‹ Du caractère religieux de la royauté PharaoniqueChapitre 63 sur 211 · EMBRASSEMENT ET COURONNEMENT PAR AMON · texte numérisé non relu

EMBRASSEMENT ET COURONNEMENT PAR AMON

Dit par {Thol) le maître d’Hermopolis : « Je t’établis ton nom comme Roi dans mes livres; (j’écris) moi-même que tu as réuni le lotus au papyrus (et que le sceptre) est en ton poing ».

(Thot suppute les années et écrit le grand nom royal) : « L’Horus Râ, taureau vaillant qui se lève dans 'Thèbes et agrandit les deux terres, le roi du Sud et du Nord, maître des deux terres, Men-Mâ-Ri, qui donne la vie, maître de millions de fêtes sed.

(Au-dessus du roi, légende royale de Séti) qui donne la vie comme Râ, quand son père Amon le fait se lever (en roi) pour réaliser sa royauté.

Dit par Amon-Rd maître de Karnak résidant dans le temple Ktiou Séti Meri-n-Amon à Thèbes : « J’établis tes couronnes sur ta tête pour que tu te lèves en roi du Sud et du Nord ».

Dit par Hâthor : « vers ton père, qui t’a décrété

les royautés de Toum.

B Comme le soleil existe, ton nom existe; comme le ciel existe, tes actions (seront) également >•.

LE COURONNEMENT DU PHARAON PAR LES DIEUX

Pharaon disposait des ofTrandes humaines « dont vivaient les dieux » ; aussi dès le moment de sa naissance était-il prédestiné à combler les temples de largesses en échange de la protection divine qui lui était assurée. Le jour du couronnement étant celui où la faveur des dieux se manifestait pour leur fds de la façon la plus tangible, devait être aussi le jour où les donations aux sanctuaires attestaient le plus hautement la reconnaissance du Pharaon.

Le couronnement était en effet suivi de « fêtes ” Jj

hebou où la satisfaction du clergé, des dignitaires, des courtisans, et l’allégresse plus bruyante du peuple étaient provoquées par les largesses royales. Les plus favorisés étaient naturellement les dieux : leurs temples étaient remis à neuf et agrandis ; les prêtres recevaient, pour la table divine, des dotations nouvelles ; il est à croire aussi qu’on posait de suite les fondations du temple où chaque souverain représentait à la fois pour sa propre gloire et celte des dieux ses pères, sa naissance divine et son avènement (cf. chap. VIII). Fêtes et largesses n’étaient d’ailleurs pas limitées à la capitale ; le roi les répartissait généreusement aux villes de son double royaume et souvent commençait une visite générale des sanctuaires. Nous avons vu qu’à la scène finale du couronnement assistaient « les dieux maîtres des sanctuaires du bud et du Nord » ; dans la pratique, si l’on se rapporte à ce qui se passait en des circonstances analogues (fêtes sec?), ces dieux étaient représentés par des prêtres, venus de la Ilaute et de la Basse-Égypte avec une statuette de leurs maîtres divins*. Il faut penser que cette représentation suffisante pour assurer la participation de tous les dieux d Égypte au couronnement ne l’était pas toujours pour le partage des largesses royales, car il arrive que, de sa propre personne, le roi aille rendre aux dieux la visite qu’il a reçue.

1. Ces délégations de prêtres figurent, comme nous le verrons plus loin, aux fêtes sed de l’époque classique et de l’époque grecque.

110 DU CARACTÙRE RELlGtEUX DE LA ROYAUTÉ PHARAONIQUE

On ne sait si la visite du roi aux dieux des jïrands sanctuaires nécessitait toujours un voyage réel, ou si Ton se contentait de conduire Pharaon dans les chapelles que les diverses divinités possédaient dans les temples théhains ' ; en tout cas, le texte de Deir el Bahari s’exprime comme si le voyage avait été exécuté, k Lorsque Sa Majesté s’en fut au pays du Nord, à la suite de son père Thoutmès 1", elle alla vers sa mère llathor qui préside à Thèhes, vers Ouazit, maîtresse de Bouto, vers Amon, maître de Karnak, vers Toum, maître d’IIéliopolis, vers Montou, maître de la Thébaïde, vers Khnoumou, maître de la cataracte, vers le Chef de tous les dieux qui sont dans la Thébaïde, vers tous les dieux du Sud et du Nord. Charmés par elle, ils la guidèrent sur les bons chemins, ils vinrent en lui apportant toute vie, toute force dont ils disposent, et ils lancèrent leur fluide magique derrière elle, se devançant l'un l’autre, en tournant derrière elle chaque jour. Et ils lui dirent : « Viens, viens, fille d’Amon- Râ ; nous voyons tes ordonnances dans le pays que tu possèdes; tu raffermis ce{[ui allait à sa ruine, tu réalises des fondations dans les temples, tu approvisionnes les tables d'oifrandes de qui t’a engendrée*... » Des bas-reliefs, malheureusement très mutilés, commentaient ces paroles significatives; on distingue encore la reine conduite par la main des dieux, dans la position rituelle de la « royale

montée >> (^ Jj Vy) vers les sanctuaires; elle visite ainsi

Toum d'IIéliopolis qui lui confirme « les annéee d’IIorus, les portions d'ilorus et de Sil, la direction de toutes les terres d’Egypte et de l’étranger L »

1. M. Naville croit à un voyage réel; M. Maspero suppose une visite aux chapelles des temples théhains (J. des Savants, 1899, p. 407) ; l’incohérence de rénumération géographique des sanctuaires ferait plutôt admettre l’opinion de M. .Maspero, mais l’inscription d’Horemheb, citée plus loin, prouve que le voyage réel était fort possible.

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