‹ Du caractère religieux de la royauté PharaoniqueChapitre 30 sur 211 · A. Gayet, Le temple de Louxor, pl. LXII, fig · texte numérisé non relu

A. Gayet, Le temple de Louxor, pl. LXII, fig

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A. Moret.

îjO DU CARACTÈRE RELIGIEUX DE LA ROYAUTÉ PHARAON iQUE

Puis Amon so dirige vers ia chambre de la reine. Devant lui le dieu Tliol, rouleau de papyrus en main, lui récite, pour éviter toute erreur, les noms officiels de la reine (Ahmasi à Deirel Bahari,MoutemouàafiLouxor),répousedu roi régnant (Thoutmès I à Deirel Baliari, Thoutmés IV à Louxor),la plus belle des femmes'. Ceci dit, Tbot cède le pas à Amon et lève le bras derrière lui pour lui renouveler son fluide de vie; on voit alors, d’après le texte, qu’Amon a dépouillé sa personnalité et qu’il a pris celle du roi, l'époux buniain de la reine auquel le dieu se substitue momentanément*.

L'union du dieu et de la reine, ou tbéogamie, suit immédiatement ces préliminaires. Sur un.lil d’appai’at à tètes et à pieds de lion, le dieu et la reine sont assis l’un en face de rautre, jambes entrecroisées. La reine reçoit de son époux divin les signes de la vie et de la force ; deux

déesses, protectrices des unions conjugales, Neit et Selkit soutiennent leurs pieds cl gardent leurs personnes de tout sort fâcheux. Le texte lyrique qui encadre la scène ne laisse aucun doute sur le caractère réel de cette union. « ^ oici ce que dit® Amon-Râ,roi des dieux, maître de Karnak, celui qui préside à Thèbes, quand il eut prit la forme de ce mâle, le roi de la Haute et Basse Égypte Thoutmès I (ou TboutmèslV)

1. La tliéoganiie égyptienne semble être la source certaine de la légende grecque relative à Zeus, .\lcmène, Amphytrion. Sur le rôle de Thot, comparé au rôle analogue d’Hermès, cf. Gayet, loc. cil., p. 99 et Naville, loc. cil., p. 14.

2. A Louxor, les deux scènes de Thot-Amon sont condensées en une seule (pl. LXIII, f. 205). Dans les deux temples, les légendes mutilées placées dans la bouche de Thot permettent de voir que ce dieu lance son fluide magique sur Thoutmès I et Thoutmès IV ainsi que sur les doubles de ces Pharaons ; par conséquent, pour s’approcher de la reine, Amon prend la forme de son époux terrestre, le Pharaon régnant. [Deir el llahari, 1)1. XLVH, Louxor, pl. LXIII, lig. 203.) Le texte qui commente l’union du dieu et de la reine affirme d'ailleurs celte métamorphose.

3. Voici ce que dit ...; cette formule initiale habituelle des textes qui commentent les tableaux n’implique pas toujours — et c’est le cas ici — un discours réel du héros du récit.

LA NAISSANCL DIVINE DU PUAHAüN ol

vivificalcur. Il trouva la reine alors qu’elle éUiit couchée dans la splendeur de son palais. Elle s’éveilla au parlïim du dieu et s’émerveilla lorsque S. M. marcha vers elle aussitôt, la posséda, posa son cœur sur elle, et se fit voir à elle en sa forme de dieu. Et tout de suite après sa venue, elle s’exalta à la vue de ses beautés, l’amour du dieu courut dans ses membres, et l’odeur du dieu ainsi que son haleine étaient pleins (des parfums) de Pounit* » (fig. ,3),

« Et voici ce que dit la royale épouse, royale mère A.hmasi (ou Moutemouàa) en présence de la majesté de ce dieu au-

L’ip. 3. — La théogaïuie Fig. 4. — Ivuoumou modèle l’eufaut royal et {Louxor, pl. LXill). son double {Louxor, pl. LXIII).

guste, Amon, maître de Karnak, maître de Thèhes ; « Deux « fois grandes sont tes âmes! C’est noble chose de voir ta face « quand tu te joins à ma majesté en toute grâce ! Ta rosée im- « prègne tous mes membres! » Puis quand la majesté de ce dieu eut accompli tout son désir avec elle, Amon, le maître des deux terres^ lui dit : « Celle qui se joint à Amon la pre-

1. Texte à gauche du tableau, dei’rière Amon. Le texte de Louxor ne diffère que par des variantes insignifiantes de celui de Deir el Bahari.

« mière des nobles, ceules, tel sera le nom de cette fille qui « ouvrira Ion sein, puisque telle est la suite des paroles sorties « de la bouche. Elle exercera une royauté bienfaisante dans « celte terre entière, car mon àme est à elle, mon cœur est à « elle, ma volonté est à elle, ma couronne est à elle, certes, « pour qu’elle régente les deux terres, pour qu’elle guide tous M les doubles vivants ' »

< )n a remarqué les paroles de la reine : « Qldiinoble chose de voir ta face (litt. tes devants) quand lu te joins à ma majesté ». Elles sont reprises littéralement par Amon, pour on former le nom de naissance de la future reine « celle qui se joint à Ainon, la 'première (litt. celle qui est au devant) des nobles »

« Khnoumit Amon Hâtshopsitou «.Ainsi

qne M. Maspero l’a expliqué, les Égyptiens recueillaient les paroles qui échappaient à la mère au moment de la conception et en faisaient un nom pour l’enfant. Dans le texte dcLoiixor la phrase de la reine est modifiée de façon à s’adapter au nom

Amenhotpou hiq Ouàs « Amon

s’unit au prince de Thebes », et l’on a la formule suivante dans les actions de grâce adressées au dieu : « C’est belle chose ton union avec moi; ta rosée divine est dans tous mes mcmhvQ?, en prince de Thèbes ». Le choix d’un nom de bon présage prolongeait ainsi rinlluence de l’intervention divine jusqu’au moment de la naissance de l’enfant royal.

IV. Après les tableaux relatifs à l’union du dieu et de la reine viennent ceux où se prépare, puis se réalise, l’accouclicment. Tout d’abord Amon fait venir le dieu Klmoumou,

1. Texte à droite, derrière la reine, Deir el Bahari, II, pl. XL VII; Louxor pl. LXIII, flg. 204. Le texte de Louxor a été publié correctement par Bouriant dans le Recueil de Travaux, t. IX, p. 84; il a été traduit par Lorel, V Égypte au temps des Pharaons, p. 62, et par Maspero, Annuaire de l’École prat. des H. £<.,1897, p. 28-29. Partout où cela a été possible, j’ai suivi le texte de Deir el Bahari.

du roi à naître

ClMÎ

LA NAISSANCE DIVINE DU PHARAON

celui qui, au début des temps, avait modelé les dieux et les hommes sur son tour tà potier’ ; il lui annonce qu’il a engendré une fille (à Louxor, un fils) qui doit réunir les deux terres et siéger sur le trône de l’IIorus des vivants; Klinoumou répond qu’il façonnera l’enfant et lui donnera des formes plus belles que celles de tous les dieux, pour remplir sa fonction de roi des deux Egyptes^ Ces promesses, Klinoumou les renouvelle au tableau suivant où on le voit assis devant le tour à potier, modelant le roi ou la reine et leurs doubles; il y ajoute les vœux ordinaires de vie, santé, force, magnanimité que l’on adresse invariablement au Pharaon; il rappelle enfin « que l’enfant doit régner sur les deux Égyptes ainsi que l’a décrété son père Amon ». Devant Khnoumou est agenouillée Hiqit, la déeese à tète de grenouille, « la grande magicienne » ; elle

tend aux statuettes le signe de la

à Louxor, la déesse Ilatlior joue le même rôle (lig. 4)

Le germe une fois modelé, Thot, messager des dieux, se présente à la reine-mère et l’invite à le suivre en proclamant tous les noms officiels d’Alimasi ou de Moutemouàa; comme avant la théogamiecette sorte de constatation d’identité était nécessaire pour qu’il n’y eût pas erreur de personne^.

Puis Khnoumou s’empare d’une main de la reine « pour li

pour qu’ils la respirent;

Fi". 5. — Les dieux conduisent la reine au lieu de l’accouchement (Louxor, pl. LXIV).

i lancer le fluide ». Hiqit « la

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