‹ Du caractère religieux de la royauté PharaoniqueChapitre 8 sur 211 · Abydos, I, pl · texte numérisé non relu

Abydos, I, pl

5. Ion de Rosette, texte grec 1. 10; cf. texte hiéroglyphique Rec. de trav. VI, p. 7.

6. Par ex., inscriptions d’Auguste et de Tibère, à Karnak (Zeitschrift, XXXVIII, p. 124-155) publiées par Erman.

peuvent assumer le rôle d'ancètre et de prédécesseur de Pharaon. Ceci n'est pas contradictoire avec l’idée que la filiation dont le roi se réclame surtout est celle des dieux qui ont régné sur rÉgypte. Les ligures du panthéon égyptien se ramènent facilement, sinon à un monothéisme, du moins à un « hénothéisme » solaire ; toutes sont des répliques plus ou moins fidèles du soleil Rà; aussi tous les dieux ont-ils peu ou prou régné sur l’Egypte, à l’image de leur prototype, avant la venue des dynaslies humaines. A quelque personnalité divine que le Pharaon s’adresse, il est toujours en présence, suivant la formule égyptienne, de ses « frères » ou de ses « pères les dieux ».

Aussi plutôt que de citer une nomenclature plus longue — qui serait toujours incomplète — est-il plus utilede définir le sens précis des termes dont le Pharaon se sert pour désigner sa filiation et son hérédité vis-à-vis des dieux. Au cours des citations données précédemment certains mots reviennent

sans cesse : le Pharaon est le fils sa, l’hérilier

doe<a(lit. : tf lachair»)dudieu;etilest(( établi » U /wvw, [smeji)

sur le trône de son père. Ces termes ne sont pas employés sans intention: ce sont des expressions techniques, celles dont les Egyptiens se servaient pour désigner la filiation et l'hérédité humaines dans les actes de transmission de propriété.

Quand un fils possédait de plein droit un bien venant de son père, on disait qu’il était « établi » ( ^ | smen) sur ce bien

en qualité d’ « héritier » ‘St àouââ) : c’est pro-

prement la formule j uridique qui atteste la propriété '. Le droit à l’héritage s’appuyait le plus souvent sur un « inventaire-tes-

1. J’ai résumé ce que l’on sait actuellement sur ces questions dans mon mémoire Un procès de famille sous la .Y/J' dynastie (Zeitschrift, XXXIX, p. 30).

TITRES RELIGIEUX DU PHARAON

lo

maison ») ; le père le rédigeait et le taisait enregistrer au greffe du nomarque par devant témoins. L’inventaire-testament donnait la description détaillée du bien transmis, avec sa contenance, et, s’il y avait lieu, le nombre des maisons, des champs cultivés, des arbres, des sources, des serfs de la glèbe, qui y étaient compris.

Les Égyptiens imaginèrent que Rà, le premier roi d’Égypte, avait légué son héritage à Pharaon suivant la forme légale, par « inventaire-testament » ; on le sait par un texte du temple d’Edfou dont l’importance n’a pas été suffisamment remarquée‘. On voit sur le mur extérieur du temple, le « greffier divin » Thot, rouleau de papyrus en main, s’adresser au dieu Horus (et au Ptolémée qui s’identifie à Ilorus) et lui dire : « Je te donne l’écrit inventaire-testament de ton père »

( ^ ^ Il -|j- Suit le texte de l’inventaire :

« Acte d’établissement [smen) des terres cultivées de l’Égypte

entière; elles sont « établies » pour Horus, à perpétuité, depuis Eléphanline jusqu’à Bouto» . . tant d’aroures en terres cultivées, tant occupées par le Nil en largeur, et tant d'aroures en profondeur*. « Le tout est donné à Horus fils d’Isis, l’héritier accompli d’Ounnofir, à Horus d’Edfou... pour qu’il

1. Les Amit-pou sont mentionnés dès les IV- Ve dynasties (RIH, pl. I, 1. 6,18; Mariette, Mastabas, p. 318). — Les Papyrus de Kahun(ed. Petrie Griffith) nous en ont conservé de la XII® dynastie.

2. De Bougé, Edfou, pl. GXVIet Brugsch, Thésaurus, p. 604-607. Jecite d’après ce dernier texte.

1. 1-2. Éléphantine et Bouto étaient les frontières traditionnelles de

l’Égypte au sud et au nord.

réjouisse son cœur de sa portion (d’héritage) «‘.Le Pharaon, qui est lui aussi, comme nous l’avons vu, « l’héritier accomj)li d'Ounnofir » est associé par l’inventaire-testament au dieu Iloriis pour la jouissance de l’héritage : Rà lègue son royaume à Ilorus d’Edfou à condition que lui- même « donne des millions de panégyries et des centaines d’années sur le siège d’Ilorus au lils du soleil Ptolémée et établisse le double (de celui-ci) en tète des doubles vivants Une formule finale atteste que Pacte a été dûment enregistré : « Tous ces biens en leur totalité sont « établis » sur le plan général de l’Egypte du Sud et du Nord »’; d’après les intentions des rédacteurs, Pacte est fait pour le roi aussi bien que pour le dieu.

Dans d’autres textes d’Edfou*, on certifie que le roi possède « la durée de Râ, les royautés de Toum, le règne de Sbou, le trône de Seb, le grand inventaire-testament du modeleur d’Osiris, Ilorus ».

A l’époque classique les mêmes expressions étaient certainement employées : sur un ostracon du Musée de (iizeb, dans un hymne à Ramsès II, on lit : « les royautés

d’IIorus et de Kbopri sont la propriété ( ® '^ ) de la ma-

jesté à perpétuité, tu es roi comme Amon, il a comblé

vy» I

1. 18. — Les textes juridiques relatifs aux affaires privées appellent les registres du cadastre, où sont « établies » les propriétés, du nom

de || [\ (cf. mon étude Un procès de famille sous la Z/.V** dy~

nastie, Zeitschrift, t. XXXIX, p. 15).

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