‹ Du caractère religieux de la royauté PharaoniqueChapitre 181 sur 211 · Le mot · texte numérisé non relu

Le mot

« paroles » a le sens d’ « armes de jet » dans un

texte de Pépi 1, 1. 342 où il est en parallélisme avec le mot fV^

déterminé par l’arc, la llèche, la hache d’armes. — Dans toutes les langues on dit encore que la parole est une arme, une lance.

3. En particulier dans la course de fondation, et l’inauguration des sanctuaires comme à Soleb où la massue sert à frapper douze fois la porte du naos (fig. 32, 89). Voir une représentation du roi armé de la lance (qui

échange ici avec le sceptre ^ autre arme solaire), pour entrer au sanctuaire, dans Abtjdos, I, pl. 30 a et b. — On donne aussi aux dieux la lance et la massue | (voir notre fig. 83, p. 251, où est représenté le roi divinisé).

4. Les sceptres zâmit ^ et ouas ont été l’objet d’une excellente monographie de M. Wiedemann {Recueil de travaux, XVIIl, p. 127-132).

la représentation de l’insigne permettent de distinguer deux séries de sceptres : le 9 tout simple s’appelait

dont l’équivalent copte signifie « vis^ robur ». Com-

biné avec la plume solaire et la spirale lumineuse

signe se

oua& « force, puissance ». De ces

étymologies, on peut déduire déjà que le sceptre ^ garantit à son porteur la force et l’autorité.

On peut serrer de plus près le sens primitif si l’on considère la forme du sceptre dans les textes des pyramides delà VD dy-

nastie : la hampe du signe ^ représente une ligne, zigza-

guée, coiffée de la plume solaire et terminée par deux pointes aiguës. On ne saurait y voir qu’une figuration de l’éclair.

Le mot entier se lit zeserit, ou serit, et il évoque à la

fois les idées de « trait, tlèche, lance » et de « hauteur dans le ciel*». Au sceptre s’ajoutent soit l’œil soit la

plume solaire p, soit la bandelette ou spirale lumineuse Ç, qui sont, nous l’avons vu, des emblèmes ayant une significa-

C’est M. Wiedemann qui voit dans la tète du sceptre la figure de la huppe. L’auteur ne parle pas du sceptre zigzagué zeserit, tout en notant que « sur les cercueils de Mentu-hetep et de Sebek-âa du Moyen Empire, les bouts supérieurs et inférieurs (des deux types de sceptres) sont identiques, mais le bâton qui les réunit consiste une fois dans une ligne droite, une fois dans une ligne ondoyante »; quant à l’adjonction au sceptre « de la plume et du bandeau », M. Wiedemann les note «sans qu’on puisse éclaircir le sens de l’addition de ce dernier signe ».

1. Voir ce qui a été dit au chap. II, p. 42-43 et Rituel du culte divin, p. 160.

2. Sarg des Sebk-o, publié par G. Steindorff, pl. II. On a retrouvé plusieurs sceptres zigzagués dans le tombeau du roi Aoulouàb Rî àDahchour (De Morgan, I, p. 96-97); voir aussi un tableau de Louxor, reproduit p. 157, fig. 36.

Le sceptre zigzagué rappelle aussi l’uræus | qu’on voit aux mains des dieux, par exemple fig. 90, p. 271.

CARACTÈRE SACRÉ DE LA PERSO?)NE DD PHARAON

lion symbolique. La transformation du trait supérieur en tête d’animal me semble être relativement tardive, et entraînée peut-être par l’adjonction de l’œil à la tête du signe, qui s’anime ainsi à la façon d’une tête vivante. On comprendra aisément qu’on ait attaché le sens de « force, vigueur » [zâmit, oiias) à un signe représentant l’éclair ou la foudre tombant du ciel. De là aussi l’explication de certains emplois du sceptre. Les tableaux des temples nous montrent fréquemment le ciel

soutenu par deux sceptres comme par les traits de

foudre* (qui servent aussi d’étais au firmament, cf. p. 44). Souvent les plateaux chargés d’offrandes, que les dieux Nils

apportent dans les temples, sont ti’aversés du sceptre

qui rappelle peut-être que la foudre, « voix du ciel » crée ces offrandes. Parfois, enfin, les dieux et les rois se tendent réciproquement le sceptre | d’où sort la vie comme pour l’échange du fluide vital’. Arme tour à tour destructrice ou créatrice, la foudre sous la forme de l’insigne met toute sa puissance au service des mains du roi.

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Le « fouet » A nekhekh qui avec le crochet f est ® ® ^ 1

un des insignes les plus caractéristiques des dieux osiriens,

symbolise l’idée matérielle de « lancer la lumière » et

l’idée morale de « protection* ». Le dieu générateur Min

émet la lumière et la vie en élevant dans l'air cet ins-

1. Cf. Wiedemann, ap. Recueil, XVIII, p. 129, n. 1. On en trouvera un e.xemple dès le temps du roi archaïque Khàsekhemouï à Hiéraconpolis (Quibell, I, pl. II; cf. Deir el Bahari, I, pl. XII).

2. Mariette, Maüabas, p.377 (V® dyn.); L. D.,II, iiig (VI® dyn.); Pétrie, Koptos, pl. XI, Gayet, Louxor, pl. II- VI, etc.

3. Petrie, Koptos, pl. X, 2; Deir el Bahari, I, pl. IX: Abydos, I, pl. 21, 23, 26, etc. Cf. notre fig. 48, p. 170.

4. Voir à ce sujet le commentaire de Maspero à une phrase de Pépi II (1. 664). Pour le nekhekh, voir nos fig. 66, 69, 71, 73, 74, 78, etc.

294 DU CAnACTÈRE RELTGrEt’X DE LA ROYAUTÉ PHARAONIQUE

Irument. A l’origine le nekhekh était un fouet, ou plutôt un fléau. Le battant mobile se terminait par des baguettes en bois rigide ou des lanières de cuir (cf. fig. 66, 73). On fit bientôt de ce fléau d'armes un insigne stylisé, où le battant laissa tomber, enfilés comme des pièces de verroterie, des triangles

lumineux et des traits || || || qui évoquaient les idées attachées aux autres armes divines. Dès lors l’objet semble rigide entre les mains du roi et rappelle comme forme générale le triangle ^ hopit' : il devient un « lance-rayons » magique, ou une sorte de crécelle dont le bruit doit détourner les mauvais esprits*.

Il y aurait à citer encore beaucoup d’autres insignes « solaires » qui contribuent à caractériser graphiquement la divinité du Pharaon, entre autres le casse-tête ^ kherp ou

skhem que le roi lève sur les victimes ou les offrandes pour les tuer et les consacrer du même « coup ». Je n’analyserai plus qu’un signe fort important qui s’inscrit d’ordinaire dans

la base du trône des dieux et des rois, le sam M. Soldi

a fort ingénieusement démontré que ce signe est analogue au support intérieur qui soutient le trône royal ou divin dans les hiéroglyphes chaldéens et chinois et dans de nombreux bas-reliefs assyriens et hindous’. On sait que chez nombre de nations orientales il y a un véritable culte du trône royal ou divin; en Égypte l’importance exceptionnelle que les

textes religieux attachent au siège jj àse7,àrescalier ^ red,

1. Petrie, Koptos, pl. IX et VI où l’on pourra comparer les deux signes.

2. Voir un bel exemple d' on nekhekh, retrouvé au tombeau d’Aoutou àb Rî par De Morgan {üahchour, I, pl. 39 et p. 114.) Les triangles sont en cornaline et en émail, les traits en bois peint en jaune. Sur ces triangles lumineux, cf. Brugsch, Religion und mythologie, p. 255-256.Pour d’autres exemples du nekhekh cf. L. D., Ht, 77; Abydos, I, pl. 38 c; Maspero, Histoire, I, p. 271.

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