‹ Du caractère religieux de la royauté PharaoniqueChapitre 124 sur 211 · Diodore, I, 2t et · texte numérisé non relu

Diodore, I, 2t et

2. Par exemple les Annales de Thoutmès lit ou te Poème de Penlaour sous Ramsès II. Voir à ce sujet Maspero, Histoire, II.

divines offrandes suivant les prescriptions du livre des offrandes dos dieux, aussi nombreuses qu’elles doivent être, en vins, figues, encens, libations par devant toi. J’ai fondu pour toi des vases d’argent et d’or; je t’ai fait des libations avec l’eau du bassin. J’ai divisé les prophètes en classes et aussi les divins pères pour qu’ils sacrifient à ton double et que tu te reposes en eux. — Tous les jours de fête du temple et de la nécropole je les ai établis dans ton temple, à jamais, suivant les écrits. — Je donne ce temple et ses biens à mon père auguste, je suis le gardien (scrupuleux) des offrandes (comme il est presciâtl dans les écrits ; j’ai déposé les bandelettes dans ta main; j'ai fait pour toi un acte de donation [àmitpou) de tous mes biens, pour qu’ils soient à jamais établis à ton nom; je te consacre les deux terres en leurs moitiés divines, pouT toi, comme tu me les as données depuis ma naissance*. »

Ainsi la qualité de fils et de prêtre des dieux oblige le roi tà ce rôle de bienfaiteur des temples. De même que ses pères lui ont donné la vie, il leur rend cette vie par les pratiques du

culte (^ •^); de même que ses pères lui ont donné par testament {àmitpou) leur héritage, il leur rend cet héritage par donation authentique Pharaon a tout reçu des dieux ; mais son devoir filial consiste à tout leur rendre, et c’est aussi le plus important de ses devoirs de roi.

V. Vis-à-vis des morts divinisés, Pharaon a encore la même obligation. Le principe en est posé dans les rituels funéraires par la formule « le roi donne l’offrande », et j’ai montré pi’écédemment que le rituel des temples prévoit, les jours de fête, une participation des morts au culte offert aux dieux. Comment se réalisait, dans la pratique, cette intervention du roi dans le culte des morts?

1. Texte publié par Daressy dans le Recueil de travaux, Xl.V, p. 15, 1. 7 sqq.

La réponse nous est donnée par les formules des stèles funéraires. Elles nous allestent que le mort divinisé devait prendre réellement dans les temples, sa part des repas servis aux frais du roi sur les tables d’offrandes des dieux. Voici une formule de rédaction très courte, mais significative :

« Le roi donne l’oiïrande à. Osiris et aux dieux de la nécropole — pour qu’ils donnent tout ce qui apparaît sur leur table d’offrandes, toutes les offrandes véritables qui sont sur leurs autels à toute fête du ciel et de la terre... dans leur temple — au double de N. » *. Les détails les plus précis apparaissent dans des rédactions plus développées ; on indique en quelles parties du temple le mort trouvera ses aliments, de quelle nature seront ceux-ci, comment on préviendra le défunt du moment favorable pour les prendre : « Puisse-tu voir, dit-on à un défunt, Amon dans sa belle fête de la nécropole, et le « suivre » dans ses temples ; que ton nom soit appelé devant la table d’offrandes où se fait le compte des approvisionnements ; q ue ton âme soit entendue et qu’elle ne soit pas écartée du sanctuaire ; puisses-tu manger les provisions qui apparaissent devant (le dieu) ; puisses-tu boire l’eau sur la rive, et avoir de l’encens sur le feu tous les jours. Toutes les offrandes qui sont comptées pour les provisions du dieu, puisses-tu t’en emplir et en disposer à ton gré par devant les offrandes du dieu’. » Dans cette autre formule les termes mêmes des rituels funéraires sont développés: « Quand lu viendras sur les deux bras (c’esl-à-dire quand la statue sera portée sur les deux bras

2. V. I.oret, La tombe de l'am-khent Amenhotep {Mission du Caire, t. I.

(lu prêtre), que ion nom soit proclamé, que ton liras s’étende sur les offrandes et les provisions, que le repas funéraire apparaisse quand (ton nom) sera appelé. Qu’il prenne l’eau sur les deux bras du prêtre de double, qu'il s’empare de ses pains, qu’il s’empare de sa bière sur la table d’offrandes au gré de sou double; qu’il mange les pains sur l’autel du Nib-er-zer (Osiris) sur la table d’olfrandes des seigneurs de l’éternité ; qu’il lui soit donné ses portions purifiées dans l’abondance (qui est celle) d’Osiris'. » Voici encore une variante des mêmes idées : « Puissé-je apparaître, dit le défunt, chargé de vases et de pains (provenant) des pains des seigneurs de l’éternité ; puissé-je prendre mes provisions comme un « riche en viandes » sur l’autel du dieu grandi »

Mais il importe d’établir ici une distinction entre ce que nous affirment les formules et ce que révèle l’étude des faits. En principe tous les Égyptiens défunts, honorés des rites osiriens, ont droit à un service d’offrandes servi par le roi, puisque pour tous est prononcée la formule « le roi donne l’offrande » ; en fait, il n’en est pas était ainsi. Les offrandes réelles n’étaient données qu’à ceux que les textes appellent

les cc favorisés du roi » ^ | P ^ ^ ^ ^ [hoaioii n

kher soiiton) ou d’un terme plus précis « les attachés, les féaux du roi ^ ^ ^ àmakhou kher soiiton^.

A vrai dire, la formule souton di hotpou avait à elle seule une force magique suffisante pour assurer aux défunts osiriens le service idéal d’offrandes dans l'autre monde; mais les Égyptiens ont toujours préféré les réalités tangibles aux spécula-

1. L. D., III, 114, i. 1. 10-14. Cf. Budge. Tmnsacfions S. £. A . , t. VIII, p. 316.

2. Louvre, stèle G 55. Pierret, Inscriptions inédites, U, p. 90; Budge, loc. cit., p. 309. Cf. Loret, loc. cit., p. 54, 1. 36.

3. J’ai consacré aux « attachés » un mémoire spécial, La condition des féaux en Égypte {Recueil de travaux, XIX, p. 112-148, où sont réunis la plupart des textes sur les favorisés du roi et des dieux.

fions, et tous ceux d’entre eux qui par leur naissance ou leurs services approchaient du roi, s’efforcaient d’obtenir de lui une participation effective aux revenus des temples destinés au culte des dieux et des morts’.

La répartition des olfrandes réelles a pu d’ailleurs, dans une certaine mesure, être réservée aux dieux eux-mêmes, c'est-à-dire à la classe sacerdotale qui interprétait la volonté des dieux. Les formules anciennes du proscynème.« souton di hotpoii » stipulent parfois — ainsi que l’a démontré M. Maspero — l'intervention du dieu : « Le roi donne l’offrande, Osiris donne l’offrande, Anubis donne l’offrande » à tel ou tel; plus tard on a dit simplement : « Le roi donne l’offrande à tels ou tels dieux pour qu’ils la donnent » à tel ou tel homme. Aussi à côté des « favorisés » et des attachés » du roi, trouvons-nous des « favorisés» et des « attachés » vis-à-vis des dieux, bénéficiant des mêmes offrandes tangibles dans les temples \ En principe tous les défunts osiriens devaient être égalemeni favorisés de leurs frères les dieux; en fait, il fallait être connu et apprécié du roi ou des prêtres pour bénéficier de grâces spéciales et personnelles.

VL Pour percevoir les « offrandes réelles » auxquels ils avaient droit, les favorisés et les attachés du roi et des dieux, employaient plusieurs procédés, dont le premier consistait à établir dans le temple une statue d’eux-mèmes ou une stèle à leur nom.

Les nombreuses statues de particuliers qui nous sont parvenues do toutes les époques portent en général la mention

donné par faveur du roi ».

1. Voir mon étude La condition des féaux en Égypte, loc. cit., p. 126.

2. Ce sont en général les prêtres du dieu, et ceux qui avaient affirméi par des services rendus, leur dévotion à tel ou tel patron de sanctuaire {La condition des féaux, loc. cit., p. 136).

3. Cette Ibrmule a été élucidée par Maspero dans ses articles De quel-

Une série remarquable de ces monuments a été trouvée par Mariette à Karnak dans le chemin de ronde du temple de la XII® dynastie’ ; d’où il faut conclure que les « favorisés » dont nous possédons les statues les avaient fait modeler pour les consacrer dans un temple par autorisation spéciale. Or les statues sont déposées au temple pour participer aux offrandes divines; on s’en rendra compte par l'examen des inscriptions qu’elles portent. En voici quelques exemples, de toutes les époques, d’après les statues du Louvre. La formule porte d’abord que « le roi donne à Amon Rà l’olfrande consistant en toutes les choses « qu’on offre au dieu ici », e’ost-à-dire dans le temple; mais l’offrande est réversible sur la statue du défunt et chacun des « prophètes, officiants, prêtres, prêtres de double qui voient cette statue » dans le temple, dohenl assurer la participation du mort au service sacré’. Une variante plus explicite de cette formule dit expressément: « O tous prophètes, prêtres, officiants, scribes, qui entrez dans ce temple et voyez cette statue, recitez ces formules »*. c’est-à-dire le proscynème qui assure au propriétaire du monument « tout ce qui sort sur les autels »* du dieu. Tantôt c’est le défunt qui souhaite « que sa statue soit bien établie dans le temple pour prendre les provisions chaque jour »’, ou bien il atteste « (|u il a tait placer sa statue (dans le temple), que son nom y restera stable et qu il ne seia point détruit dans le temple »®. Les inscriptions de la statue faisaient titre, en effet, comme un acte enregistré sur les livres

qnea docuïTienls relatifs aux statues des morts {Études de mytk., I, p. 61) et Le Double et les statues prophétiques {ibid., p. 81).

1 , Mariette, Karnak, pl. VIII et p. 42.

2. Pierret, Inscriptions inédites, II, p. 24, statue accroupie, donnée par .M. Maunier.

.'5. Pierrot, H, p. 36-37 (A, 117).

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