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V. Aux lahlcaux suivants, on présente l'enfant aux dieux

Tout d'abord Amon, le vrai père du nouveau-né, vient voir celui-ci qui lui est amené par la déesse Hathor : « après la naissance, le cœur du dieu se réjouit très grandement de voir sa tille chérie... ». Puis, s'asseyant en face d’Hathor, Amon prend l’enfant dans ses bras, « il serre, embrasse, berce millions d’auuées (Louxor, pi. celle qu’il aime plus que toutes

choses » et lui adresse le salut de bienvenue : « Viens, viens en paix, fille de mon flanc, que

Fig. 7. — Amon embrasse le nouveau-né; Mont offre le signe des

et de ses doubles « la chambre du feu »

et cette chambre semble être le lieu même oii s’est lait l’accouchement; notons qu’au « temple de la naissance » de Dendérah, la présentation de l’enfant royal à Horus se fait dans la « double chambre du feu »

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I 1 (L. D., IV, 70, a). Bien que tous ces faits ne se présen-

tent pas à nous avec une clarté parfaite, il n’en reste pas moins évident que la « naissance » d'un roi était un événement mis en rapport avec le feu sacré, que les dieux possesseurs du sa de vie (Bes, Api, les génies) apportent à ce moment.

L’assimilation de ce feu sacré au feu solaire, germe de toute vie et particulièrement de la vie d’un roi, n’est pour moi pas douteuse. Le mot

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qui caractérise la « flamme » dans la « chambre du feu »,

désigne aussi l’uræus sacrée, fille de Râ, serpent de llamme qui entoure la tête du roi, des dieux, des morts divinisés.

L’apport du feu s’explique enfin par la nécessité de purifier le lieu où nait l’enfant royal ; le feu met en déroule les esprits du mal. (Voir Rituel du culte divin, p. 9 sqq.)

I. Deir el Bahari, II, pi. LI ; Louxor, pl. LXV, fig. 199; ici il n’y a pas de déesse Maskhonit.

LA NAISSANCE DIVINE DI' PHARAON

j’aime, imago royale qui réalisera ses levers sur le trône de rilorus des vivants, à jamais!). Cependant la déesse Selkit assiste à l’entrevue et souhaite, elle aussi, santé, vie, force pour des millions d'années (fig. 7)

On ramène l’enfant royal à la chambre d’accouchement, où des Hathors les unes à forme humaine allaitent le nourrisson, les autres à forme de vaches lui tendent le pis (fig. 8). Les 14 « doubles » que le Pharaon possède, comme son ' père le Soleil’, sont aux mains d’autres déesses, les « nourrices » et les « remueuses », qui leur prodiguent les « fluides de vie, force, stabilité’ ». Enfin le dieu du iNil Ilàpi et le dieu de la magic Ilikaou portent l’enfant royal et son double en présence de l’Ennéade thébaine, et les mènent « dans la salle des purifications de la naissance où les guident ITorus et Sit* ». Au tableau suivant, Thot et Amon, au lieu et place d’Horus et Sit purifient l’enfant, lui imposent les mains et lui prodiguent les souhaits de «vie, force, stabilité, santé, abondance de tous biens, possession du trône d’IIorus » (fig. 9)®. Puis la déesse Safekhit inscrit en ses livres le nom de

1. Deir el Bahari, II, pt. LU ; Louxor, pl. LXV, fig, 200-201 ; Moût remplace. Selkit.

2. Il est bien caractéristique du caractère religieux de la royauté que le Pharaon ait officiellement quatorze « doubles » comme son père Râ. De même, au décret de Phtah-Totunen (1. 13) on apporte au roi les « 14 doubles de Râ ». Le soleil possède en etiet sept âmes {hiou) et quatorze doubles [kaou)y ainsi que l’atteste un texte du temple de Philæ (Mariette, Deniérah, texte, p. 219, n. 3. Ces quatorze doubles figurent souvent sur les murs des temples ptolémaïques; ils portent tous un nom d’une faculté ou d’un sens (ouïe, vue, entendement, puissance, etc.) et sont « comme les émanations de la divinité, par lesquelles la divinité vit et qu’elle transmet à l’homme. » (.Mariette.)

3. Deir el Bahari, II, pl. LUI ; Louxor, pl. LXVI, fig. 192-193.

4. Deirel Bahari, II, pl. LUI. La formule, assez obscure, existe plus claire à la pl. LXIII du tome III; iouaror, pl. LXVIII, fig. 194; le cycle des dieux manque ici.

5. Deir el Bahari, II, pl. LIV; Louxor, pl. LXVII, fig. 194 ; ici Thot est remplacé par Horus.

38 DU CARACTÈRE RELIGIEUX DE LA ROYAUTÉ PHARAONIQUE naissance (Hàtshopsitnii on Aménophis) des noiivean-nés

Fig. 8. — Allaitement de l’enfant royal et de ses doubles par les déesses {Louxor, pl. LXVl).

cependant qu’Ann bis roule le disque lunaire* (?) pour donner

Fig. 9. — L’enfant royal et son double purifiés et reconnus par les dieu.x {Louxor, pl. LXVII).

aux entants royaux un nombre indéfini de mois d’existence.

1. Deir el Bahari, II, pl. LV; LowÆor, pl. LXVII, flg. 195-196; ici Anubis ne roule pas le disque.

LA NAISSANCE DIVINE DU PHARAON

Reconnus par les dieux, IJâtshopsitou et Aménuphis n'onl plus qu’à grandir pour atteindre la réalisation des promesses divines, solennellement faites et dûment enregistrées.

VI. L’intervention solennelle du dieu était-elle jugée nécessaire pour toutes les naissances royales? ou bien les ta bleaux qui retraçaient la divine extraction du Pharaon n’étaient-ils admis dans la décoration des temples que dans des cas particuliers? Telle est la question que l’on peut se poser après l’examen des scènes de la naissance de Deir el Bahari et de Louxor. M. Maspero', a émis à ce sujet la théorie suivante ; lorsque la lignée royale de pure race solaire menace de manquer soit par extinction de descendants mâles légitimes, soit après usurpation do prétendants de race vile et mortelle, « les prêtres imaginaient de faire intervenir le dieu en personne, et ils enseignaient que l’enfant, garçon ou fille, auquel le'sceptre revenait par la suite, avait Rà ou Amon non plus pour aïeul lointain, mais pour générateur direct. Amon ou Rà daignaient descendre sur terre, et prenant la forme du mari, s’unissaient charnellement à la femme. Ce qui naissait de ces relations surnaturelles, c’était la race pure d’Amon ou de Râ )>. M. Maspero passe en revue « les exemples de ces incarnations divines » ; il en trouve « deux pour les temps de la XVIIP dynastie, un pour l’époque macédonienne » ; les deux premiers sont les naissances d’IIâtshopsitou et d’Aménophis III que je viens de décrire ; le troisième est celui de Ptolémée Césarion, dont il sera question plus loin. Or Thoutmès I, père d’Hâtshopsitou « n’avait qu’une moitié de sang divin, car sa mère Sonisonhou était une concubine d’origine obscure » ; Thoutmès IV, père d’Améno-

1. Maspero, Histoire, I, p. 258-289; II, p. 77-78, 292-296; Cf. Comment Alexandre devint dieu en Égypte (Annuaire de l'École des Hautes-Études, 1897, p. 18 sqq.); Journal des Savants, 1899, p. 401. Les passages cités entre guillemets sont empruntés au mémoire Comment Alexandre devint dieu.

♦j() DU CARACTÈRE RELIGIEUX DE LA ROYAUTÉ PHARAONIQUE

pliis III, était aussi de « naissance insuffisante »; Ptolémée (’ésarion, fils de César, était « nn rejeton étranger ». Dans les trois cas cités par M. Maspero, l'intervention du dieu s’expliquerait par le souci de pallier une infériorité de race.

Il semble cependant que l’intervention solennelle du dieu auprès de la reine était traditionnelle avant la naissance de tous les Pharaons, même de ceux réputés le plus authentiquement légitimes. A vrai dire les temples de l’époque pharaonique nous ont laissé peu d’exemples de ces ihéogamies ; mais on sait combien ont souffert les temples de la période anté-ptolémaïque. Les Ptolémées et les Césars ont refait la plupart des édifices religieux de l’Égypte, parce que ceux-ci tombaient en ruine sous le poids des siècles et dans ces édifices reconstitués, les scènes de la théogamie ont, comme nous le verrons plus loin, pris un caractère difféi'cnt. Si nous n’avons pas d’exemplaires plus nombreux des scènes de la naissance, il ne s'ensuit pas que nous n’en aurions pas trouvé davantage dans les temples antérieurs aux Ptolémées.

C’est ainsi que les tableaux de la théogamie existaient au Ramesséum pour le compte de Ramsès II. M. Daressy a retrouvé dans les annexes des temples de Médinet Ilabou, béties avec des pierres prises dans le Ramesséum et estampées aux noms de Ramsès II et de sa mère Touîa, « une partie d’un tableau semblable à ceux de Louxor et de Deir el Rabari, où la mère du roi (Ramsès II) et Amon sont assis on présence l'im de l’autre dans le ciel' ». Nul doute que nous n’ayons la un débris d’une « nativité du Pharaon » copiée snr celles des temples de la XVIIP dynastie.

Des textes confirment l’idée que la théogamie était traditionnelle pour tous les Pharaons. Une inscription mutilée qui relate le couronnement d’IIoremheb premier roi de la

1. Daressy, Notice explicative des ruinesde Médinet Habou (i897), p. 12.

2. Maspero, Histoire, II, p. 368-369. La mère de Ramsès II possède tous les titres distinctifs d'une reine du sang solaire (Mariette, op. Recueil de trav., IX, p. 14, § VIII).

LA NAISSANCE DIVINE DU PHARAON

X1X“ ilyiuistie, dit qu’ « Anion, le roi des dieux, l’a allaité, ([u’iiorus lils d’Isis a protégé ses chairs de ses charmes magiques quand il est sorti du sein » ( O 1 H

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sont les expressions mêmes dont on use, à Deir el-15ahari et à Louxor, lors de la présentation du nouveau-né à Amon, et de sa purification par Horus. Pour Ramsès II aussi, outre le tableau même de la théogamie du Raniesséum on pent citer telle inscription du temple de Reit el üualli (Rasse-Nubie, près de Kalabché),où le roi se vante d’êlre « le fils de Khnoumou, qui l’a modelé lui-même de ses deux bras, lui faisant un corps semblable à celui de Rà et des royautés comme celles d’IIorus ' »; c’est l’évocation du tableau préparatoire à la naissance. Un des textes les plus significatifs est le décret du dieu Phtalr-Totunen en faveur de Ramsès II où, en raison de l’influence croissante à cette époque du dieu Phtab, l’intervention divine lui est attribuée au lieu et place d’Amon. Tout nous rappelle les scènes figurées des temples de Deir el-Rahari et Louxor® ; à la seule différence que Phtab, dieu artisan, sorte d’IIephaistos égyptien, s’est passé du concours de Kbnoumou le modeleur, et a façonné lui-même Pimage de l’enfant royal : « C’est moi ton père, dit-il au roi, je t’ai engendré dans tous tes membres divins ; après m’être transformé en Bélier maître de Mendès, j’ai possédé ton auguste mère. Car j’avais reconnu que c’était toi qui devais être conçu en mon esprit pour la gloire de ma personne, je t’ai enfanté pour briller comme Râ, exalté par devant les dieux, ô roi Ramsès. Kbnoumou et Phtab t’ont nourri à ta nais-

1. Birch, înscnption of Horemhehi on a statue of Turin (Trans- S. B. A., III, p. 486). Le texte a été publié à nouveau par Brugsch, Thésaurus, p. 1074. La phrase citée est à la ligne 2. Cf. Deir el Bahari, II, pL LU; Louxor, pl. LXV.

2. L. D., III; 177. Cf, Deir el Bahari, II, pl. XLVIII; Louxor, pl. XLIV.

(i2 DU CAHACTÈIŒ KELÎGIEIJX DE LA UOYAUTÉ IMIAlt AOMot'E

sance, levant les l)ras en t’acelamant quand ils t’ont vn modelé à ma ressemblance, angusle, liant et grand. Les (prêtresses) grandes et vénérables du temple de Phtab, les Ilathors du temple de 'l'oum sont en fête, et leurs cœurs en joie, leurs deux bras élevés en signe d’acclamation, depuis qu’elles ont vn ta personne belle et aimable comme ma Majesté... Je te regarde et mon cœur s’exalte, je te prends dans mes bras d’or, je t’embrasse en te donnant joie, durée, force ; je m’unis à toi en te donnant santé, magnanimité, je te pénètre de joie, de contentement, de jouissance, de plaisir, de délices *... » Que l’on se rappelle les tableaux de Deir el Bahari et de Louxor : on verra que sous ces phrases, vagues en apparence, se dessinent les principales scènes et apparaissent les personnages essentiels de la nativité du Pharaon .Ajoutons que le même texte ’, à peine modifié dans quelques-unes de ses phrases, a été gravé par Ramsès III (XX° dynastie) sur l’un des pylônes du temple de Médinet llabou pour témoigner qu’il était de même origine divine que son ancêtre Ramsès II.

VII. On peut objecter à ces citations que les pharaons qui nous ont laissé des récits de leur nativité divine, doivent tous être soupçonnés de n’avoir point dans leurs veines un sang solaire très pur ; tel serait le cas, d’après M. Maspero, de Ilàtshopsitou, Aménophis III, Horemheb, Ramsès II, Ramsès III, Césarion, qui possèdent, du côté maternel ou paternel, un ascendant d’origine douteuse : pour tous, les tableaux de tbéogamie s’expliqueraient par le désir de démontrer aux yeux la légitimité de leur naissance. Cette question ne peut être présentée sous cet aspect avec certitude dans l’état actuel

t. Ed. Naville, Tram., S. R. A., VII, p. 122 et* texte, lignes 3-8. Cf. Dcir el Bahari, II, pl. XLVI-LV.

2. Parfois même, il y a identité entre le texte des paroles qui commentent les bas-reliefs et le texte des paroles de Phtah.

3. La traduction du texte de Ramsès III est donnée par Ed. Naville; pour le texte, cf. E. de Bougé, Inscriptions héroglyphiques^ pl. CXXXI- CXXXVIII.

LA NAISSANCE DIVINE DU PHARAON

(le lu science. iXons sommes mal renseignt's suc l'idée ([uc les Egyptiens se faisaient de la légitimiLc de leurs souverains; en général le successeur du roi est le fils aîné parmi les enfants nés de la grande épouse royale après l’avènement au trône. Mais, distinguait-on entre eux, d’après l’origine de la mère ou du père, dos bâtards et des enfants légitimes ? Dans le droit égyptien de l’épocjne ptoléma’iciuo tous les enfants semblent réputés également légitimes ; à l’épocjne pliaraoni({ue rien ne prouve, jusciu’à présent, ({u’il en fut autrement*. La représentation des nativités royales ne s’explique donc pas nécessairement par le souci de légitimer la naissance d’un futur Pharaon, si la loi ne distingue pas le bâtard des autres enfants.

A mon sens tout Pharaon doit nécessairement être représenté comme fils des dieux et membre de la famille divine, quelles que soient les contingences de ses origines terrestres. Dans la deuxième partie de cette étude nous verrons que cette qualité de fils des dieux est indispensable au roi pour la célébration du culte divin, qui est un culte familial : le roi prêtre doit adorer ses pères les dieux; aussi naît-il fils de dieu. A défaut du tableau de la tliéogamie, une scène très fréquente dans les représentations des temples évoque cette id(;e : c’est l’allaitement du roi par les déesses. Le rite était nécessaire non seulement dans les représentations de la nativité royale, mais dans les cérémonies préparatoires à la célébration du culte (scènes du pa douait et de la fête Sed) que nous commenterons plus loin en détail (ch. Vil et VIII). Il

1. Voir à ce sujet, Max. L. Strack, Die dynastie der Ptolemcier, p. 100- 104. Les Ptolémées agissent vis-à-vis des bâtards suivant les principes du droit grec qui dénie tout droit à ceux-ci et s’écartent ainsi du droit pharaonique. Dans un compte-rendu du livre de Strack (Spldnx, III, p. 26) j’avais combattu cette conclusion de l’auteur en m’appuyant sur les exemples dethéogamie considérés comme des preuves nécessaires d’une naissance légitime. J’ai été amené depuis à changer d’opinion et à considérer la théogamie comme une théorie générale de la naissance royale.

serait possible de retrouver dans tous les temples, pour tous les pharaons qui ont laissé des monuments, le tableau de l’allaitement ; c’est ainsi qu’on peut voir tétant la mamelle divine, debout ou sur les genoux de la déesse, Thoutmès III et Aménopliis II à Karnak*, Horemlieb à Silsilis^ Séti 1“’' à Abydos*, Ramsès II à Silsilis, à Karnak, à Beit el Oualli‘, Ramsès III à Médinet Ilabou % Seshonq R’’ et Philippe Arrbidée à Karnak®, PtolémécII Philadelphe à Philæ’, etc., etc. Une formule, presque invariable ou de sens toujours constant, accompagnait la scène el en définissait la portée® : « Je suis ta mère Ilatlior (ou Isis, ou Anoukit, etc.), je te donne les panégyries d’avènement avec mon bon lait, pour qu’elles entrent en tes membres avec la vie et la force. » Ainsi c’est en tant que roi que l’enfant a mérité le lait des déesses. Ailleurs on met dans la bouche de la déesse nourricière quelques-unes des paroles que le dieu Plitali a adressées au roi Ramsès 11 au moment de la théogamic. « Voici ce que dit Isis à son fils Ramsès II : « Je t’ai pris dans mes deux bras pour t’embrasser comme un enfant (qui gouvernera) les deux terres ; tu es sorti de mon sein comme un Roi bienfaisant qui se lève couronné; celui qui t’a modelé, c’est Khnoumou, de ses propres mains, avec Phtah lequel a fondu tes membres. La vénérable Ilatlior de Dendérali, c’est la nourrice; Ilathor de Diospolis parva te donne le sein; la maîtresse de Qes Ilatlior d’Apliroditopolis est celle qui allaite tes beautés — toutes ensemble protègent ta Majesté en tant que Chef de tous les

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