‹ Du caractère religieux de la royauté PharaoniqueChapitre 197 sur 211 · Cf. supra, p · texte numérisé non relu

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.\. Moret.

un jour à définir les étapes successives des rites relatifs à la nativité, au couronnement, au culte du Pharaon : pour le moment nous n’avons pu que les décrire en général, sans distinction d’époque ni de lieu. Nous espérons que de nouvelles découvertes, ou des publications plus complètes des monuments déjà connus, pourront dans l’avenir nous permettre d’améliorer nos connaissances à cet égard.

Faut-il aussi se demander jusqu’à quel point le dogme de la divinité solaire du Pharaon était compris de la masse du peuple égyptien? On a beaucoup contesté à la théologie solaire l’omnipotence sur les esprits que semblent lui attribuer les écrits religieux et les textes officiels gravés dans les temples. Le peuple, a-t-on dit, se souciait peu des abstractions des théologiens : celles-ci n’étaient comprises, ou même connues, que d'une élite. Le culte populaire s’adressait plus volontiers aux dieux locaux, de puissance limitée, qu’au grand dieu, unique sous des formes multiples, adoré par les théologiens d’IIéliopolis. Dès lors ne pourrait-on suspecter l’importance réelle de la divinité royale, si étroitement liée aux destinées de la théologie solaire?

Nous répondrons que si l’on ignore jusqu’à quel point la théologie solaire était comprise du peuple, on ne sait pas davantage dans quellemesure elle en était méconnue. Les monuments attestent que les dogmes de la divinité royale étaient proclamés partout; les contes de toutes les époques nous apprennent que les idées touchant à la naissance divine du roi et au caractère sacré de sa personne, étaient entrées dans le domaine populaire. En admettant même que la majorité des hommes fût dans l’ignorance des subtilités auxquelles se complaisaient les théologiens, comment croire que le rôle de Pharaon, héritier et fils des dieux, prêtre du culte divin, ait pu paraître incompréhensible au vulgaire? Dans un pays où le souci de la vie future et le culte des morts tenaient tant de place dans les préoccupations de tous, pouvait-on s’étonner que

CONCLUSION

les dieux, soumis aux mêmes nécessités que les morts, aient pris soin d’assurer leur propre existence divine en léguant leur patrimoine et la charge d’un culte familial à un héritier de leur saug? Si l’on peut reconnaître dans la théorie solaire de la divinité royale un système de date relativement récente et plus familier aux théologiens qu’aux gens du commun, il n’en subsiste pas moins dans la conception du Pharaon dieu et fils des dieux un élément très ancien et issu de la croyance populaire. C’est l’idée qu’il faut à la tête de la société humaine, créée par les dieux et qui retourne par la mort à la divinité, un être capable d’assurer pendant la vie les relations entre la terre et le ciel, de même que dans chaque famille un-chef sert d’intermédiaire entre les aïeux divinisés et les membres survivants. Dans ce rôle, le souverain a la situation, les privilèges et les charges d’un chef de la grande famille humaine vis-à-vis des ancêtres de celle-ci, les dieux et les morts divinisés : aussi est-il considéré comme étant par excellence le fils aîné des dieux, l’homme le plus près par le sang de la race céleste, auquel les fonctions de prêtre confèrent dès la vie terrestre un caractère divin. Tel se montre à nous Pharaon, pendant les siècles de l’histoire d’Egypte actuellement connue, dans le décor immuable dont les théologiens d’Héliopolis ont su entourer sa personne; tels nous apparaîtront, sous des dehors plus frustes, ou avec des conceptions plus rudimentaires, les chefs de l’Egypte primitive dont les monuments archaïques nous révéleront les conditions d’existence quelque jour *.

Dès maintenant, il est possible d’observer en Égypte, pen-

1. Il n’est pas douteux qu’avant l’établissement d’une royauté centralisatrice les chefs de clans égyptiens n’aient possédé, chacun sur son territoire, les pouvoirs sacerdotaux: ils les ont gardés, sous la direction suprême du Pharaon, longtemps encore après l’unification de l’Egypte. Voir à ce sujet Lepage Renouf, The pnestly character of the earliest Egyplian civilization, ap. P. S. B, A., XII, p. 355-362.

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dant quatre mille ans, un exemple décisif de « ce caractère sacerdotal de la royauté primitive » dont Fustel de Coulanges a défini les conditions pour les pays de l’antiquité classique Ici aussi, la religion d’État part du même principe que la religion delà famille, et, ici comme ailleurs, la charge du culte des ancêtres explique l’autorité reconnue de ceux qui détiennent le pouvoir. En Égypte, ce fut toujours une croyance populaire que la portion essentielle de l’humanité « se compose de plus de morts que de vivants » puisque les morts divinisés sont confondus avec les dieux, morts eux-mêmes, dans les prières et dans les sacrifices. Pour le peuple comme pour les théologiens, Pharaon, fils et prêtre des dieux, prêtre des morts divinisés, dieu lui-même comme les dieux et les morts par naissance et par dignité sacerdotale, concentrait en sa personne les aspirations religieuses totales de l’humanité.

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