‹ Du caractère religieux de la royauté PharaoniqueChapitre 24 sur 211 · A Deir el Baliari, on dit, à propos du roi · texte numérisé non relu

A Deir el Baliari, on dit, à propos du roi

« son édifice de la salle du culte » (Hit., syringe); le texte d’Horemheb désignera « la grande maison de la maison royale » ^ AA/W^^

^ I (et. ch. III, § ni); ailleurs cf. Lepsius, Denkm., III, 159c, « Le roi se lève pareil au soleil ^ errra -||- ^ Q dans son édifice qui

est dans le temple » ; III, 286 a « le roi se lève dans son édifice et va se re-

Qf, a— “T,!,

poser dans le temple » s

LA NAISSANCE DIVINE DU PHARAON

on partage la puissance des démiurges*. Entre tous, le soleil Rà était le créateur par excellence, et les agents de sa puissance

créatrice avaient été son œil le soleil « QmI d’Horus »

et sa voix, « la voix du ciel^ la foudre » (|

On retrouve l'intluence de ces conceptions particulières sur la création dans le choix des signes hiéroglyphiques employés par les Égyptiens pour exprimer l’idée de vie. Quand un dieu procrée un Pharaon ou lui assure l’existence, on dit

qu’il lui fait ^ 1 durée ». Si

l’on analyse de plus près les signes | on s'aperçoit que chacun d’eux symbolise une « vertu » du soleil créateur.

Le signe de vie ^ ânkh se compose d’un cercle elliptique,

d’une barre horizontale, d’un pied souvent fendu en deux pointes de façon à prendre une forme triangulaire ^ Est-ce une silhouette humaine grossièrement esquissée, tète, bras et jambes*? Est-ce un miroir, objet que les Egyptiens appe-

laient ânkh^^l .le rapprocherai plutôt

de la figure gravée

1. Voir à ce sujet les textes cités et les développements donnés dans mon étude sur Le rituel du culte divin, p. 129, 138 et commentaire du chap. XUI.

Cette interprétation de l’expression

et du rôle créateur

de la foudre « voix du ciel » a été proposée et justifiée au Rituel du culte divin, commentaire du chap. XLII.

3. Voir la forme archaïque du signe dans Petrie, Royal Tombe isl l)ynasty, I, pl. XXIII, n®'* 11 et 12 et Quibell, Hierakonpolis, I, pl. XLIV.

4. J’ai entendu souvent celte idée exprimée aux cours de M. Maspero au Collège de France et à l’École des Hautes Études.

5. Voir à ce sujet l’article de Loret, dans le Sphinx {V, p. 138). L’auteur

estime que •^, nom du miroir, représente véritablement un miroir. On peut objecter à celte interprétation : 1“ que les miroirs appelés ânkh ont

le plus souvent la forme 2“ que l’insigne ij-

se tient généralement,

42 DU CARACTÈRE RELIGIEUX DE LA ROYAUTÉ PlIARAOMOUE sur les stèles puniques* où l’on peut reconniiître un dessin schématique du soleil, du ciel, et du rayon triangulaire

Dans cette hypothèse, ({u'on ne peut encore justifier par des preuves matérielles suffisantes, mais qui concorde avec les concepts égyptiens sur la création, la « vie » du Pharaon serait symbolisée par le rayon solaire tombé du ciel.

Le signe de « force » oiias j est un sceptre que portent les

dieux et les rois. 11 échange avec un autre sceptre ^ orné de

la plume (insigne solaire), qui prend dans les textes anciens une forme brisée où l’on reconnaît le zig-zag de l’éclair’ ; il détermine dans ce cas un mot W :;e5e/’,qui vient d'une racine

non par le manche comme on tiendrait un miroir, mais par la boucle elliptique supérieure. A mon sens si l'on a appelé le miroir du nom de la « vie », c’est que le miroir en réfléchissant l’image d’un objet, le fait se révéler, se manifester, semble le créer, lui donner vie; aussi le nom usuel du miroir est « celui qui révèle la face, qui découvre la face »

uun her. Dans cette idée ânkh serait plutôt un nom symbo

lique du miroir qu’une appellation primitive. Loret a bien montré com-‘ ment par une dérivation de sens analogue le nom ânkh s’applique aussi à des battants de porte et au.\ oreilles.

1. Cette comparaison m’a été suggérée par M. E. Soldi, l’auteur de plusieurs livres sur \d.Languc sacrée, où se trouvent exposés tant d'ingénieux rapprochements entre les écritures figuratives de tous les peuples primitifs. (Cf. E. Soldi, La langue sacrée, I, p, 162.)

2. Le triangle ^ symbolise la lumière zodiacale (Brugsch ^ ou La

lumière zodiacale, Proceedings, S. B. A., XV, p. 287 et 387) ; il donne aussi leur forme aux quatre côtés des pyramidions dans les obélisques, et des pyramides-tombeaux, tous monuments du culte solaire (cf. Schiaparelli. Il significato symbolico dellePyramidi). Il y a peut-être une intention d’exprimer la puissance créatrice du démiurge dans le choix du

^ pour le verbe « donner, faire » et du signe pour

« faire, créer. » L’œil du soleil et la lumière sont les agents de création.

3. Pyramide de Téti, 1. 111, où le signe détermine le mot zosirit. Sur les sceptres de forme zigzaguée, voir plus loin ch. IX.

si?ne

LA NAISSANCE DIVINE DU PHARAON

ser — a « ll('‘cho, (rail », Ces si^’iios ^ et déterminonl des mois lois que l’on peut reconnailrc en eux les « traits » du soleil ou le « marleau » de lafoudreC Le sceptre-éclair ^ est en eiïet une arme magique qui donne la vie : souvent l’on voitlesigne sortir de la tète du sceptre, émis par celui-ci^

comme par l’Uræus solaire. Cette association de signes a laissé sa trace dans le langage : il en est résulté un mol composé « vie-

force » II' ànshous qui désigne, comme d’ailleurs le

terme W ^ sosmClelaildesdéosses,breuvagedeforceetde

vie, lait de tlamme,dont s’alimentent les dieux^La « force » du Pharaon est donc une manifestation de la lumière fulgurante.

Le signe « durée » ou de « stabilité » ^ ded représente les

quatre piliers du ciel vus en perspective les uns derrière les autres, le premier seul étant visible en entier*. Il évoque à la

1. Un des mots qui désignent les sceptres-bâtons des morts divinisés

est déterminé, en plus, par une massue j* (Pejpi //, 1. 295),

Il est certain que le sceptre-éclair des textes des pyramides est le déterminatif du mot zeser (cf. Brugsch (Wôrtb., p. 1683). On sait aussi que ser désigne les «llèches» lancées parHorus ou les étoiles (Brugsch, Wârtè., p. 1262. Cf. ’AuôWiüv lxr|ê6).oç àpYupÔToSoi;, lliüde, 1, 37, 45 sqq.). Aussi le sens sublimitas, altus, qui est le plus fréquent pour le groupe zeser pourrait-il fort bien dériver des mots qui désigneraient les carreaux ou le marleau de la foudre; on sait que les temples et les nécropoles étaient bou ze.ser « lieux sublimes » (Brugsch, Wôrtb., p. 1261), ce qui voudrait peut-être dire, à l’origine, « frappés de la foudre, où la foudre se manifeste» comme les lieux « élevés », qui ont servi de sanctuaires primitifs dans toutes les religions. Sur le mot zeser, au point de vue philologique et graphique, cf. Loret, Recueil, XVI, p. 37, et Lefébure, Sphinx, V, p. 129.

2. Voir à ce sujet ce qui sera dit plus loin des armes et sceptres du roi (ch. IX).

3. Brugsch, Wdr<6., SuppC, p. 240. Sur le lait de flamme voir p. 48, n. 1.

4. C’est l’hypothèse la plus généralement admise; sur l’interprétation

du U voir Maspero, Histoire, I, p. 133.

fois l’idi'o (le piliers el de rayons crMeslcs, comme les Irails de foudre J qui, tombant du ciel, lui servent de colonnes et d’é'tais 'jjjy’' ; aussi le (kderminatif du soleil lan(;ant scs rayons

peut-il s’associer au sifi'iie ded, dans des groupes tels que ^ ^ spleîidet’C, splendor^. La « stabilité » du Pharaon est celle

nant vie, force, durée (L. D., 111, 121).

des dieux solaires qui se reposent sur les colonnes ou les rayons du cieP.

C('s trois vertus solaires « vie-force-durée » que les dieux donnent au roi sont souvent rassemblées dans un symbole graphique : dès les temps les plus anciens on associait aux noms royaux (cf. pl. I), on mettait aux mains des dieux et des rois

un sceptre composé des signes ^ ^ superposés et combinés*. Ainsi se résumait l’image cl l’idée de la vie et

1. On interprète généralement 'jjjj’ comme « le ciel tombant de ses piliers »; j’y vois le ciel lançant les carreaux de la foudre; le signe est

le déterminatif du mot hhrôou pet « voix du ciel, tonnerre » (cf.

Brugsch, Wôrtb. Sw))p/., 956-957), et de tous les termes désignant l’orage (cf. Chabas, Pajiyvus mayique Harris, p. 41). Mais ces carreaux servent aussi de piliers (cf. Piehi, Sphinx, V. p. 188). Le dieuSliou est, lui aussi, l’air lumineux et la colonne du ciel (Brugsch, Thésaurus, p. 626, 651).

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