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litt. : <' On entendit un décret dans le sanctuaire que modela la bouche du dieu lui-rnème » ; cf. Maspero, Histoire, II, p. 246.
2. Stèle du Sphinx, L. D., III, 63 (cf. Brugsch, A, Z. 1876, p. 89). J’emprunte la traduction donnée par Maspero, Histoire, II, p. 294.
encore l’intervention personnelle des dieux. Une invasion de Libyens s’abattit sur l’Égypte alors que régnait Minephtah, vieillard plus que sexagénaire, et fort peu capable de prendre la tête des armées; le dieu Phtah apparut au Pharaon au moment même où l’on allait engager imprudemment une bataille décisive. « Sa Majesté vit en songe comme une statue
de Phtah qui se tenait pour empêcher le roi d’avancer
Elle lui dit : « Reste » et lui tendant le glaive recourbé, « éloigne de toile découragement! >> Sa Majesté lui dit ; « Mais, alors, (que dois-je faire?) ».(Elle lui répondit : Fais partir) ton infanterie et que des cavaliers en nombre soient envoyés devant elle sur les confins du territoire de Piriou* ». Dans ce poste favorable, l’armée égyptienne attendit le choc des Libyens qui furent complètement défaits pour la grande gloire du roi et du dieu. — Parfois aussi, le dieu intervient au milieu de la mêlée : l’exemple classique est celui d’Amon à la bataille de Qodshou’. Ramsès II, en grand danger, abandonné de ses soldats, n’a de recours qu’en son père Amon : « Qui donc es-tu, mon père Amon? Serais-tu un père qui oublie son fils? Or ai-je fait quelque projet à ton insu? N’ai-je pas marché et ne me suis-je pas arrêté à ta parole? Lorsqu’il ne viole pas tes ordres, il est bien grand le seigneur de l’Égypte et renverse les barbares sur sa route! Que sont donc ces Asiatiques pour ton cœur? Amon humiliera ceux-là qui
ignorent le dieu Je t’invoque, ô mon père Amon ! Me voilà
au milieu de peuples si nombreux qu’on ne sait qui sont les nations conjurées contre moi, je suis seul de ma personne, aucun autre avec moi. Mes nombreux soldats m’ont déserté... mais je trouve qu’Amon vaut mieux pour moi qu’un million
1. Inscription triomphale de Minephtah (.Mariette, JiarnaA', pl. 53, I. 28- 30), traduite par Chabas, Recherches pour servir d l'histoire de la XIX^ dynastie, p. 87-88; cf. .Maspero, Histoire, II, p. 434.
2. Poème de Pentaour , pap. Sallier, III, pl. I à pl. III; cf. Maspero, Histoire, II, p. 396-397, dont j’emprunte la traduction.
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de soldats... Chaque fois que j’ai accompli ces choses, Amon, par le conseil de ta bouche, comme je ne transgresse pas tes ordres, voici que je t’ai rendu gloire jusqu’aux extrémités de la terre ». Tandis que la voix roule dans Ilermonthis, Amon surgit à mon injonction, il me tend la main, et je pousse un cri de joie quand il me hèle par derrière : « Face et face avec toi, face et face avec toi, Ramsès Meriamoun, je suis avec toil C’est moi, ton père! ma main est avec toi et je vaux mieux pour toi que des centaines de mille. Moi, le fort, qui aime la vaillance, j’ai reconnu un cœur courageux et mon cœur est satisfait, ma volonté va s’accomplir! » — Dès lors, ce n’est plus Ramsès II qui combat, c’est le dieu lui-môme ; « Je suis comme Montou, dit-il, de la droite je darde, de la gauche je saisis les ennemis; je suis comme Baal en son heure.'... » El les ennemis de s’écrier, eux aussi ; « Ce n'est pas un homme qui est parmi nous : c’est Soutkhou le grand guerrier, c’est Baal incarne! »
Ainsi les dieux combattent pour le roi et le roi combat à la façon des dieux. La guerre finie, le traité de paix n’était signé qu’avec l’assentiment et sous la garantie des dieux*, et au retour du Pharaon en Egypte, des fêtes triomphales faisaient connaître au peuple les discours louangeurs que le dieu adressait au roi en remerciement du butin rapporté’.
1. T l'ailé de Ramsès U avec le prince des Khétas, 1. 32-34 (dernière édition du texte, par Bouriant, Recueil de travaux, XIII, p. 158) : « Quiconque n’observera pas les stipulations que mille dieux de Khèta et mille dieux d’Égypte frappent sa maison, sa terre, ses serviteurs; mais
celui qui observera les stipulations incisées sur la tablette d’argent
mille dieux de Khèta et mille dieux d’Égypte, lui donneront la santé et lui accorderont de vivre, à lui, aux gens de sa maison, ainsi qu’à sa terre et à ses serviteurs ». Traduclion de Maspero, Histoire, II, p. 402.
2. La plus célèbre de ces stèles est celle de Thoutmès III (Mariette, Karnak, pl. 11), dont le texte fut réutilisé par Séti I. Voir aussi le décret de Phlah Totunen en l'honneur de Ramsès II et Ramsès III (temples d’Ipsamboul et Médinet Habou), publié par Ed. Naville (Trans. S. B. A., VII, p. 119).
A. Moret.
3Ü6 DU CAHACTÈKE RELIGIEUX DE LA ROYAUTÉ riJARAÜMyUE
V. La divinité du roi était donc reconnue dans toutes les circonstances de la vie publique du souverain ; on ne se contentait point d’adorer Pharaon au temple; hors des limites du sanctuaire, il restait le « dieu bon » à qui tous les hommes devaient une perpétuelle adoration. Le nom même du souverain était sacré comme sa personne; on jurait par ce nom comme par celui des dieux^ et celui-là était puni qui proférait ce serment à la légère*.
De ces sentiments s’inspire la littérature officielle qui couvre de ses récits pieux ou de ses hymnes les murs des temples et des édifices royaux. Voici par quels discours Amon Kâ accueillait son fils Thoutmès III au retour de ses campagnes en Syrie : « Viens à moi en te réjouissant de voir ma beauté, ô fils modeleur de sou père, Menkhopirrî, vivant à jamais! C’est grâce à toi que je me lève (chaque matin), mon cœur se dilate à ta belle venue dans mon temple, quand mes deux bras s’unissent à tes chairs pour (leur donner) le fluide de vie et quand ta force réjouit mon corps*. Je l’établis dans mon sanctuaire, je fais des miracles pour toi. Je t’ai donné la force et la puissance sur toutes les terres étrangères et je répands tes esprits et ta terreur sur toutes les contrées, et ton etîroi dans les limites des quatre piliers du ciel. J’agrandis ta crainte dans tous les cœurs, je donne que le rugissement de ta Majesté poursuive les barbares, et les chefs de tous les pays réunis en ton poing : moi-même, étendant mes deux bras, je les lie pour toi, je serre en un faisceau les Nubiens, par myriades et par milliers, les gens du Nord par centaines de mille comme prisonniers. Je renverse les rebelles sous tes sandales, pour que tu écrases les captifs récalcitrants, car je t’ai assigné par décret la terre en sa longueur et en sa lar-
1. Sur le serment par le nom du roi cf. Cliabas, Hehraco-Aegijpliaca [Trans. S. B. A., I, p. 177) et Spiegelberg, Sludicn zuin Iiechtswesen,iy. 71.
2. Allusion aux rites de la « royale montée au temple » et de fembrassernent réciproque du roi et du dieu.
CARACTÈRE SACRÉ DÉ LA PERSONNE DU PHARAON
geur, les Occidentaux et les Orientaux sont sous le lieu de ta lace... Je t’ai ordonné de leur faire entendre tes rugissements qui pénétrent dans leurs antres, j’ai privé leurs narines du souffle de vie... J’ai donné que mon uræus qui entoure la tête, les brûlât, qu’elle fît déliler en prisonniers enchaînés les peuples de Qodi, qu’elle consumât de sa flamme ceux qui sont à leurs frontières, qu’elle tranchât la tête des Asiatiques, sans que s’échappe ou fuie aucun de ceux qu’elle a saisis. Je donne que les conquêtes fassent le tour de toutes les terres, que l’uræus qui brille à mon front soit la vassale si bien qu’il n’y ail
insurgé contre toi, jusqu’au pourtour du ciel — Je suis
venu, je le donne d’écraser les grands du Zabi, je les jette sous tes pieds à travers leurs montagnes, je donne qu’ils voient la Majesté, telle qu’un maître de splendeur rayonnante, quand lu brilles à leur face en ma forme. — Je suis venu, je le donne d’écraser ceux qui sont au pays d’Asie, de briser les têtes des peuples du Lotanou — je donne qu’ils voient la Majesté revêtue de la parure, quand lu saisis les armes pour combattre sur le char. — Je suis venu, je le donne d’écraser la terre d’Orient, d’envahir ceux qui sont dans les cantons de Tanoulir, je domine qu’ils voient la Majesté comme la comète qui lance l’ardeur de sa flamme et répand sa rosée... » *.
A côté de ces morceaux de poésie héroïque, nous avons conservé de véritables hymnes au roi, dont l’im adressé à Uusirlasen lll (XII® dyn.) nous décrit les oflels bienfaisants de l’avènement du Pharaon.
« Il est venu à nous, il a saisi le Saîd, et il a coiffé le pschent sur sa tête.
« Il est venu, il a assemblé les deux pays et il a marié le jonc à l’abeille.
1. J’ai largement utilisé les traductions qu’a données .Maspero de ce morceau classique dans son étude Bu yenre éiAüolaire {^ . 85 sqq.) et Histoire, II, p. 267 sqq. Sur les Pliaraons qui ont repris pour leur propre compte les mêmes formules, cf. .Maspero, Histoire, II, p. 270, n. 3.
« Il est venu, il a régné sur la noire Égypte et il a mis le désert rouge avec lui.
« Il est veuu, il a protégé les deux terres du Midi et du Nord, il a pacifié les deux rives de l’Ouest et de l’Est!
« Il est venu, il a donné la vie à l’Égypte noire et il a pulvérisé ses douleurs.
« Il est venu, il a donné la vie aux claus et il a fait respirer ibrement les humains.
« Il est venu, il a foulé les barbares du Midi, il a assommé ceux du Nord qui ne le redoutaient point!
« Il est venu, il a consolidé sa frontière, et il a repoussé les guerres loin d’elle !
« Il est venu, il a prodigué des biens à ses féaux, de ce que son sabre nous a rapporté!
« Il est venu, il nous a donné d’élever nos enfants et d’ensevelir nos vieillards de ses bienfaits' 1 »
C’est ainsi qu’on cbanlait les louanges du roi-providence qui assure la vie et la protection des hommes pendant et après leur existence terrestre; un autre poème, qui nous est arrivé dans une rédaction de la XIX“ dynastie, invoque le roi-dieu « qui se lève comme le soleil ® » :
« Tourne ta face vers moi. Soleil levant, qui éclaire le monde de ta beauté, disque étincelant parmi les hommes, qui chasse les ténèbres de l’Egypte. Tu es la forme de ton père, quand il se lève au ciel et tes rayons pénètrent en tout pays; il n’y a point de lieu qui soit privé de tes beautés, car tes paroles règlent les destinées de tous les pays. Quand tu reposes dans ton palais, tu entends ce qu’on dit en toute contrée, car tu as des millions d’oreilles. Ton œil brille plus qu’étoile
1. Maspero, Eludes de mythologie, IV, p. 408-409. Ce texte a été publié et traduit par Griffitti, The Pelrie Papyri — Jlieralk papyri from liahun and Gurob., pl. I-HI et p. 1-3.
2. Hymne adressé à Mineplitah, au Papyrus Anaslasi IV et à son fils Séti II au Papyrus Anastasi II; cf. Maspero, Histoire, II, p. 438, n. 4.
CARACTÈRE SACRÉ DE LA PERSONNE DU PHARAON
au ciel et voit mieux que le soleil. Si l’on parle, quand même la bouche qui parle serait dans les murs d’une maison, ses paroles atteig-nent ton oreille. Si l’on fait quelque action cachée, ton œil l’aperçoit, ô roi, seigneur gracieux, qui donne à tous le souffle de la vie ‘ ».
Les hymnes dédiés au roi étaient colligés et conservés par les « scribes de la double maison de vie » qui « savaient les secrets des choses » en particulier les incantations et les charmes magiques. On a retrouvé quelques-unes des incantations réservées à l’usage du roi. Dans la hibliotbèque du temple d’Edfou, le catalogue gravé sur la muraille mentionne « un livre pour protéger le roi en sa demeure »
.f Le papyrus de Boulaq n" Vil, nous a
conservé des fragments d’un « livre royal » de ce genre. « C’est, dit Mariette, un traité mj'stique renfermant les prières que 1 on doit adresser à chaque heure de la nuit et à chacune des divinités protectrices de ces heures, pour la santé du roi et pour l’éloignement des maux qu’il pourrait crain'lre’. On peut se rendre compte, par la traduction qu’en a publiée M. Maspero, que cette composition est analogue aux « veillées d’Osiris ou de Sokaris » qui illustrent les parois des temples ptoléiîiaïques * : à chaque heure du jour et de la nuit sont préposés un ou plusieurs dieux qui font bonne garde sur la statue royale, et la préservent de tous les maux auxquels sont éternellement en butte les dieux osiriens. Voici la formule finale du papyrus :
Douzième heure ; Veillez, (ô dieux) qui êtes (de service) en votre heure, veillez, ô vous qui êtes dans la nuit ! .Ui ! faites