Brugsch, Thésaurus, p. H
Moret,
TITRES RELIGIEUX DU PHARAON
maître d’El Kab et de Boulo, l’usage des deux cartouches semble aussi bien explicable par la division naturelle et permanente de l’Egypte en delta et en vallée', en région basse et région haute : les deux portions du pays, séparées souvent aux époques historiques, devaient être distinctes aux temps archaïques, et leur réunion sous un même roi dut amener le choix de titres en partie double. Les découvertes récentes de monuments aux noms de rois archaïques des trois premières dynasties nous permettent aujourd’hui de voir un peu plus clair dans les origines obscures de la monarchie pharaonique. Le premier centre connu de la royauté semble avoir été Hieraconpolis [Nekhen, Kom el Abmar actuel, en face d’El Kab
Nekhab) ; là s’élevait le sanctuaire de l’épervier Le plus
ancien des rois jusqu’ici retrouvés Narmer (1) porte comme seul titre royal le nom de l’épervier debout sur le cadre serekh'. Or les monuments de Narmer sont essentiellement belliqueux : ce sont des masses d’armes votives, ou des palettes de schiste portant gravées des scènes religieuses où l’on sacrifie des prisonniers de guerre aux pieds du roi et de l’Epervier vainqueurs’. Les vaincus, nous le savons par des documents analogues un peu postérieurs, sont des « gens du
Nord » (^)‘; à partir du moment où leur défaite s’accentue, le centre de la royauté primitive se déplace vers le Nord,
1. Cette division a existé en fait à toutes les époques troublées de l'histoire d’Égypte : il y a eu deux capitales sous les IX®-XI® dynasties (Héracléopolis et Thèbes), de la XV® à la XV!» dynastie (Avaris et Thèbes), de la XXI® à la XXVI® dynastie (Tanis et Thèbes).
2. Quibell, Hierakonpolis, I, pl. XXVI B (masse d’arme, avec reliefs relatifs à la fête Sed. Sur la grande palette de Narmer (ib., pl. XXIX) le nom royal est inscrit dans \eserekh, mais l’épervier n’est point juché audessus.
3. Voir à ce sujet l’article de Koucart {Sphinx, IV, p. 198).
4. Hierakonpolis, I, pl. XXXVI-XLI, vases et statues du roi Khâsakhem- Besh ; cf. Maspero, Rex'ue eriti([ue, 1901, I, p. 382 .sqq.
A. Moret.
passe (riliéraconpolis à Négadah el à Abydos, où sc trouve le second groupe des monuments royaux arcdiaïqucs'. Alors apparaissent les doubles litres so^llo7l bail el nehti’ dont rusag'c semble allester l’annexion progressive de la moyenne et de la basse Egypte au royaume du Sud. Si le roi adopte comme nom le vautoui' de NeUhab c'est parce qu’il en occupe le sanctuaire; le litre l'ormé avec l'uræus do Bouto signale l’acquisition du Delta. 'i épithète portée
par le grand prêtre d’Iléracléopolis magna, et bàit nom
du pontife de Koptos, passent dans le protocole des rois du Sud après la prise de ces deux villes. La progression des noms royaux, depuis l’épervier jusqu’aux doubles litres semble marquer les étapes géographiques d’une conquête allant du Sud au Nord.
Au contraire le cartouche solaire et le titre Ilorus d’or n’apparaissent que plus tard, après la réunion des deux Egyptes. Leur introduction dans le protocole royal semble attribuable à rintluence de la théologie solaire, qui affirme au meme moment (IV- V® dynasties) sa puissance en ajoutant
® aux noms archaïques, et
Eépithète « fils du soleil »
plus tard en associant le disque solaire à l’épervier
Mais ici encore la l ivalité historique du Sud et du Nord impose sa tradition hiparlite : le roi aura deux cartouches el
1. De Morgan, le tombeau royal de Negadah] Amélineau, Les nouvelles fouilles d' Abydos, Le tombeau d'Osiris ; F. Petrie, The royal lombs of the Ist dynasly, I et II.
2. De .Morgan, Le tombeau royal, p. 167, 241, 244; Fl Petrie, I, pl. XV-XVII. Voir notre pl. I.
3. C’est l'idée émise dès 1890 par Lepage Renouf dans son article The priestly character of the earliest egyptian eivilization {P. S. B. .4., XII, p. 358). Les textes relatifs au souton sont dans Brugsch, Bict. géographique, p. 1377; pour bail voir p. 1374. Wiedernann a repris ces idées (P. S. B. A., XX, p. 119) et en a tiré les conclusions exposées ici.
TITKES RELIGIEUX DU PHARAON
deux noms solaires, de même qu’il a ses noms de roi du Sud et ses noms de roi du Nord. Nous verrons plus loin comment, dans tout ce qui touche à la personne du roi, et dans toutes les fêtes du culte public ou privé, la division géographique de l’Egypte en deux parties, réunies mais distinctes théoriquement, se maintint jusqu’au bout de la civilisation égyptienne.
Cette explication historique du choix des noms royaux n’est nullement contradictoire avec la théorie religieuse de l’époque classique, par laquelle le Pharaon s’associe aux dieux en prenant leurs noms. Dès l’époque où Narmer règne dans la région restreinte d’Hiéraconpolis, il s’identifie au dieu protecteur de la ville, et il adopte son nom, Pépervier
Or, les représentations des fêtes religieuses célébrées
par le roi nous attestent que les rites du culte osiririen et solaire' étaient déjà en usage, et rien ne nous défend de
penser que l’épervier debout sur le serekh
n’ait eu
déjà le sens Horus que nous avons défini plus haut. La victoire du roi du Sud contre les gens du Nord a été la victoire d’IIorus sur Sit (témoignage confirmé par les textes d’Edfou gravés plusieurs milliers d’années plus tard)’; quand l’union