CHAPITRE VIII
Les grandes fêtes du culte royal.
I. Développement solennel des rites du pa douait dans les fêtes sed. — II. La fête sed : A, intronisation; B, royale montée vers le dieu principal;
C, repas pris en commun avec les dieux, après la célébration des rites divins ;
D. installation de statues royales dans le temple. — III. Effets attendus de la fête sed: la vie divine du roi renouvelée pour une période indéterminée; cette période n’est pas Irentenaire. — IV. La fête sed est célébrée lors de l’inauguration d’un édifice dit « de millions d’années », où le roi est adoré.
— V. La fête sed existe aussi pour les dieux et les morts osiriens. — VI. Autres fêtes du culte royal : elles répètent toujours l’intronisation. — VII. Le culte du roi dans les « temples de millions d’années » persiste après la mort; dans son tombeau, le roi défunt est adoré comme tout mort osirien.
— VIII. Conclusion : le roi est adoré parce qu’il est le prêtre du culte divin et funéraire.
I. Les rites de la « chambre d’adoration » étaient pour le culte royal ce qu’est, dans le culte diviu, le service journalier par rapport aux rites des grandes fêtes. En dehors de l’ordinaire de chaque jour on célébrait en l’honneur du roi des panégyries solennelles : elles portaient le nom de « fête du
bandeau royal » ^ heh sed, var.
sesAerf). Par le titre adopté on voit de suite que le principe défini précédemment se vérifie ; on adore le roi en répétant les cérémonies du couronnement. J’ai déjà dit que les représentations de la fête sed se retrouvent dans les temples sur les murs des cours ou des salles hypostyles : tandis qu une petite salle suffisait aux rites du pa douait, pour les cortèges des
fêtes sed il ne fallait pas moins que les plus grandes « salles larges « du temple.
Aucun édifice ne nous a conservé une représentation complète des rites de la fête sed. Le monument le plus précieux
est la salle de la fête sed du temple élevé par Osorkonll (XXIP dyn.) à Bubastis* ;mais cette salle est entièrement ruinée et il afallu à M. Édouard Naville, qui en a découvert les débris, une grande sagacité pour classer les renseignements épars dans les pierres dispersées. M. Naville a montré que ce qui manque à Bubastis peut être remplacé en partie par les tableaux analogues retrouvés aux temples d’Aménopbis III à Soleb’ et de Sétil^à Gournah’; il y faut ajouter les textes et les tableaux de la partie du temple de Louxor bâtie par Aménopbis IIL et surtout ceux de la « salle du roi » de Séti P*' à Abydos\ Dans beaucoup de temples on trouve aussi des représentations de tel ou tel épisode isolé de la fête, sans que l'on puisse dire, à distance, si ce morcellement est voulu ou s’il n’est attribuable qu’à une publication incomplète des monu-
1. Ed. Naville, The festival Hall ofOsorkon II in the great temple of Bubastis', cf, un lumineux compte rendu de Maspero dans la Revue critique (15 mai 1893).