‹ Du Caucase aux Indes a travers le PamirChapitre 21 sur 43 · H SE · texte numérisé non relu

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rendra souples les cordes et les membres des hommes engourdis par le froid et le vent d'est toujours violent.

Avec le soleil, la neige fondra; mais que faire? En s'éveillant, nos hommes se plaignent du froid. Rachmcd a saigné du nez, il a eu mal à la tète toute la journée d'hier.

Tout le monde a sur ses vêtements des paillettes, des cristaux de glace, les moustaches ont enfilé des perles, dans la barbe il y a des pierreries. Quel clinquant! Seuls nos nez, très rouges, laissent échapper une vapeur qui se condense instantanément; elle tombe sur mon calepin et ponctue mes notes de glaçons. Ces virgules d'un nouveau genre sont bien inutiles, car j'écris en style hiéroghyphique et je vais constamment à la ligne.

A Test, au-dessus de la porte du Taldik, on aperçoit deux cimes blanches derrière lesquelles se cache un soleil qui luit pour un autre monde, sans doute : il ne nous envoie qu'une lumière pale. Est-ce qu'il va s'éteindre? Ce serait un grand changement en vingt-quatre heures.

Il ne tarde pas à briller par-dessus les montagnes, et nous sommes heureux de mettre nos lunettes, puis de descendre dans la vallée, où nous marcherons à l'ombre des hauteurs. A sept heures, nous partons, nous irons camper au bout de la tranchée du Taldik. Nous descendons un sentier abrupt, nous en moutons un autre; puis le val plus large, nous sommes sur la glace de la rivière tortueuse. Nous choisissons les endroits où la neige est peu profonde, en ayant soin de nous tenir à distance des avalanches prêtes à glisser. Souvent, nous quittons la rivière où, par places, il n'y a pas plus d'un pied et demi de neige sur un fond dur rassurant les chevaux, que les dures expériences de la veille ont mis en défiance.

C'est à notre gauche que la neige menace. Elle est accumulée dans les ravines, dans les gorges; des rochers en ont arrêté des flocons énormes qui surplombent avec des renflements inquiétants. On tient sa langue, l'œil alerte.

Nous rencontrons une bande d'une cinquantaine de Kirghiz accroupis au flanc d'un rocher; ils mangent un morceau de pain et se reposent avant de retourner à Ak-Basoga. C'est l'arrière-garde de la troupe des travailleurs qui nous ont préparé la route. Leur chef nous dit qu'elle est prête jusqu'à l'Alaï.

a Et dans l'Alaï, y a-t-il beaucoup de neige? » lui demandé-je.

Il étend le bras dans la direction de la passe et dans la direction de l'Alaï.

a Barabar! barabar! » répète-t-il. C'est la même chose.

Mauvaise nouvelle. Mirza-Païas nous mène camper dans une gorge bien

abritée située h droite de la route. Nous y attendrons nos iouks. Le vent a balayé la neige. La place est bonne, il fait chaud : 4- 29° au soleil.

Rachmed est de bonne humeur. Il chantonne.

Hier soir, il était lugubre et prétendait cpie nous mourrions tous. Il a repris courage et me dit avec un grand sérieux :

u Je sens que nous ne mourrons pas. « Kt il reprend sa chanson. Il chante la victoire du Taldik. Demain, nous attaquerons la vallée de l'Alaï. J'envoie Sadik et cinq ou six Kirghiz reconnaître les u positions de l'ennemi » . Car quelques-uns ont prétendu que désormais la neige serait moins profonde. Nos éclaireurs nous apporteront des renseignements précis avant le coucher du soleil.

Ils reviennent, Sadik le premier, et tous, à mesure qu'ils se présentent, laissent tomber ce mot turc que je ne crois pas oublier jamais :

a Harabar! barabar! C'est la même chose «, disent-ils d'un ton lamentable, et ils secouent la tête.

Ils nous regardent fixement, épiant l'impression que nous fait la nouvelle, et ils ont l'air de nous demander : u (Ju'allez-vous décider? *? Ils espèrent sans doute que nous allons retourner sur nos pas. En efFet, la nouvelle est grave, car nous n'aurons pas l'aide des indigènes. Qui nous tracera plus loin la route? Personne ne cherchera à tâtons les bonnes places pour nous les indiquer. Nous devrons sonder nous-mêmes le chemin : nous naviguons vraiment à la sonde.

Une partie des Kirghiz cpii ont travaillé aux tranchées du Taldik sont déjà en route pour leurs tentes; nous allons renvover les autres : ils sont très fatigués. Je les vois étendus au soleil : plusieurs dorment d'un sommeil invincible. Nous faisons des cadeaux à leurs chefs, nous remercions sincèrement Mollah-Païas, nous lui remettons le complément de la somme dont nous avions avancé la moitié uvant le départ, nous les chargeons d'un mot pour le général Karalkoif. Ils saluent, souhaitent bon voyage et s'éloignent. Us disparaissent dans la gorge en même temps qu'arrivent les derniers chevaux de bât, qui tombent avant qu'on ait le temps de les décharger.

Je monte sur un rocher voisin de notre campement. D'en haut, on domine les croupes qui nous abritent et Ton aperçoit les chaînes de l'Alaï et du Trans-Alaï comme deux traînées de chaos. Je regarde. Tout est blanc, éblouissant : on a la sensation d'être dans un autre monde, d'avoir été jeté dans une planète désolée. On distingue les collines de la valléj de l'Alaï enchevêtrées ainsi que des boucliers blancs de guerriers faisant la tottue

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