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CHAPITRE XV

Retour de l’expédition vers le Sud. — La vallée de la Moanza. — Description du chemin de fer devant un auditoire peu civilisé. — Tchiromo et l’Elephant Marsh. — Gisements de charbon à l’est du Chiré. — Faune aquatique et poissons. — Arrivée de l’expédition au Tchindi. — Retour en France.

Vers le mois de juin 1893, l’expédition était de retour à Mikorongo, après environ trois mois de pérégrinations, et je comptais me rendre dans le bas Chiré en longeant sa rive droite à travers un pays qui, à cette époque, était tout à fait inconnu des Européens. Comme je me suis attaché, dans ce rapide exposé de notre voyage, à décrire de préférence les régions dont nous avons été les premiers Européens à fouler le sol, je prierai le lecteur de m’accompagner encore une fois. Ce sera la dernière.

Quittant Mikorongo vers le Sud cette fois, nous allions couper à la boussole notre parcours vers Tchiromo. Connaissant la position exacte de ce dernier point (1) et celle de Mikorongo, j’avais ma direction fort exactement déterminée et, à vol d’oiseau, j’estimais le parcours à cent vingt-huit kilomètres, c’est-à-dire à peu près à six jours de marche.

La vallée de la Moanza, très peuplée et bien arrosée,

(1) Déterminée par un explorateur anglais, M.-D J. Rankin, en

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comme je Fai déjà dit, a un aspect de prospérité qui ne se rencontre ailleurs que chez les Atchécoundas ; mais à peine F a-t-on quittée, qu’on se trouve dans une région diamétralement différente : aux plaines ondulées, couvertes de cucurbitacées, de maïs, de sorgho, de patates et de petites tomates indigènes, aux villages bruyants et gais, succèdent brusquement des gorges rocailleuses et des collines de même aspect, sans une goutte d’eau, sans un habitant. L’écoulement naturel des eaux forme bien quelques cours d’eau pendant la saison des pluies, mais il n’en reste plus trace dès le mois de mai, et c’est à peine si parfois, en creusant un trou dans leur lit, on voit suinter encore un peu d’eau à cette époque.

Les cynocéphales babouins, grands singes qui abondent dans ces pays, sont au courant de cette particularité. Aussi creusent-ils de ces trous eux-mêmes et abandonnent-ils le district dès qu’ils n’y trouvent plus de quoi se rafraîchir. Nous rencontrâmes beaucoup de ces excavations, mais elles étaient déjà à sec depuis longtemps, ce qui, joint à l’absence complète de traces fraîches de gibier, ne laissait aucun doute sur la sécheresse des environs.

Je fus donc obligé, dès le premier jour, de renvoyer des hommes à la Moanza pour prendre de l’eau, et j’achetai de plusieurs individus, dans les villages, des pots du pays et même des dames-jeannes vides ayant contenu de l’alcool, quoique dans le Nyassaland on en défende l’importation (1). Ces récipients, qui nécessitaient un nombre égal de porteurs, vinrent ainsi grossir le bagage de l’expédition.

De longs parcours sans une mare, ou bien au contraire la rencontre de mares très rapprochées, nous obligèrent tour à tour à faire des étapes excessives ou des marches insignifiantes.

(1) C’est une des clauses de l’Acte de Bruxelles (1890).

Sur les bords de la Mkombedzi-ia-Fodia, petite rivière qui se jette dans le Chiré à quelques milles de l’embouchure, nous campons chez Zéfa, un village gouverné par une femme. Ce fait est assez rare et particulièrement curieux chez des peuples qui considèrent la femme comme bien inférieure à l’homme. Nous n’y sommes guère habitués nous-mêmes, puisque nous n’avons pas de féminin correspondant aux mots chef, gouverneur, seigneur ou roitelet ; le titre de « reine » est bien pompeux pour un misérable petit village de trente cases.

Quel que soit son titre, la vieille dame nous reçut fort bien, et, pour ne pas être en reste, je cherchai dans le cours d’une conversation à lui décrire un chemin de fer et à lui faire comprendre la prodigieuse différence qu’il y a entre la façon dont on voyage chez elle et chez nous. Tout le monde roule des yeux étonnés, et l’incrédulité commence à se montrer bientôt sur toutes les figures , lorsque j’affirme que ce les petites charrettes enfer amarrées u les unes aux autres, courant sur des barres de même « métal, la première avec du feu et de l’eau dedans, ce les autres avec des êtres humains , pourraient aller de u Mikorongo à Oundi (sept cents kilomètres) en une jourcc née » : mes auditeurs croient que je veux me moquer d’eux, et, n’y pouvant plus tenir, ils se lèvent en riant bruyamment ; la vieille Zéfa s’éloigne, secouée par un petit rire saccadé et convulsif, et toute la matinée mon histoire court les cases en y semant la gaieté. Je les envoie à tous les diables et, étant ce jour-là d’humeur peu charitable, je leur souhaite de se trouver un jour dans deux trains qui, se rencontrant à toute vitesse, les mettent en mille morceaux; ils ne riraient peut-être plus aussi librement.

Chaque fois que vous voulez expliquer à un noir quelque chose qui se rapporte à notre civilisation, son air incrédule,

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la façon dont il accueille vos efforts finissent toujours par mettre votre patience à bout. Nous oublions que nous avons mis dix siècles pour devenir ce que nous sommes, tandis que le noir, lui, en est encore à notre point de départ. Il lui faudra une longue préparation avant de pouvoir admettre les merveilles que le génie humain a enfantées.

En attendant que ces merveilles arrivent ici, nous reprenons notre marche monotone vers le Sud et, après de considérables détours qui durent une dizaine de jours, nous approchons de Tchiromo.

Quelque six ou sept milles avant d’y arriver, nous traversons une immense plaine, nue en grande partie, sauf quelques roniers ou palmiers à éventails ( hyphœnœ ) semés dans le fond au pied des collines dont nous avons débouché : c’est Y Elephant Marsh de Livingstone, qui s’étend jusque sur l’autre rive du Chiré. On l’appelle ainsi parce qu’autrefois les éléphants, vivant en paix dans ces régions, se montraient de préférence dans le terrain marécageux de cette plaine. Aujourd’hui, il n’y en a plus un seul dans cette partie de l’Afrique ; il reste seulement quelques troupeaux de buffles, quelques hardes de zèbres et de kobs qui seront bientôt décimés par les nombreux chasseurs qui tiraillent continuellement sur eux.

Tchiromo, qui commence à être une ville, n’était à l’époque de mon passage qu’un grand village indigène au confluent du Chiré et du Ruo. C’est là, sur la rive gauche seulement, que commence le territoire portugais.

En quittant Tchiromo, après quelques jours de repos, nous continuons notre chemin parla rive droite, en passant à peu près au milieu du pays compris entre le Chiré et la chaîne de montagnes que nous avons déjà signalée avant l’Elephant Marsh. Elle va parallèlement au fleuve et se prolonge jusqu’à peu de distance de Msandjé ( Port-Herald

des Anglais). En cet endroit commencent, sur les deux rives, des terrains marécageux.

Chemin faisant, j’ai ramassé, dans le lit de plusieurs rivières, entre autres le Niaminiala (à Mpatsa), des échantillons de charbon, de formation plus ou moins complète, dont quelques-uns excellents. Comme les montagnes d’amont se trouvent dans la direction nord-est de celles qui renferment les mines de charbon de Tête, et que, sur cette même ligne et dans le lit de la Mindjova (1), j’ai trouvé d’autres traces de houille, l’hypothèse d’un bassin houiller allant de Tête à la Rovouma par une ligne nordest se trouve ainsi confirmée en partie.

Sur la rive gauche du Chiré, entre Tchiromo et le Moroumbala, pic isolé qui semble présider à la jonction des deux fleuves, le pays est plus riche encore que celui de la rive droite : mieux arrosé, il se prête admirablement à la culture du sucre, du tabac et des autres produits qui ont besoin d’humidité.

De même que la rive droite, la rive gauche est bordée au fond par de hautes montagnes dont les premiers contreforts commencent un peu au-dessus de Pinda pour finir à Mlanjé, dans les environs de Blantyre. Il en résulte des rapides au point où la rivière Ruo traverse la chaîne.

Il y en a aussi dans le Chiré, en face du village de Pinda, dont ils portent le nom ; mais ils sont peu dangereux. Ils proviennent d’inégalités de terrain et ne sont réellement infranchissables que pendant deux mois de l’année, lorsque les eaux sont basses.

La faune aquatique vient souvent distraire le voyageur sur le parcours du Chiré. En certains endroits, les crocodiles font des ravages parmi les populations : chaque année, de

(1) C’est un affluent du Zambèze qui naît à trente-cinq milles de Mikorongo et se jette dans le grand fleuve un peu au-dessous des. gorges de Lupata.

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nombreux individus de tout âge et de tout sexe sont enlevés par ces reptiles. Les noirs recueillent précieusement leurs œufs et s’en délectent, ce qui fait qu’il y a réciprocité.

Les pélicans, les jacanas, l’aigle pêcheur, la poule d’eau et de nombreuses variétés de canards sauvages peuplent les bords, et les crocodiles sortent de l’eau pour dormir à la chaleur du soleil; mais ils sont très méfiants et plongent généralement avant qu’on soit arrivé à portée de fusil.

Les hippopotames se rencontrent dans les endroits profonds, n’émergeant à la surface que juste pour respirer. Ils ont tous plus ou moins essuyé le feu des chasseurs, et le caractère de quelques-uns s’est aigri à la suite de vieilles blessures; ils se vengent en coulant les embarcations, ce qui leur est facile : une morsure de leurs énormes dents fait dans un bateau plusieurs trous qui ont le diamètre d’une bouteille, et un coup de leur dos suffit pour soulever et renverser un petit canot.

Au moment de mon passage à Msandjé (octobre 1893), un hippopotame rageur avait coulé au même endroit trois ou quatre embarcations ayant toutes des Européens à bord. Je me félicitai d’avoir passé par voie de terre, car tous nos objets précieux eussent été perdus si nous avions fait naufrage.

Le poisson abonde dans toutes ces rivières. Les pêcheurs indigènes élèvent le long des rives des plates-formes de roseaux où la nuit, à l’aide d’un feu, ils attirent le poisson. Ils s’emparent ensuite de celui-ci à la ligne, au filet et à la sagaie.

Dans certains pays, chez les Azimbas, les Magandjas du Nord, etc., on empoisonne le poisson une fois par an. Les indigènes se servent pour cela d’une écorce qu’ils font bouillir en grande quantité. Ils vont jeter cette infusion le plus près qu’ils peuvent de la source de la rivière, tandis que des filets tendus de loin en loin arrêtent les poissons

fuyant en aval. Cette drogue est sans inconvénient pour l’homme, mais elle tue le poisson en quelques minutes. J’ai souvent pris part à ces pêches et mangé du poisson tué ainsi.

Ayant déjà décrit au lecteur le parcours du Zambèze et le Tchindi, et le voyage sur un paquebot, j’en arrive à la fin de mon récit.

Nous atteignîmes Tchindi le 12 octobre, et le 29 du même mois nous repartions pour l’Europe. Après avoir rapatrié à Zanzibar les Arabes de l’expédition et mis Hanner sur le sentier, désormais moins solitaire, de son pays natal, je rentrai à Paris le 16 décembre, après une absence de trente-deux mois.

La Société de géographie de Paris et le monde savant m’ont fait un accueil des plus sympathiques et des plus chaleureux. Cet accueil, que ma faible contribution à la science n’a certainement pas mérité, je ne le considère que comme un encouragement pour l’avenir, et je remercie ici du fond du cœur ceux à qui je le dois.

Mikorongo, mai 1893. — Chiromo, octobre 1894.

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Quelques mots sur la façon de voyager. — Les règles d’hygiène à suivre dans l’Afrique centrale.

L’expérience est une précieuse acquisition qu’on peut, chose assez rare, partager avec les autres sans en diminuer sa part. Aussi ai-je cru utile, avant de prendre congé du lecteur (si toutefois il a bien voulu me suivre jusqu’ici), de joindre à mon récit quelques notes sur la vie vagabonde que j’ai menée, sur les soins hygiéniques à prendre et sur les règles que m’a inspirées une longue pratique.

Un voyage qui n’apprend rien et ne profite à personne est un voyage stérile, inutile. Le cadre restreint de cet ouvrage ne m’ayant pas permis d’y ajouter, comme je l’aurais voulu, les résultats scientifiques de mon exploration, je consacre ces quelques lignes à ceux qui voudraient aller dans cette partie de l’Afrique, ou qui désireraient simplement connaître les détails de cette existence si différente des autres.

Que de fois, dans le cours de cet ouvrage, n’ai-je pas parlé de notre marche journalière! Quand on pense que des hommes entraînés peuvent marcher comme nous pendant vingt-six mois consécutifs, cela paraît difficile à croire, et pourtant cela est. Tout est affaire d’habitude

Lorsque nous quittâmes Prétoria, nous eûmes à faire notre apprentissage, moi comme les autres; dans mes précédents voyages en Afrique, j’avais usé de plusieurs moyens de locomotion, selon les circonstances; mais, cette fois, il fallait y renoncer pour des raisons péremptoires.

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Moyens de transport. — On n’a pas idée, en général, de la façon dont les distances sont franchies dans ces régions. En Algérie, on possède le cheval, l’âne, le chameau; dans les pays sillonnés de lagunes, la pirogue rend d’immenses services ; à Angola, le bœuf est dressé comme monture ; au Cap et dans l’Afrique du Sud, on l’attelle aux lourds chariots que j’ai décrits , véritables maisons roulantes , caravanes de bohémiens.

Dans leurs colonies, les Portugais ont vulgarisé l’usage du hamac pour les Européens : il se nomme hamac sur la côte occidentale et machilla sur les bords de l’océan Indien. Mais, dès que l’on quitte la côte et, par conséquent, les centres de résidence des Européens, on ne trouve plus que difficilement des porteurs de hamac ou hamacaires, profession qui demande une grande habitude, si on veut éviter des contusions au voyageur. D’un autre côté, le hamac, bon pour une promenade (quoique je trouve plus salutaire de marcher), fatigue énormément les hommes, et ils se refusent généralement à faire des parcours de plus de deux ou trois jours.

Pour le voyageur même, il finit par devenir insupportable; condamné à l’inaction forcée, on souffre d’autant plus de la chaleur qu’aucun air ne pénètre dans le sac en toile à voiles dans lequel on s’enferme pour être à l’abri des épines et des branches aveuglantes qui se succèdent le long du sentier. Bientôt on se sent plongé dans une somnolence pernicieuse; les maux de tête, la fièvre, les accès bilieux sont le résultat du séjour en hamac. Au bout de huit jours de ce régime, un homme ne peut plus se traîner. Les débutants croient échapper, en voyageant ainsi, aux petits inconvénients de la marche; mais ils ne tardent pas à devoir au hamac les plus belles de leurs journées de fièvre.

Marche. — La marche, au contraire (et ceci est connu de tous) , permet à l’organisme de fonctionner ; on respire à pleins poumons, une transpiration salutaire s’établit. Quand on peut trouver assez d’eau, un bain vous repose complètement à la fin de l’étape. La grosse fatigue passée, l’appétit vient, et la

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santé prospère autant qu’il lai est permis dans ces climats peu salubres. Les ampoules se montrent bien aux pieds de ceux qui passent sans transition d’un repos à des marches forcées; c’est le cas de nos troupes, le jour où elles quittent le casernement; mais, à la fin des manœuvres, tout le monde a les pieds faits. Seulement il ne faut pas de chaussures défectueuses ou trop étroites, ou qui se refusent à prendre la forme du pied. Une transpiration anormale des pieds constitue une affection qui, elle non plus, ne permet pas de grosses fatigues.

Costume. — Le plus succinct est le plus propice. Un bon casque protégeant la tête et la nuque des rayons du soleil; une chemise légère; un pantalon ; des chaussettes de coton (jamais de laine) ; des souliers en cuir jaune, souple, ayant la forme du godillot de l’infanterie, un peu plus hauts toutefois et faits sur mesure pour chaque pied; des guêtres ou des jambières, si on ne veut pas rester les jambes nues : affaire de goût; un ceinturon solide portant un couteau qui sert à mille usages, et une ou deux pochettes de cuir pour la montre et la boussole. Tel est l’équipement le plus simple pour un voyageur dans ces régions.

Étapes. — Au début, on fait des parcours de 5 ou 6 milles (8 à 10 kilomètres) par jour, puis on arrive graduellement à faire l’étape ordinaire d’un noir portant sur la tête sa charge de 25 kilogrammes, c’est-â-dire 15 milles (25 kilomètres). La nuit, au clair de lune, et les jours pluvieux, les porteurs peuvent faire jusqu’à 35 kilomètres ; la moyenne d’une journée ou d’une nuit de marche est de six heures le matin et de quatre heures le soir, soit dix heures, dont deux, au moins, doivent être déduites pour les haltes et les incidents. Total : huit heures de marche, la moyenne du parcours par heure élant de 3 kilomètres 125. Cela n’est pas bien pénible, comme on voit. Il faut encore diminuer cette moyenne d’un tiers en pays de montagnes. En revanche, avec de l’habitude et de l’entraînement, on peut, quand il y a nécessité absolue, franchir

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jusqu’à 35 milles par jour (56 kilomètres) sans en être autrement affecté (1).

Charges. — Avant de se mettre en route, puisqu’on ne dispose que de porteurs, le premier soin est d’arranger et de composer les charges. Il s’agit de répartir tout son bagage en paquets ou lots de vingt-cinq kilogrammes environ, ni trop ni trop peu volumineux. Chaque porteur s’occupe d’attacher lui-même et de confectionner l’emballage de sa charge, dès qu’il l’a reçue. Avec de la pratique, on en arrive à faire cette distribution en quelques minutes. Il faut avoir soin de mettre ensemble les objets dont on peut avoir besoin dans le cours du voyage, tandis qu’on isole les uns des autres ceux entre lesquels il y a incompatibilité de nature. Ainsi, on séparera l’huile d’olive de la papeterie, la farine des casseroles noires, les bouteilles et les flacons de la ferraille, la viande crue des étoffes, etc. Certaines choses délicates demandent des soins particuliers : telles les collections; tels aussi les instruments. On enveloppe ceux-ci dans des étoffes (tente, sac vide, etc.). 11 est des matières qui se détériorent au soleil : les médicaments, par exemple, les produits photographiques, les caisses contenant des plaques. D’autres craignent la pluie, comme le sel, le calicot, les paperasses, etc. Si on transporte des animaux vivants, chèvres ou autres, il faut recommander au porteur de les faire boire à chaque occasion; si ce sont les volailles, on lui remet un sac de grain pour leur nourriture (2). Les caisses de bouteilles doivent être portées les bouchons en dessus et — cette recommandation est également à faire — avec les

(1) Je ne parle ici, bien entendu, que de la marche avec une colonne de porteurs; car, à la poursuite d’éléphants, avec des chasseurs indigènes bien entraînés, j’ai parcouru souvent de 60 à 70 kilomètres par 12 heures, pendant plusieurs jours consécutifs.

(2) On ne donne jamais à boire aux poules en route, mais seulement à manger. Le soir, au repos, on leur donne à boire parce qu’elles ont toute la nuit pour se reposer. L’expérience a démontré que l’eau administrée pendant la chaleur et les secousses du transport les tue invariablement en grand nombre.

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plus grandes précautions. On a soin de prévenir le porteur que, en cas de renversement accidentel, une médecine qui brûle horriblement tombera sur sa tête et ses épaules.

Selon l’importance de la colonne (car on marche toujours à la file indienne), elle doit être surveillée de distance en distance, selon les aides dont le chef de l’expédition dispose. Pour cent porteurs, un homme en tête, un homme au milieu et un à la queue suffisent à empêcher les retardataires, à stimuler les autres et à aider ceux qui, ayant été obligés de s’arrêter, ont à remettre leur charge sur leur tête.

Il est agréable de partir avant la colonne avec quelques hommes; mais, si on a hâte d’être à destination, il est plus pratique de rester derrière elle. Sans cela, en arrivant à l’étape, il manque toujours une dizaine d’hommes, parmi lesquels, naturellement, ceux qui portent les objets les plus indispensables : lits, tentes, provisions de bouche, batterie de cuisine, etc. ; ou bien vous avez une cafetière et pas de café, une tente sans ses supports, ou d’autres choses du même genre.

Itinéraires. — Dans tous les endroits où il y a des populations et assez loin autour de ces localités, l’Afrique centrale est sillonnée de petits sentiers quelquefois à peine visibles, qui sont d’un grand secours pour le voyageur.

Gomme direction générale, à vol d’oiseau, ces sentiers sont habituellement très directs et représentent le plus court chemin d’un village à un autre; mais, comme détail de parcours, ils sont continuellement en zigzag, non parce que la fantaisie des indigènes les a tracés ainsi, mais pour des causes matérielles. Il n’est pas un de ces détours qui n’ait eu sa raison d’être et son histoire à une certaine époque : ici, c’est un arbre tombé en travers du chemin et qu’on a contourné, ou bien il a fallu éviter des branches trop basses qui empêchaient de passer avec un fardeau : le temps a pu faire disparaître l’arbre, le détour n’en est pas moins resté. Ailleurs, il s’est trouvé une grosse pierre que le premier passant a été trop paresseux pour enlever ; il en a fait le tour, et les autres l’ont suivi. Et ainsi à chaque pas. Les crevasses, les racines, les fourrés sont

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autant d’obstacles à une marche en ligne droite, et c’est ainsi que le petit sentier serpente à l’infini, disparaissant tour à tour au milieu de la forêt sans qu’on y trouve plus de cinquante mètres en ligne droite.

A côté du trajet par sentier qui existe dans les lieux habités, il y a celui qui coupe à travers le pays vierge, la brousse. On a à se frayer un passage dans la végétation, et, quelle que soit sa nature, c’est long et pénible. Le plus grand trajet que j’aie jamais fait dans la brousse, sans rencontrer un sentier, a été entre Tchiouta et Oundi : il a duré huit jours (1).

On fait, dans ces conditions, des étapes naturellement plus courtes, mais plus fatigantes; à travers la jungle, c’est tout au plus si on atteint douze à quinze kilomètres, malgré l’ombrage des forêts, même si on trouve des endroits où le terrain est praticable sans qu’on ait à se servir du sabre d’ abatis. La fatigue d’une marche de ce genre est excessive : on lève les jambes fort haut pour se dépêtrer des ronces, des racines et des herbes, tandis qu’on se courbe continuellement pour passer sous des branches; on s’arrête pour se dégager des épines, on enfonce dans des trous qu’on ne voit pas et l’on se heurte à d’invisibles troncs renversés ; les porteurs sont obligés de garder leur charge dans leurs bras et de marcher courbés en forêt. De là, la nécessité de repos nombreux, ce qui rend les voyages interminables.

Il est bon de se procurer un guide ou tout au moins de recueillir des renseignements exacts pour les longs parcours. Les points d’arrêt sont déterminés par la rencontre de l’eau, et on doit combiner sa marche pour y arriver à temps pour le repas; il faut donc s’informer auprès des indigènes de l’heure (ce qu’ils indiqueront assez exactement par la position du soleil dans le ciel) à laquelle on atteindra l’eau; l’habitude et la moyenne connue de la distance parcourue aideront à évaluer la distance. Après l’eau, ce qu’il est indispensable de demander, c’est s’il existe des lieux habités. Il faut toujours passer

(1) Je ne parle pas, bien entendu, delà chasse en général, où on évite à dessein les lieux habités.

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par les villages, même au prix d’un détour; on y trouvera d’abord des vivres et de l’eau, et surtout des renseignements et des guides (1).

La prudence exige que l’on ne compte pas sur les vivres à acheter en route; avant d’entreprendre un voyage de cinq jours, par exemple, on se munira de quinze jours de vivres, ce qui comprend l’aller, le retour, le séjour, et donne de quoi parer à la perte d’une caisse de provisions volée, égarée, détériorée, etc. Si l’on est chasseur , les munitions sont une question de toute première importance ; elles doivent passer, par ordre d’utilité , immédiatement après les vivres , avant même le lit et les autres objets que l’on est habitué à regarder comme indispensables , mais qui sont superflus pendant la plus grande partie de l’année, comme je le dirai tout à l’heure.

Un ou plusieurs guides appartenant à la localité sont infiniment plus utiles pendant le voyage que tous les renseignement que l’on aura pu prendre; ils pourront vous renseigner sur le nom des montagnes, des forêts, des objets curieux, des arbres, des animaux, des insectes, que vous rencontrerez ; de plus, ils vous servent de carte d’introduction dans les villages du parcours. Etant du pays, ils obtiennent plus facilement que vous ou vos hommes ce qui vous est nécessaire, et, si vous les avez bien payés, vous en trouvez d’autres pour continuer votre route. Quand vous arrivez dans un village, le chef vous apporte généralement un cadeau que vous acceptez. Vous savez qu’il donne un œuf pour recevoir un bœuf. Ne trompez pas son attente, sans que toutefois votre générosité dépasse le double de la sienne. Les petits cadeaux ayant créé l’amitié, profitez du bon moment pour demander au chef et à ceux qui l’entourent les renseignements que vous désirez. Il ne tardera pas à vous quitter, et vous aurez toute la soirée (je suppose que vous passiez la nuit dans un village) pour réfléchir à votre plan du lendemain.

(1) S’il existe dans la région une langue indigène répandue, il est bon d’en apprendre tout au moins les expressions courantes, de façon à pouvoir poser quelques questions importantes.

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Porteurs. — La question des porteurs est la plaie de P Afrique centrale : que de déboires, que de contretemps, que de journées perdues en discussions, que de moments de découragement elle a suscités ! Les grandes expéditions qui ont traversé l’Afrique, comme celles de Stanley et de Cameron, avaient pris à Zanzibar, pour toute la durée du trajet, des porteurs qui coûtaient très cher. De plus, aux soucis du voyage, venait se joindre le véritable tourment d’avoir à assurer la subsistance de ces centaines d’hommes d’autant plus exigeants que le voyageur s’était engagé à les nourrir. Loin de se plier aux circonstances , souvent difficiles , ou de supporter sans murmure la plus petite privation, ils refusaient, au moindre prétexte, de porter leur charge. Beaucoup prenaient la fuite, laissant ainsi l’expédition dans l’embarras, de sorte que, après avoir fait de grosses dépenses, on en était réduit à recruter des porteurs sur place et à les renouveler de village en village.

Cameron, qui me témoigna toujours beaucoup d’intérêt, m’avait prévenu de ces inconvénients avant mon départ. Il m’engagea à prendre seulement une escorte, non pour lutter avec qui que ce soit, mais simplement pour avoir des hommes à moi, en qui j’eusse confiance et aux mains desquels je pusse laisser mes intérêts, qui fussent, en d’autres termes, des compagnons capables de m’aider dans n’importe quelle occasion.

La première partie de mon voyage s’est effectuée en chariot, comme on sait ; mais, de la rivière Poungoué au lac Nyassa, y compris les nombreux itinéraires que j’ai parcourus rayonnant à partir de cette ligne principale et s’y ramifiant, je recourus à l’aide de porteurs indigènes engagés de localité en localité. J’ai parcouru ainsi un itinéraire plus long que celui de Stanley du Congo à Zanzibar.

En arrivant dans un village, je commençais par faire le compte exact des hommes dont j’avais besoin ; s’il ne m’en fallait pas plus d’une vingtaine et si le village était d’une cinquantaine de cases, je pouvais espérer les trouver tous; mais le plus grand des villages n’a jamais fourni cent porteurs. Pour les réunir, il faut parcourir une localité en demandant à chaque hameau les hommes de bonne volonté. Si, tout compte fait, il

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en manque dix, il faut chercher et chercher encore; on ne peut pas partir sans eux.

Que de fois ne m’ est-il pas arrivé, faute de porteurs, de jeter ou de confier au chef du village des objets dont je croyais pouvoir me passer! Que de fois n’ai-je pas laissé non seulement le superflu, mais le nécessaire, pour ne pas retarder le départ! On envoyait ensuite des hommes, pris en chemin ou au point d’arrivée, chercher les charges restées en souffrance; quelquefois, on ne les revoyait jamais !

Pour obtenir des porteurs, il faut naturellement faire un cadeau au roi sur le territoire duquel on entre. On se rend à la capitale, d’abord parce que c’est presque toujours un des plus grands centres habités, ensuite parce qu’on a plus de chance d’y trouver vivres et hommes.

Le prix moyen se calcule par nuit couchée dehors, c’est-àdire par journée de voyage. A raison de quatre mètres de calicot par jour et par homme, chaque porteur apporte sa nourriture; ou Lien on donne trois mètres pour le voyage et un mètre pour la nourriture. Dans ce dernier cas, le mètre destiné aux vivres se paye d’avance, mais le salaire est toujours donné à l’arrivée. Souvent les indigènes demandent à être payés d’avance, mais on aurait grand tort de le faire, en se disant que le calicot destiné à les payer (il en faut quelquefois deux mille mètres) est autant de moins à porter. Pour ce seul avantage, que d’inconvénients! Les hommes, au moindre mot, prennent la fuite. Ou bien ils sont paresseux et arrogants . Vous ne les avez plus dans votre main, parce que vous ne pouvez plus rien leur retenir sur leur paye. Ils choisissent le chemin, ils vous font coucher où ils veulent et non où vous voulez, et ils racontent à l’arrivée que vous les avez payés d’avance, ce qui fait que les nouveaux engagés exigent la même faveur.

J’ai rarement pu garder les mêmes hommes pour des parcours de plus de huit jours. Cependant, dans les districts où les indigènes sont avides de viande, j’ai pu en conserver pendant plus d’un mois, en leur fournissant quotidiennement du gibier. La viande est alors considérée comme un payement, cinq lanières de beltong (épaisseur du poignet) valant environ deux

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mètres de calicot. En pareil cas, je faisais des arrangements préalables avec les porteurs pour le payement en calicot ou en viande. Il m’arriva une fois d’avoir à payer soixante-dix hommes dans un district où je chassais l’éléphant; au jour convenu, la chance ne m’ayant pas favorisé, j’apprêtais mon calicot pour régler mes comptes avec eux? mais ils déclarèrent qu’ils préféraient de la viande et qu’ils attendraient que je fusse plus heureux. J’y consentis volontiers. Un mois après seulement, ayant tué une femelle d’éléphant, je les fis appeler; mes soixante-dix hommes accoururent à la hâte, comme bien l’on pense, et, ayant prélevé les défenses, le cœur et quelques morceaux pour mes autres hommes, je m’en allai, les laissant disputer et se battre autour du gigantesque cadavre qui représentait leur payement, soit quatre mille huit cent quarante mètres de calicot.

Le métrage de ce tissu se fait par brasses d’environ deux mètres. Les indigènes demandent généralement à l’auner euxmêmes; si l’on y consent, ils en confient le soin à quelque immense gaillard de vaste envergure, ce qui prend généralement beaucoup plus d’étoffe que de raison. Il est donc sage de faire cette opération soi-même ou bien d’en charger un alter ego.

Il faut avoir un carnet où Ton inscrit, en face de chaque charge, sa composition et le nom du porteur, comme ceci :

Lit, couvertures , souliers jaunes , j Katchépa, du 16 au 21 ;

'pliant, filet. ( Matinga, du 23 au 28.

En laissant la charge toujours avec la même composition, on s’y reconnaît beaucoup mieux, surtout lorsqu’on a, comme nous, de cent vingt à cent soixante porteurs.

Approvisionnements. — Après la question des porteurs, celle des approvisionnements est des plus importantes. Il est impossible d’entrer dans le détail des règles à suivre, mais voici en quelques mots ce qu’il faut toujours faire : savoir exactement ce qui reste de vivres; calculer d’après l'expérience la consommation journalière probable; s’informer du

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point le plus rapproché où Ton peut se ravitailler; calculer le temps qu’il faudra pour y aller et en revenir; y envoyer des émissaires assez tôt pour que ce qui reste à manger dure jusqu’à leur retour, en laissant une marge pour l’imprévu; ne jamais laisser échapper une occasion d’acheter, quand on peut le faire; vivre, tant que l’on est en bonne santé, sur la nourriture indigène; garder les provisions européennes pour le moment où on est malade et où l’estomac affaibli a besoin de soins. On trouve dans tous les lieux habités, ou à peu près, du maïs frais, des patates, qui sont un aliment agréable, sain et très nourrissant, des poules et des œufs. Mais ceux-ci sont généralement couvis, si l’on n’y prend garde. On ne doit jamais les acheter sans les essayer dans l’eau, car il n’est pas rare que ceux que l’on vous apporte aient quinze jours de date (1). En certains endroits, on trouve du manioc, du sorgho, des chèvres, etc.

Bagage» — Quand on n’a qu’une chemise, on n’en perd pas le compte : moins on a d’effets, moins on a de soucis. Six chemises en coton simili-flanelle (la laine est insupportable dans ces pays, quoi qu’en disent ses partisans; de plus, elle se rétrécit, étant mal lavée et séchée au soleil); quelques tricots (de coton également) ; vingt-quatre paires de chaussettes et six paires de chaussures jaunes ; une veste pour la fraîcheur des nuits ; quatre ou cinq vieux pantalons ; du fil, des aiguilles, des boutons et des pièces (le mouchoir, bien qu’étant article de luxe, ne prend pas assez de place pour qu’on s’en refuse une douzaine); deux casques; une casquette ou un bonnet quelconque pour le soir; et en voilà pour un an.

(1) L’expérience m’a appris qu’un œuf Irais reste couché au tond de l’eau. Dès qu’il a plusieurs jours, l’embryon de poulet ayant consommé déjà pour son existence une partie du blanc, le petit espace vide fait soulever l’œuf d’un côté. S’il prend une inclinaison de quarante-cinq degrés, l’œuf est encore mangeable, mais dur; s’il se tient droit, il ne l’est plus, et, arrivé presque au terme de la naissance, il surnage. Je crois que la plupart de nos cuisinières connaissent ces règles

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Autant d’années de voyage, autant de fois cela. Ajoutez-y une petite réserve pour les accidents, feu, vol, pertes, etc., qui viennent contrarier vos plans. Joignez-y aussi un supplément de chaussures si, en plus de la marche habituelle, vous comptez vous livrer aux fatigues de la chasse (1). Ce ne sont la, bien entendu, que des indications générales : chacun est à même d’en modifier les détails pour sa commodité particulière.

J’ai toujours limité les charges personnelles d’un Européen au maximum de dix, comprenant : batterie de cuisine, tente, lit, couvertures, munitions, armes, effets d’habillement, papiers et menus objets, soit deux cent cinquante kilogrammes (2). Je me suis imposé cette règle à moi-même sans en souffrir, et il est bon que le chef de l’expédition soit intransigeant sur ce chapitre, autrement il est tel de ses compagnons qui apporterait ses pantoufles et sa chemise de nuit, son fauteuil, cinquante caisses de liquides, un ballot de romans, un piano portatif et un billard.

Quelques douzaines de crayons, du papier, des plumes, de l’encre, une vingtaine de carnets de petite dimension et du papier écolier sont indispensables pour les observations, ainsi que les ouvrages spéciaux, almanachs, tables de logarithmes, etc., se rapportant à l’usage des instruments de précision. Il faut aussi un « Guide médical » et des renseignements relatifs à la récolte et aux soins à donner aux collections. Tout cela ne fait pas la moitié d’une charge.

Pendant la saison sèche, où les nuits sont admirables, un gros arbre sert parfaitement d’abri pour la nuit, une natte du pays et une couverture font le reste, et on évite ainsi, pendant cette saison, les deux charges du lit et de la tente. Il s’agit ici naturellement de petits voyages rayonnant autour d’un quartier général.

11 est sage d’ailleurs, à moins d’y être forcé, de ne pas

(1) Tous les jours, après l’étape, j’avais coutume de chasser plusieurs heures pour entretenir le garde-manger.

(2) J’ai fait confectionner, pour mon usage personnel, un panier de voyage qui réunit en peu de volume tout ce qui est nécessaire pour la table, et j’en mets le modèle à la disposition des voyageurs.

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voyager pendant la saison des plaies, c’est-à-dire de décembre à mai.

Notes. — Le voyageur doit avoir grand soin de prendre souvent des noies sur tout ce qui frappe son attention; à toutes les haltes, il sort de sa poche un carnet et un crayon qui ne doivent jamais Je quitter, et il met à profit ce court repos en consignant sur son carnet l’heure exacte, la durée de la dernière halte, l’heure du départ, le nom des collines, celui des montagnes qu’il a rencontrées en route ou qu’il a aperçues, celui d’un arhre ou d’un animal curieux, etc.

Pour les observations à faire avec des instruments de précision , sextant, théodolite, compas de relèvement, etc., il devra prendre l’habitude de les faire le matin à six heures, ou à midi, ou le soir à six heures, sinon à ces trois momentslà, pour les observations diurnes; pour les observations nocturnes, il devra se rapporter à l’heure indiquée par l’almanach pour les passages des étoiles ou de la lune, en se rappelant la différence de méridien. Pour ne pas manquer le moment, il faut être prêt au moins une heure à l’avance, car les montres, en voyage, sont loin d’avoir une exactitude satisfaisante. Un carnet spécial doit être affecté aux résultats des observations astronomiques, atmosphériques et autres.

En plus des remarques faites en route, les notes journalières contiendront tous les menus incidents des vingl-qualre heures. Elles doivent être distinctes des carnets des porteurs, lesquels donneront, d’un côté, le nom de chaque homme de l’expédition et, de l’autre, les comptes de dépenses et de provisions. Il faut ajouter à ces carnets ceux où l’on consigne les renseignements relatifs aux spécimens d’histoire naturelle.

Ces livrets peuvent être confiés à des individus différents, quand on est plusieurs; si l’on est seul, on les réunit dans un sac où ils ne tiennent guère plus de place qu’un livre. Une fois qu’ils sont terminés, on les étiquette, on y fait une tahle des matières et on les classe dans les papiers à rapporter au retour.

Correspondance — Pour recevoir des lettres et des jour-

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naux, on se les fait adresser à un point quelconque ayant un bureau de poste, et il faut les y envoyer chercher de l’intérieur, ce qui demande souvent bien longtemps (1). Après avoir appris les nouvelles du pays, on se débarrasse des journaux et l’on brûle les lettres, en n’en conservant qu’une ou deux si elles viennent d’une personne chère; autrement, deux ou trois ans de lettres formeraient des paquets encombrants et lourds qu’on risque de perdre et qui n’ont plus beaucoup d’intérêt, vu leurs dates, dès qu’on a reçu des nouvelles plus fraîches.

Pour écrire en Europe, vous attendez les occasions, et ceux qui vont chercher vos dernières lettres mettent à la poste vos réponses aux précédentes. En Afrique centrale, pour les lettres comme pour tout, il ne sert à rien d’être pressé : il faut prendre les événements avec philosophie, les privations avec indifférence, la maladie avec courage, et un jour, avec l’aide du ciel, on rentre dans son pays, fier de lui avoir été utile, heureux de le revoir.

(1) J’ai reçu ainsi pendant mou dernier voyage des journaux et des lettres ayant parfois huit mois de date, et en ayant toujours au moins quatre ou cinq.

LANGUE TCHINIOUNGOUÉ ou LANGUE DE TÊTE

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