immense langue d’eau, allant nord-sud, mais dont la partie supérieure incline légèrement vers l’est. Sa profondeur est parfois considérable, et les vents agitent sa surface comme une mer ; ses eaux, très transparentes et très belles en certains endroits, deviennent sombres très souvent, et de grosses lames déferlent sur ses plages. Son état, habituellement agité, lui avait mérité de Livingstone le surnom de « lac des Tempêtes » . L’altitude de la région en fait un des plateaux saillants du centre de l’Afrique ; il est donc naturel que les vents s’y fassent sentir souvent et avec violence.

Seuls, les navires de gros tirant d’eau peuvent y naviguer, ce qui obligera les colons de l’avenir à avoir deux genres de batiments bien distincts dont les uns, ne calant pas plus de trente à quarante centimètres, s’arrêteront à l’entrée du Cliiré, et là ceux du lac, calant plus d’un mètre cinquante, commenceront leur navigation (1).

On prétend que les eaux du Nyassa, après avoir baissé pendant une dizaine d’années, augmentent -sensiblement de nos jours. H y a actuellement sur le lac un petit vapeur, le Domira, appartenant à une importante maison anglaise, V African Lakes Company, et deux canonnières anglaises. Il y avait quelques boutres arabes, mais il paraît qu’il n’en reste plus , le dernier de ces batiments, exclusivement consacrés à la traite des esclaves, ayant été capturé récemment par les canonnières. Le chemin des caravanes arabes venant de l’ouest avec leurs esclaves s’en trouve allongé : privées du moyen de traverser le lac, elles en feront le tour en passant soit au nord, soit au sud. Quant à supposer qu’en capturant trois ou

(1) Quelques milles après être sorti du lac Nyassa, le Chiré se répand en un petit lac qui se nomme Pamalombé ; il reprend ensuite son cours ordinaire. Le lac Pamalombé n’est guère plus profond que le fleuve.

quatre vieux batiments sans importance, les autorités locales auront un instant arrêté la traite des esclaves, c'est un leurre. Ce négoce dure depuis des siècles. Il continue comme par le passé, ayant un peu moins ses aises, je l'accorde, mais tout aussi activement qu’autrefois, en dépit des postes antiesclavagistes, en dépit des obstacles qu'essayent de lui susciter les nations civilisées.

Pour empêcher la traite dans l'Afrique centrale , il faudrait, de jour et de nuit, un agent de police à tous les cent pas, au coin de chaque bois. Ou bien alors — aux grands maux les grands remèdes ! — qu’on emploie tout l’argent de l’ antiesclavagisme à subjuguer l’Arabe et à l’empêcher d’avoir des esclaves, et on aura plus fait pour la traite en quelques années que depuis le commencement du siècle.

Que diriez-vous si on établissait un poste de gendarmerie dans les Cévennes pour surveiller une route soidisant suivie par les voleurs, si ce poste était le seul pour toute la France? Peut-être les voleurs, ignorant l’arrivée de la maréchaussée, se montreront-ils une fois, et encore ils seront deux cents, tandis que le poste ne compte qu’une dizaine d’hommes sur la route en question. La prochaine fois, ils auront bien soin de passer ailleurs, car la France est grande par rapport au kilomètre carré qui est surveillé; bientôt les gendarmes, ne voyant plus de voleurs, rendront compte qu’il n’en existe plus à leur connaissance et qu’ils n’en entendent plus parler : l’ordre public sera assuré, et le pouvoir se félicitera d’avoir arrêté le fléau!

Tel est le cas pour F antiesclavagisme en Afrique, et je crois même que les postes ou empêchements effectifs de la traite sont encore plus clairsemés et moins efficaces par rapport à l’étendue de l’Afrique que dans l’exemple que je viens de donner pour la France. Je n’en admire pas moins, de tout cœur, les efforts que l’on fait dans ce but d’humanité, je déplore leur impuissance ; mais j’ai vécu trop long-

A TRAVERS L'AFRIQUE CENTRALE

temps loin des centres occupés par des Européens pour ne pas savoir ce qui se passe réellement en dehors de la sphère de la civilisation : seul ou presque seul, et, par suite, en bonnes relations avec chacun, je passais sans éveiller les soupçons de personne, ce qui m’a permis d’écouter et d’apprendre bien des choses dont j’ai fait mon profit .

Je reprends maintenant la fin de ma description du lac, ou du moins de la partie que j’en ai vue.

Le pays avoisinant est réellement très beau . Je me rappellerai toujours le moment où, émergeant du sommet des collines qui bordent le lac à l’ouest, ayant le Nidipé à mes pieds, je découvris pour la première fois le Nyassa. Mon émotion fut profonde, bien que je fusse préparé depuis plusieurs jours déjà à contempler cette mer intérieure, car tout eût fait croire que nous étions sur les bords de l’Océan : quoique trop loin pour voir les vagues, on les devinait par l’aspect terne des eaux, par le vent qui courbait les arbres, par les grands nuages gris qui projetaient leurs ombres immenses et mouvantes sur le panorama que nous contemplions.

Le lac Xyassa! C’était le but du voyage, le couronnement du devoir accompli en conscience! J’avais derrière moi vingt-cinq mois de fatigues, de déboires, de privations; mais j’oubliais mes peines et la maladie (car j’étais loin de me bien porter), pour me réjouir d’avoir enfin atteint mon but.

Le pays que nous avions traversé depuis la résidence de Tchikoussi, ainsi que celui qui se présentait devant nous, est merveilleusement propice à la culture. De nombreux petits ruisseaux, dont quelques-uns au cours fort pittoresquement orné d’une végétation luxuriante, apportent la fraîcheur et la vie à un terrain peu accidenté, parsemé ça et là de bouquets d’arbres et de petites éminences.

En face de nous, au large du lac, à une quinzaine de milles environ vers le sud-est, on apercevait la terre environnée des brumes du matin : c’était le cap Maclear, où est établie la station de missionnaires écossais qui s’appelle Livingstonia. A nos pieds, quelques Ilots plus ou moins couverts de végétation, paraissant inhabités; à notre gauche, un pic éloigné, le Rifou, je crois.

L’embouchure seule du Nidipé est signalée sur quelques cartes sous le nom euphémique de Lintipé ; son cours était, comme je l’ai dit, à peu près inconnu.

Trois jours de marche autour de la pointe sud-ouest du lac nous menèrent à Mponda, grand village situé entre le lac Pamlombé et le lac Nyassa, mais sur le bord de celui-ci. La forme de l’extrême sud du lac affecte vaguement celle d’une botte à haut talon, formant par conséquent un premier golfe que nous avions contourné, un cap où est Livingstonia et un autre golfe dont l’extrémité sud, celle où est Mponda, a reçu le nom de Monkey Bay. A quelque distance de Mponda, nous installâmes notre camp et nous prîmes quelques jours de repos.

L’expédition était alors réduite à sa plus simple expression : Manner était fatigué, amaigri, usé; les Arabes avaient laissé onze des leurs en route, victimes des é chauffe urées d’Oundi, des fièvres, de la petite vérole et surtout de la dysenterie. Moi-même, j’étais affaibli : j’avais souffert de forts accès de fièvre à plusieurs reprises, et si j’ai épargné au lecteur le détail de toutes ces misères, c’est pour ne pas avoir l’air de chercher à l’apitoyer sur notre sort. L’état de notre santé était la conséquence naturelle de la vie que nous avions menée : couchant sans châlits sur la terre humide, dans des tentes en lambeaux qui ne nous garantissaient ni de la pluie ni du soleil, vêtus de morceaux de peau et de toile de tente, chaussés d’espadrilles que nous avions faites nous-mêmes avec du cuir d’antilope,

nous ressemblions à de véritables mendiants. Si j’ajoute que notre costume s’était toujours composé, bon ou mauvais, d’un pantalon allant jusqu’aux genoux, d’une chemise sans manches et d’un casque, on se figurera l’état de nos bras et de nos jambes.

Dans les régions où nous arrivions, ce costume faisait contraste avec celui des Européens résidant dans ces endroits, qui se seraient crus déshonorés s’ils n’avaient pas eu une cravate de soie claire autour du col de leur chemise de flanelle; beaucoup d’entre eux sont toujours soigneusement rasés, portent des bagues aux doigts et ont des chaussettes de soie.

Je crus devoir me tenir prudemment à l’écart, ayant appris à Blantyre, quelques mois auparavant, que l’on jugeait habituellement les gens sur la mine. J’étais allé à la future capitale du Nyassaland pour acheter quelques articles de provisions dont je manquais, et, n’y connaissant personne, ou fort peu de monde, je comptais loger sous ma tente; de plus, comme il y a quarante kilomètres de Katounga (bord du Chiré) à Blantyre, et que c’est une ascension fort dure malgré la route tracée et les massoucos (1) que l’on mange en route, j’avais naturellement pris le costume de marche que j’ai décrit plus haut. Je rencontrai en chemin plusieurs voyageurs en machilla (hamac) qui répondirent avec étonnement à mon salut poli. En arrivant dans la ville, si toutefois les quatre ou cinq maisons éparses à cette époque sur des collines méritaient ce nom, je décidai de ne faire mes achats que le lendemain, et je m’informai de l’endroit où je pourrais planter ma tente. Je dus pour cela entrer dans plusieurs habitations : chaque fois, on me toisa curieusement de la tête aux pieds et on répondit à ma question avec l’air que l’on prend quand un fâcheux vient vous

(1) Fruit indigène ayant quelque rapport avec la nèfle.

emprunter de F argent. C’était Flieure du thé, et jamais un Anglais ne reçoit un visiteur à cette heure sans lui en offrir une tasse. Je l’avoue, fatigué comme je l’étais, j’eusse accepté avec plaisir de me réconforter ; mais on se garda bien de rien m’offrir, et on resta debout jusqu’à ce que je fusse parti. Ayant choisi pour camper un îmdïoit sur les bords du Moudi, ruisseau qui traverse la ville, je pus boire bientôt une tasse de thé qui ne devait rien à personne. Inutile de dire que, le lendemain, après plusieurs bains, vêtu d’un costume de piqué blanc bien propre, et désormais méconnaissable, je fus reçu partout avec politesse et affabilité : j’eusse pu boire, l’eussé-je désiré, non seulement plusieurs tasses de thé, mais aussi de nombreux wisky-and-sodas. (La même chose arriva à Manner un peu plus tard.) Or, comme en arrivant au lac Nyassa il y avait longtemps qu’il ne nous restait pfus un vestige de vêtement blanc quelconque, nous nous sommes abstenus d’aller voir personne prendre le thé.

Nos projets, à cette époque, étaient de continuer notre chemin par le nord-est du lac jusqu’à Zanzibar, ou, si nous ne pouvions absolument pas y arriver pour cause de force majeure, jusqu’à la Rovouma, que nous comptions descendre jusqu’à un port de la côte.

A cette époque, le sud-ouest du lac Nyassa était le théâtre des exploits de pillards dans le genre des Mafsitis, que le lecteur connaît. Cette fois, c’étaient les Mangouangouaras, que l’on prétendait parents des Angonis et par conséquent anciens Zoulous ; c’étaient aussi des roitelets de race yaos, gens fort déplaisants, ma foi, qui se battaient entre eux à propos d’une vieille affaire. Il s’agissait, si j’ai bien compris, d’esclaves enlevés par l’un des chefs à l’autre. Les gens que Mponda nous donna refusèrent d’aller de ce côté, prétextant que les chefs yaos les vendraient comme esclaves, s’ils tombaient en leur pouvoir. Ils consen-

taient bien à partir avec nous, mais c’est le retour qui, disaient-ils, leur coûterait la vie.

Je ne pouvais pourtant pas revenir sur mes pas pour les ramener chez eux. De guerre lasse, je m’adressai aux Yaos eux-mêmes. Personne ne consentant à aller les trouver, je m’y rendis moi-même, mais j’essuyai encore là une tin de non-recevoir : aucun des chefs ne voulut me donner les cent vingt hommes qui m’étaient nécessaires, chacun craignant qu’ils ne fussent pris par son adversaire ou, s’ils en réchappaient, qu’ils ne tombassent à leur retour au pouvoir des Mangouangouaras, dont il fallait traverser le territoire.

J’offris jusqu’à quatre fois le prix ordinaire , plus un cadeau au roi, ce qui faisait environ 22 francs par homme pour les cent quatre-vingts milles qui nous séparaient de la Rovouma. Les yeux leur sortirent presque de la tête à l’idée du payement, mais la peur l’emporta sur la cupidité des indigènes ; sauf sept ou huit individus qui ne craignaient ni Dieu ni diable et que je trouvai prêts à marcher, tout le monde refusa mes avances.

Je tentai cependant un nouvel effort : je pris six des hommes qui se présentaient et je les envoyai avec un Arabe demander des porteurs aux Mangouangouaras. Malgré la promesse de cadeaux nombreux, ils répondirent qu’ils ne pouvaient aller ni chez les Yaos au sud, ni chez les Makoas au nord, parce qu’ils étaient en guerre avec les uns et les autres .

L’Arabe, selon mes instructions, poussa plus loin encore, mais il revint après vingt jours d’absence sans avoir obtenu le moindre résultat.

Ces vingt jours d’attente nous avaient fait beaucoup plus de mal que vingt jours de marche. Habitués à une altitude beaucoup plus basse, nous avions été saisis par la différence de climat de ces hauts plateaux, et chacun de nous avait eu des fièvres violentes.

Des renseignements pris, il résultait que j’aurais au nord autant de difficultés que j’en rencontrais pour me rendre du sud du lac Nyassa à la côte. Alors, que faire? Ayant tenté en vain tout ce qui était en mon pouvoir, je décidai le retour par le sud, c’est-à-dire par le Chiré et le Zambèze.

Avant de quitter le Nyassaland, deux mots sur la culture du café ( coffea Arabica ), qui y prend chaque jour plus d’extension.

Une acre de terrain (1) se vend aujourd’hui environ 6 francs. Dans les collines du Nyassaland, d’après les calculs des gens du métier, il en coûte 200 francs pour la mettre en valeur. On y plante une moyenne de mille caféiers; total de la dépense : 206 francs. Ajoutons-y l’intérêt de ce capital à 5 pour 100 pendant deux ans : 20 fr. 60; soit 226 fr. 60. La troisième année, on compte que chaque caféier donne environ une demi-livre de café, ce qui fait deux cent cinquante kilogrammes par acre. Le café du Nyassaland commence, paraît-il, à rivaliser sur les marchés avec celui des Antilles et vaut au bas mot 2 francs le kilogramme. Total du rendement : 500 francs. Retranchons 10 pour 100 pour les pertes et le déchet : reste 450 francs. Bénéfice net par acre : 223 fr. 40, c’est-à-dire 100 pour 100 du capital.

Ces chiffres, pris à la meilleure source et calculés au maximum pour les dépenses et au minimum pour le rendement, expliquent le grand développement que la culture du café a pris dans ces pays pendant les dernières années.

Si l’on ajoute que sur les montagnes, aux altitudes exigées par la culture du coffea Arabica , le climat est très supportable pour les Européens, on comprendra que la région attire de nombreux colons.

(1) Mesure anglaise qui correspond à un carré ayant environ soixante-huit mètres de côté .

A TRAVERS L’AFRIQUE CENTRALE

En dehors des plantations de café, quel développement n’est-on pas en droit d’attendre des pays magnifiques qui existent aux environs des lacs? Quelles ressources ne pourra-t-on pas en tirer? De tous côtés on ouvre des communications; dans quelques années, un chemin de fer traversera la contrée et des locomotives passeront en mugissant là où autrefois, dans le silence des forêts, nous les premiers pionniers, nous marchions tranquillement le fusil sur l’épaule

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