Mariette, Dendérah, III, 78, a et k
3. Stern, Urkunde über den Bau des Sonnentempels zu On (.1. Z., 1874, p. 85 sqq.).
132 DU CARACTÈRE RELIGIEUX DE LA ROYAUlÉ PHARAONIQUE
lui vient de son père Râ; aussi doit-il lui tondcr un temple et lui pi-éseoter des offrandes divines. Les « Amis » répondent par des paroles de circonstance, dont le développement était réglé d'avance, où l’adoration du dieu s’unit à la louange du roi. Le roi rejuend la parole et décrète que les travaux commenceront de suite; puis « il se lève, orné du bandeau royal et des doux plumes, tous les courtisans sont derrière lui; Sa Majesté et l’ol'liciant en chef (munis) du livre saint se mettent à tendre le cordeau et à planter le pieu en terre ))‘.
Alors s’exécute le rituel de fondation des temples. Il nous a été décrit en détail par des textes et des tableaux de toutes les époques, dont les plus développés sont dans les grands sanctuaires reconstruits à répo([ue ptoléma'ique ou romaine, Edfou, Dendérab, Esneb. Le roi (un Ptolémée ou un César) officie, assisté par les dieux, dont les rôles étaient tenus par des prêtres. Les opérations commençaient de nuit, pour que le roi puisse orienter l’axe du temple suivant les rites en se réglant sur la position de la Crande Ourse; muni de quatre pieux et d'un cordeau d’arpentage, il établissait les quatre angles et le pourtour de l’enceinte : « .l’ai pris le pieu, dit le roi à Edfou, et le maillet par le manche, j’ai empoigné la corde avec la déesse Safkhit; mon regard a suivi la course des étoiles, mon ceil s’est tourné vers la Crande Ourse, j’ai mesuré le temps et compté (riicure) à la clepsydre, alors j’ai établi les quatre angles de ton temple Le rôle des dieux est plus apparent encore dans un récit de la fondation du
1. Slern, .1. Z., 1874, p. 86-‘J0. — M. I.efébure remarque justement que parfois « la délibération du roi est tout intérieure » et se réduit à un monologue, comme lorsque la reine Hâtshopsitou eut l’idée d’ériger deux obélisques [Rites Égyptiens, p. 31).
2. Hrugsch, Bau und Muasse des Tempels von Edfu (.V. Z., 1870, p. 154 et 155). — Cf. Lefébure, Rites Égyptiens, p, 31. La déesse Safkhit « qui préside à la maison des livres divins » est aussi celle « qui préside au rituel de la fondation des temples », parce qu’elle détient les formules à cet usage.
LE ROI CONSTRUCTEUR DES TEMPLES
temple de Séti P'' à Abydos. « Je l’ai fondé avec Sokaris, dit la déesse Safkhit; j’ai tendu le cordeau sur l’emplacement de ses murs; tandis que ma bouche récitait les grandes incantations, Thot était là avec ses livres pour établir l’en-
ceinte de ses murs, Phtah-Totounen mesurait le sol el Toum était là... Le maillet, dans ma main, était en or, je frappais avec lui sur le pieu, et toi (le roi) tu étais avec moi sous la forme de Hounnou (le dieu géomètre), tes deux bras tenaient
Fig. 23. — Le roiet la déesse SafbliitteDdeut le cordeau et eufonceiit les pieux (L. O., III, pl. 1 48 a).
le hoyau : ainsi furent établis les ((uatre angles aussi solidement que les quatre piliers du ciel. Ce fut Neith <{ui pronom, ‘a les charmes magiques {sa) et les iormules protectrices du temple ; et Selkit mit la main à ces travaux faits pour l’éternité » (fig. 25)’.
1. Abydos, I, pl. 50 b, 1. 10-15. — Cf. un texte rectifié dans Rrugsch, Thésaurus, p. 1268-1269. Tout le début de la VII® partie du Thésaurus est consacré à des Baulexte de toute époque. On trouvera une traduction du texte d’Abydos dans le Thésaurus, loc. cit., et dans Maspero, Du yenre épistolaire, p. 91-93.
13i DU CARACTÈRE RELIGIEUX DE LA ROYAUTÉ l’FIARAONIQUE
L(‘S lahlçaiix des temples ptolémaïcjues nous montrent la mise en prati(|ue de ces récits*. On y voit le Pharaon faire de ses propres mains tout le détail desopéralions ritualistiqucs. Sorti en grand appareil île son palais, le roi marche vers remplacement du temple précédé des enseignes divines. Aidé de la déesse Safkhit « il tend le cordeau autour du temple dans l’intérieur des pieux »* ; ceux-ci sont plantés aux angles; le roi et la déesse, maillets en main, les consolident. — Puis (flg. 26) le roi armé d’un hoyau -< pioche la terre pour lixer les limites » du temple, par une tranchée où l’eau vient du soussol*. Dans cette tranchée, le roi verse ensuite du sahle; « il munit de sahle le tracé du plan, pour le niveler et consolider le travail du sanctuaire »*. La construction est en effet éhauchée
1. L’ordre de ces scènes à Edfou n’est pas absolument le même dans les diverses publications qui en ont été faites (Mariette, Dendérah, texte, p. 133; Brugsch, Thésaurus, p. 1263 sqq. ; Rochemonteix-Chassinat, II, p. 29-33, et p. 59-62). Gela tient à ce que les tableaux sont reproduits à plusieurs reprises dans le temple et ce n’est pas toujours la même série qui est reproduite. J’adopte ici^ l’ordre de la publication de Rochemonteix-Chassinat, en faisant alterner les tableaux de la partie droite de la salle hypostyle avec ceux de la partie gauche. A mon sens, on obtient ainsi un ordre logique pour les différentes opérations décrites.