‹ Du caractère religieux de la royauté PharaoniqueChapitre 4 sur 211 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Définition du caractère religieux du Pharaon d'après ses titres.

1. Le Pharaon successeur des dynasties divines. — II. Le Pharaon héritier des dynasties divines; le testament de Kà. — IIL Le Pharaon, fils de Rà. Le I CI Grand Nom » révèle la filiation. t° Noms d’Ilorus. 2“ Noms solaires,

j 3» Titres solaires. — IV. Explication historique du protocole royal. — V. Con-

clusion : en quels éléments se résout le caractère religieux du Pharaon.

I En Egypte, le Pharaon se distingue de tous les êtres vivants,

parce qu’il est le fils, le successeur et l’héritier des dieux.

! Cette définition de la personne royale est donnée à satiété

I par les textes de toute époque ; pour n’en citer qu’un seul,

voici comment s’exprime Ramsès II parlant au dieu Phtah : « Je suis ton fils, que tu as mis sur ton trône; tu m’as donné j par décret ta royauté, tu m’as engendré à l’image de ta per-

|, sonne, tu m’as l’ait héritier de ce que tu as créé »'. Les Égyp-

t 1. Ed. Naville, Le décret de Phtah- Totunen {Trans. S. R. A., VII, p. 126

tiens ne donnaient point à ces phrases un sens vague ; chacune d'elles résumait poui’eiix des traditions véridiques reposant sur des faits connus; ces traditions et ces faits, il convient de les exposer hrièvement ici.

I. Le Pharaon est le successeur des dieux; cela implique que les dieux ont régné sur l’Egypte, que les dynasties royales humaines font suite à des dynasties divines. Pour les Égyptiens il n’y avait point là fiction mythologique. L’histoire officielle, rédigée d’après les archives royales, qu’eile fût écrite sous les Ramessides par le scribe du papyrus royal de Turin ou sous les Lagides par Manéthon, reconnaissait avant les pharaons humains des dieux rois d’Égypte. A l’époque grecque on les classait en trois dynasties, la première celle des « dieux » Oéci, la seconde des « demi-dieux » la

troisième des « mânes » véxjsç. A l’époque pharaonique, le classement est plus vague*, et, abstraction faite des demidieux et des mânes, le Pharaon se proclamait surtout le successeur des « dieux »,

Après la création du monde par un démiurge, dont le nom changeait suivant les villes % la dynastie divine avait organisé

sqq.,]. 30

Le texte de Ramsès II, gravé dans le grand temple

d’Ipsamboul, a été repris presque sans changement par Ramsès III (temple de Médinet-Habou).

1. Maspero a démontré dans son mémoire Sur les dynasties divines de l'ancienne Égypte [Études de Myth., II, p. 279 sqq.) que les dynasties de 0éot et d ’-r.ixiOeot correspondent, à l’époque pharaonique, aux dieux des deux premières Ennéades d’Héliopolis. Quand aux véxueç, ils ont été identifiés par Ghassinat aux dieux de la troisième Ennéade héliopolitaine (Rec. de

trav., XIX, p. 23).

2. Le démiurge était Phtah à Memphis, Toum et Râ à Héliopolis, Thot à Ilermopolis, Montou à Thèbes, Khnoumou à Éléphantine, Seh en d’autres lieux, etc. (et. Maspero, Études de Myth. II, p. 284, et Histoire, I,

TITRES RELIGIEUX DU PHARAON

et gouverné la terre d’Égypte ; son histoire était consignée dans des annales qui nous sont parvenues en partie. Le soleil Râ avait régné le premier*; ses enfants et petits-enfants, par couples de rois et de reines, Shou et Tafnouït, Seb et Nouït, Osiris et Isis, Sit et Nephthys, lui succédèrent®. Les deux derniers rois, Osiris et Sit, étaient frères : leur rivalité sanglante fut le fait capital de l’époque des dynasties divines ; peut-être symbolise-t-elle des luttes entre les tribus égyptiennes primitives.

Sit tua son frère Osiris et usurpa son héritage ; jusqu’au jour où Horus, fils d’Osiris et d’Isis, força par les armes son oncle Sit à lui rendre la totalité du royaume paternel’, ou — suivant une autre tradition — reprit la moitié nord de l’Egypte après sentence arbitrale rendue par le dieu

p. 159, n. 4.) Chaque ville mettait son orgueil à posséder comme dieu local le démiurge.

1. D’après une tradition, il y aurait eu une période d’anarchie et d’égalité entre les dieu.x avant l’établissement de la royauté de Râ et l'organisation de l’univers; on parle aux textes des pyramides « d’un de ces grands corps de dieux nés jadis à Héliopolis, qu’aucun roi ne tenait,

qu’aucun prince ne dirigeait alors que le ciel ni la terre n’existaient

encore ». {Pépi II, 1. 1228-1231.) Ce serait une indication sur une phase correspondante de l’histoire humaine d’Égypte, dans la période archaïque encore mal connue.

2. Pour les traditions relatives à l’histoire des dieux-rois, voir Maspero, Histoire, I, p. 160-178. On a deux fragments de la chronique du règne de Râ (Lefébure, Un chapitre de la chronique solaire, Zeitschrift, 1883, p. 27 ; Ed. Naville, La destruction des hommes par Râ {Trans. S. B. A., IV, p. 1 ; VIII, p. 412), et le récit des campagnes des dieux Shou et Seb (Griffith, The antiquities of Tell el Yahudiyeh, pl. 23-25). La légende d’Osiris, Isis, Horus, Sit, est contée dans leDe Iside et Osiride, elpàr Diodore, I, 13sqq. ; la plupart des détails en sont confirmés par une foule d’allusions éparses dans les textes religieux égyptiens et surtout dans le Pap. Saluer IV (Chabas, Le calendrier des jours fastes et néfastes) ; cf. Maspero, Histoire, I, p, 174-176.

3. Les campagnes d’Horus contre Sit sont gravées sur les murs du sanctuaire principal d’Horus, à Edfou. (Ed. Naville, Textes relatifs au mythe d' Horus; Brugsch, Die Sage von der geflügelten Sonnenscheibe ; cf. Maspero, Études de myth., II, p. 321.)

Thot Le triomphe d’Horus fut un événement mémorable entre tous, qui resta gravé dans le souvenir des hommes; mais après sa restauration, les traditions manquent ou s’obscurcissent. Ilorus était-il le dernier roi de la première dynastie ou le premier des ÿjij-îOs:-."? les Égyptiens n’étaient point d'accord pour le dire. Quoi qu’il en soit, parmi les demidieux qui succédèrent à Ilorus, on plaçait ses compagnons dans la lutte contre Sit, Anubis et Thot’, — et les vé/.-jô; (ou

« mânes » Khoit ^ ^ n’étaient autres que les propres

« enfants d’IIorus «L — On arrivait ainsi aux dynasties humaines dont le premier roi, Mènes, était, par la naissance et par le rang, le successeur des fils d'Horus. Après Ménès, les

1. La tradition hellénisée du De Isideet Osiride, 19 {éd. Parthey, p. 33), est confirmée par les textes égyptiens, qui appellent Thot le dieu qui « départage les deux compagnons (Horus et Sit). » Sur cette expression àp-rehouhoui, cf. Dec. de trav., IX, p. 57, n. 2. — D’après une autre tradition égyptienne, l’arbitre avait été Seb (Sharpe, Egyptian Inscriptions, I, pl. 36-38 et Goodv in, dans les Mélanges Ëgyptologiques de Chabas, lit® série, t. I, p. 281).

2. Manéthon, d’après le Syncelle (Fr. Hist. Gr., Il, .530*-531“) cite Typhon (Sit) comme dernier roi de la première dynastie des eio-, et, d’après Eusèbe. Manéthon {Ib., II, 526) donne le même rôle à Horus fils d’Osiris et Isis. Le papyrus royal de Turin arrête la première dynastie divine à Horus d’Edfou (Horus le Grand) après avoir nommé Horus-lesdieux (fils d’Osiris et d’Isis) comme roi successeur d’Osiris et Sit. (Cf. Maspero, Études de Myth.,ll, p.295). Les Égyptiens distinguaient et confondaient tour à tour Horus le Grand (Haroëris, Harmachis) et Horus le Petit (Harpocratès) fils d’Osiris et d'Isis.

3. Manélhon-le Syncelle (Fr. Hist. Gr., II, 530^-531“); cf. Maspero, Hist., I, p. 204, n. 2. On verra plus loin que Thot et Anubis sont les aides d’Horus dans ses fonctions de prêtre du culte osirien.

4. Chassinat {loc. cit.,Rec. de trar., XIX, p. 23) montre que les « Mânes »

sont à Edfou, les

Enfants d’Horus >>

et

. 1. Lors de ses fouilles à Abydos (1895-98) qui amenè-

rent la découverte de monuments des rois de la première dynastie humaine, M. Amélineau crut avoir trouvé les restes véritables des vlxve; mythiques.

TITRES RELIGIEUX DU PHARAON

rois de toutes les dynasties se tenaient enh’e eux par les liens du sang et de l’hérédité* : tous, par conséquent, descendaient des lils d’Horus, d’Horus lui-mèmc, et de Râ le premier roi d’Egypte ^

II. Vis-à-vis de ces dieux, le Pharaon n’est pas seulement dans la position d’un successeur qui occupe par le jeu du destin une place autrefois honorée de la présence divine : il est dans la situation d’un fils et d’un héritier. L’Égypte est pour lui un domaine patrimonial; il le tient de ses ancêtres divins. Or, dans la société humaine, tout bien tenu à titre de propriété qu’il provînt d’héritage, d’achat, de donation, de-

smen) sur les papiers publics

qui certifiaient le nom et la filiation du propriétaire, le nom et l’hérédité du domaine \ L’Égypte était propriété du roi aux mêmes conditions. Sur les actes officiels, décrets, proclamations, actes de donations royales, etc., le Pharaon témoignait de son droit à l’héritage sur le pays d’Egypte, en mentionnant sa filiation et ses titres de propriété. Nous avons vu que les prédécesseurs divins des Pliaraons étaient les démiurges organisateurs du monde et les dieux-rois, en particulier ceux de la première dynastie divine. Les uns et les autres sont mentionnés dans les protocoles des actes publics, comme garants de l’hérédité du Pharaon.

On affirme que le Pharaon est fils des démiurges dans des

vait être « établi » (H |

1. Telle était, du moias, la théorie royale égyptienne, que j’examine au point de vue objectif.

2. C’est au règne de Râ, le premier roi d’Égypte, que l’on rapportait l’origine des choses ou des coutumes très anciennes, en disant qu’elles

existaient «depuis le temps de Râ( fD ^)- Décret de

Phtah-Totunen, 1. 27) » ou « depuis la première fois » ou « depuis Râ »

{A.bydos, I, pl. 7, 1. 56, 64).

3. Voir à ce sujet A. Moret, Vn procès de famille sous la XIX^ dynastie. [Zeitschrift, XXXIX, p. 29.)

10 DU CARACTÈRE RELIGIEUX DE LA ROYAUTÉ PHARAONlgUE

formules de toutes les époques, dont voici les plus usuelles : lia. — A partir de la V® dynastie Tépithète « tils du soleil » sa Râ s’accole aux noms du Pharaon. — On dit de Ramsès II, par exemple, qu’il est « roi sur le trône de Râ » — A Edfou, le soleil Rà appelle Pto-

lémée XI « son héritier » (

Totim. — A Abydos, Osiris dit à Ramsès II : « Ton existence est l’existence de Toum, tu t'es élevé en roi sur son trône » /) tv S

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A Pithom, on dit de Ptolémée II qu’il a été formé par Toum « pour commander à son côté en qualité de roi » ( <= ^ '

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\ “ établi sur le trône de son père

Toum » (

Phtah. — Dans un décret du dieu en l’honneur de Ramsès Il et de Ramsès III, Phtah, s’adressant au Pharaon, dit de lui-même : « Je suis ton père qui t’ai engendré pour être un dieu qui fasse les actes de roi du Sud et du Aord en ma place »

Ces citations sont communes, je ne les multiplierai pas. Voici d’autres formules, d’un sens analogue, mais s’appliquant à chacun des dieux-rois de la première dynastie divine de Manéthon.

Râ. — Aux textes déjà cités, à propos de Rà démiurge, on

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