Maspero, Études de Mythologie, I, p
2. C’est ce qui apparaît au lAvre des funérailles édité par Schiaparelli et aux textes des pyramides de la Vl« dynastie, édités par Maspero.
3. Annales du Musée Guimet (série de la Bibliothèque d'Ëtude),
Scti I" à Abyclos. On me permettra de renvoyer à cette publication pour le détail des faits que je ne puis que résumer
Qu’ils s’adressent aux dieux ou aux hommes défunts, les rites osiriens ont pour but : 1“ de leur reconstituer un corps viable; 2° de douer ce corps du fluide de vie et de lui rendre son âme ; 3“ d’assurer la nourriture du corps et de l’âme de la même manière que pendant l’existence terrestre.
Les procédés employés pour reconstituer le corps des êtres osiriens varièrent avec les époques, selon qu’on démembrait ou qu’on momifiait les cadavres assimilés à Osiris,
Le corps d’Osiris avait été démembré et coupé en morceaux par Sit comme celui d’un taureau de sacrifice* : c’est en cet état qu’Isis, Horus, Anubis et Thot avaient tout d’abord vénéré le cadavre divin \ A vrai dire, quand le roi entrait au sanctuaire pour « voir son père le dieu », il se trouvait en présence non d’un corps démembré, mais d’une statue complète; cependant la légende du dépècement n’était pas spéciale au seul dieu Osiris. Tous les dieux avaient connu la mort; on possédait leurs tombeaux; dieux et déesses d’après les formules du rituel, avaient eu le corps démembré et la tête détachée du tronc Le culte des dieux consistait donc, au début, à répéter pour eux la mort osirienne et à leur donner chaque jour cet état de grâce qui suivait l’immolation.
Faut-il en conclure qu'avant le sacrifice, le roi était censé mettre le corps de ses pères les dieux dans l’état de démembrement et de mutilation où Sit avait mis le cadavre d’Osiris? En fait, aucun tableau des temples ne nous représente cette scène réalisée, mais les nécropoles humaines des épo-
1. Le Conte des deux frères, où le mythe osirien transparaît, nous montre Bitiou-Osisis dépecé sous la forme d’un taureau sacré (Papyrus d’Orbiney,pl. XIV à XVII; Maspero, Les contes populaires, p. 25-28).
2. De Iside et Osiride, 18 ; Hymne à Osiris de la Bibliothèque Nationale (Chabas, Œuvres, I).
3. Voir les textes dans Rituel du culte divin, p. 75, 175, 206, 213, 220.
ques archaïques nous apprennent qu’à Torigine pour les morts les gestes répondaient aux formules : on y trouve des cadavres qui ont la tête tranchée, le squelette disloqué, les chairs lacérées, dans l’état, en un mot, où se trouvait, d’après les rituels, le corps d’Osiris et de tous les dieux ou les hommes qu’on adorait d’après les rites osiriens*.
Un sait d’ailleurs par les rituels des cultes funéraires et divins qu'avant chaque service sacré, la famille osirienne renouvelait la scène du meurtre ; Isis, Nephthys, Ilorus venaient « frapper » Osiris* — et tout dieu assimilé à Osiris
^ hou) le cadavre était
« consacré » ^ ,, hou), de même que le loi consacrait les
offrandes en levant sur elles la massue (fig. 36). (’oncluons qu’au début des temps, le roi dans les temples et le (ils dans les tombeaux « frappaient leurs pères » pour en faire des victimes divines.
— et par ce « coup » ( q ^ ^
1. Rituel du culte divin, p. 74. Cf. le mémoire de Wiedemann, Les modes d’ensevelissement dans la nécropole de Négadeli (ap. de Morgan, Recherches sur tes origines de l'Egypte, II, p. 203 sqq.) ; pour la description des nécropoles archaïques, voir le résumé donné par J. Capart, Notes sur les origines de l’Égypte.
2. C’est la formule du rituel funéraire « Sa mère l’a frappé en pleurant,
ses alliés l'ont frappé «
. Schiaparelli, Libro
dei funerati, I, p. 00 et 158) qui a déjà son expression dans les textes des pyramides où Horus dit à son père : « Je t’ai frappé en le frappant
Mirinri, 1. 331, 448, Pépi II, 1. 867). — Dans les tem-
ples où est représentée la « passion d’Osiris », on voit, à la 8« heure du
jour, Isis et Nephthys « frapper les chairs » d’Osiris (
Bénédite, Philæ, I, p. 139), ce qui les u consacre » et les munit du fluide de vie (Mariette, Dendérah, IV, pl. 54). La formule même du rituel funéraire i' Sa mère l’a frappé en pleurant » est appliquée à Sokaris-Osiris dans les textes d’Edfou (Rochemonteix-Chassinat, Edfou, I).
Une fois que le dieu et le mort étaient démembrés comme Osiris, Je roi et le fils s’ingéniaient à reconstituer leur corps. Lors des funérailles d’Osiris, Isis avait rassemblé les 14 ou 16 lambeaux du cadavre *, et pour les fêtes commémoratives, célébrées au mois de Choïak jusqu’à la fin de la période romaine, on moulait une statuette d’Osiris, en pâte de farine, dans laquelle les membres épars du dieu étaient rassemblés et remis en place On fit de même pour tous les dieux jusqu’à la fin de la civilisation égyptienne; chaque jour, au début du service sacré, le roi était censé apporter au dieu sa statue, image de son corps reconstitué ; « Ta statue est à tes
côtés’ », lui disait-il ), et à l'occasion le roi
insiste sur cette idée : « Tu as réuni tes chairs, tu as fait le compte de tes membres..., on t’a donné ta tête, on t’a donné tes os, on a établi solidement ta tète sur tes os par devant Seb' » Aussi un des titres les plus fréquents du Pharaon est-il
celui-ci : « IJorus qui modèle son père » •=4=’ CzA ^ 5
1. D’après le De Iside et Osiride, 18, Osiris aurait été découpé en 16 morceaux; d’après un texte de Dendérah, en 14 morceaux (cf. l’article de Loret, ap. Recueil, III, p. 47). La recherche du corps d’Osiris est décrite dans le De Iside et Osiride et dans VHymne à Osiris (1. 16). Wiedemann a montré que la reconstitution du corps démembré d’Osiris « était un événement fêté dans toute l’Égypte par la solennité de l'érection du symbole du tat ^ l’épine dorsale du dieu. A Busiris, on attachait à cette
fête qui se célébrait le 30 choi'ak, la plus grande importance, et dans toute l’Égypte elle était considérée comme un des principaux épisodes de la résurrection du dieu. Brugsch a cité dans son Thésaurus (p. 1190- 1193) des scènes de l’érection du tat exécutées sous Aménophis III « par
le roi lui-même » (|1 ^ ^ ^ ^
2. Loret, Les fêles d’Osiris au mois de Choiak {Recueil, III-V) ; le texte est à Dendérah (Mariette, Dendérah, IV, pl. 35-39).