A TRAVERS LE CAUCASE
Chaque jour, à huit heures du matin, une diligence part de Tiflis pour Vladikafkas, petite ville située de Tautre côté du Caucase. C'est un trajet de 200 verstes. Le voyage, un des plus beaux qui soient au monde, se fait régulièrement en deux jours, avec une nuit de repos à mi-chemin. Le premier jour, on va jusqu'au pied de la grande muraille qui sépare l'Europe de l'Asie ; le lendemain, on gravit la muraille et l'on traverse le magnifique défilé du Dariel, qui s'ouvre au cœur de la portion la plus grandiose de la chaîne, celle où les cimes dépassent de beaucoup la limite des neiges perpétuelles, et où l'on compte au moins une demi-douzaine de pics dont la hau teur égale ou excède même celle du Mont Blanc.
La route militaire du Dariel est la seule voie carrossable qui traverse cette grande chaîne caucasique, longue de trois cents lieues, large de quarante. A quelque distance à l'ouest du Dariel existe une autre passe, celle de Hamisson, mais elle n'est praticable que pour les chevaux et les piétons. Ces deux passes sont les seules qui soient fréquentées par les voyageurs. Tandis que les Alpes offrent un grand
nombre de cols ne s'élevant pas plus haut que 1200 à 1500 mètres, au Caucase on ne trouve point de passages au-dessous de 2400 mètres. Cette élévation persistante de Taxe de la chaîne en a toujours fait une insurmontable barrière entre les populations nomades des steppes du Nord et les races sédentaires et plus civilisées répandues dans les régions du Sud. Dès les origines de Thistoire, cette barrière entre le Nord et le Sud forma la véritable limite du
%■ - monde pour les nations policées de la Grèce et de
rOrient.
Voici l'heure du départ. Le postillon sonne de la
^:- - trompe et la diligence s'ébranle, emportée au galop
de six chevaux sur le rude pavé de la ville. Toutes les places, — au nombre de cinq seulement, — sont occupées. J'ai pour compagnons, dans le coupé extérieur, deux officiers voyageant avec leurs femmes, qui occupent le coupé intérieur. L'un d'eux parle français, et la voiture n'a pas fait vingt tours de roue que déjà je connais son nom et son histoire. M. Alexandre de Konski, arrivant en droit ligne du Turkestan, où il vient de faire une campagne de deux années sous les ordres du général Annenkoff, comme attaché à la construction du chemin de fer transcaspien Il ramène en Europe sa jeune femme qui doit accoucher, et se rend par la longue route des steppes dans ses propriétés du gouvernement de Saratov : il avait songé d'abord à prendre la voie de la Caspienne et du Volga, beaucoup plus courte, mais le gros
temps qu'il avait eu sur mer l'avait engagé à débarquer à Bakou, pour continuer son voyage par les routes de terre.
A Tiflis, ceux qui me parlaient du Turkestan ne connaissaient ce pays que par ouï-dire. J'étais donc enchanté de rencontrer enfin quelqu'un qui pût m'en parler de visu. Avec quel enthousiasme il me racontait les merveilles de Samarcande et de Boukhara I II me conseilla vivement do ne point m'attarder dans le Caucase et d'aller voir cette étrange Asie centrale, presque vierge encore du contact des Européens et dont les livres, disait-il, ne pourraient me donner aucune idée. Quant à la chaleur, bien qu'elle soit excessive au mois d'août, on me l'avait un peu exagérée à Tiflis. M. de Konski m'assurait qu'elle n'était guère plus atroce queceile dont nous souffrions en ce moment.
A vingt verstes de Tiflis est notre premier relais. Une misérable station de poste, où nous ne trouvons que du pain noir et du vodka. Pendant qu'on change les chevaux^ nous visitons, à quelque distance de là, un pauvre petit village habité par un vingtaine de familles, au milieu duquel on n'est pas peu surpris de voir s'élever, absolument intacte comme au temps des empereurs géorgiens, la magnifique basilique qui renferme leurs restes. Est ce là Mschet, l'ancienne capitale du royaume de Géorgie, que les vieilles chroniques du Caucase prétendent avoir été fondée par l'arrière- petit-fils de Japhet? Ce qui est plus cer-
tain, c'est que Pompée y passa dans sa poursuite de Mithridate, que les rois de Géorgie y résidèrent jusqu'à la fin du cinquième siècle, et qu'elle fut saccagée par Tamerlan. On trouve dans les environs de nombreux vestiges d'églises et de palais qui attestent sa splendeur passée. Nous n'avons que le temps de jeter un rapide coup d'ceil sur la cathédrale, qu'entoure une enceinte fortifiée, à créneaux et à casemates, où se réfugiaient en temps de guerre les vieillards, les femmes et les enfants. Aujourd'hui, celte enceinte est devenue une basse-cour o\x grouillent les poules et les dindons ! Un vénérable vieillard portant le costume moyen âge des prêtres armémiens, nous ouvre la porte de l'église, dont le style mi- ^' roman mi-byzantin est d'une sévère simplicité : par
la hauteur et la hardiesse des voûtes, elle rivalise avec nos cathédrales gothiques. L'édifice actuel, qui date de la fin du xv« siècle, a remplacé celui que Tamerlan rasa jusqu'au sol. L'iconostase, avec ses naïves peintures, est dans un admirable état de conservation. A droite sont les deux sièges en pierre réservés au patriarche et à l'empereur ; au centre sont les tombeaux en pierre sous lesquels reposent les princes qui régnèrent sur la Géorgie, jusqu'à Georges XII, en 1800.
Au bout de vingt minutes, la diligence repart avec les bénédictions du vieux prêtre arménien qui a accepté nos kopeks avec reconnaissance. Vue à distance^ Mschet est d'un pittoresque saisissant ; domi-
LE CAUCASE i»
née par un vieux, château ruiné, la vieille capitale commande rétroite vallée par laquelle la Koura descend des montagnes pour aller mêler ses eaux à TAragva, F Aragon de Strabon. Près de Mschet, la route est taillée à travers un ancien cimetière isi*aélite : dans les tranchées, au-dessus de nos têtes, nous voyons par places émerger des ossements. Pendant nombre de verstes, la route court en droite ligne dans une large vallée qui a Taspéct d'un ancien bassin lacustre ; le fil télégraphique, posé sur de hauts poteaux de bois hissés à leur tour sur des rails de chemin de fer, sert de perchoir à d*innombrables hirondelles et à des pies au plumage vert. Au plus haut des airs, des aigles décrivent leurs orbes et cherchent leur proie. Les primitifs attelages à roues pleines que nous rencontrons sont tramés par des buffles. De loin en loin, sur le bord de la route apparaît un doukhân, grossière construction faite de troncs d*arbres, précédée d'un avant-corps, couverte de terre, et généralement adossée à la montagne, qui lui sert d'arrière-mur. L'ensemble de TédiScc rappelle quelque peu le baer islandais avec lequel il rivalise de saleté et de puanteur. L'intérieur de l'habitation est fort misérable : des bancs en bois, couverts de peaux de mouton et d'oreillers crasseux, tiennent lieu de lits.
Vers le milieu du jour, on s'arrête pour déjeuner dans une de ces stations de poste qu'on rencontra de deux en deux'heures, blanches et massives con-
structions précédées d'une vérandah et entourées d'un jardinet. Ces stations ne sont pas des auberges comme celles qu'on rencontre sur les routes du Tyrol : on n'y trouve guère à manger que du pain,
^K des œufs, et parfois la soupe nationale, \e chtchi.
La chambre oii se repose le voyageur ne contient qu'un vieux sofa sur lequel il peut étendre les coussins qu'il a apportés avec lui. 11 est rare d'ailleurs que le voyageur s'y arrête pour dormir : en Russie, la règle est de voyager jour et nuit, man-
ti^, géant quand on peut, dormant en voiture, et ne se
reposant qu'en arrivant à destination.
Bientôt commence l'ascension de la montagne par d'innombrables zigzags admirablement taillés: dure est la montée par ce soleil d'enfer. Pendant que les chevaux tirent péniblement, nouscroisons de temps à autre un perecladnaia qui descend à toute vitesse, traîné par trois chevaux attelés de front qui font tinter joyeusement leurs sonnettes. Le perecladnaia est un chariot découvert et sans ressorts, dont la vue me fait prendre en pitié les gens qui voyagent en pareil équipage : et cependant, je bénirai plus tard en Asie centrale ce primitif mode de locomotion.
Le paysage s'accentue à mesure qu'on s'enfonce dans les replis de la chaîne. L'œil erre sur un océan de montagnes rouges, dans les creux desquelles la neige séjourne par plaques. Sur les pentes alternent des pâturages, des bois, des champs de seigle. Vers
le Sud se déroule une splendide perspective de forêts qui descendent jusqu'au fond de l'étroit ravin où se précipite la rivière Aragva. Dans ces forêts croissent presque tous les arbres de nos climats, chênes, hêtres, bouleaux, noisetiers et beaucoup de conifères, parmi lesquels je reconnais le superbe sapin de Géorgie qui fait l'ornement de nos parcs. Le paysage rappelle les plus luxuriantes vallées des Alpes italiennes.
Les villages ossètcs, dont Taspect vous reporte au cœur du moyen âge, sont généralement groupés autour de vieux châteaux fièrement campés au sommet de pitons presque inaccessibles. Beaucoup de maisons sont surmontées d'étranges tours carrées érigées autrefois dans un but de défense contre les attaques des tribus voisines. Nous ne voyons ces villages que de loin, car ils sont toujours à de grandes hauteurs, et la route passe à plusieurs centaines de mètres au-dessous.
La nuit nous surprend au moment où nous quittons la station de Pasanaour. Le froid de la montagne, succédant brusquement à la chaleur cuisante de la plaine, m'oblige à dérouler mon bourka ou manteau caucasien, que je partage avec mon compagnon tout transi, habituéqu'il est aux étés torrides de l'Asie centrale. Le bourka, dont je me suis procuré un spécimen au bazar de Tiflis, est un ample vêlement noir en peau de chèvre aussi impénétrable au froid qu'à la pluie : les montagnards du Caucase
s'en servent comme d'un manteau pendant le jour et comme d'une couche pendant la nuit;
A dix heures du soir nous arrivons à Mlet, où la coutume est de passer la nuit. Quoique la station de poste passe pour la meilleure du Caucase, le souper y est des plus sommaires :1e classique chichi (soupe aux choux), des œufs et du thé. Les lits de MIet manquent de confort et de propreté, mais dans le Caucase c'est là un détail auquel on ne s'arrête guère.
Le lendemain nous repartons à six heures. Cette fois la voiture est attelée de huit chevaux, car il s'agit de gravir le formidable rempart qui sépare deux continents. L'escalade se fait par d'innombrables lacets taillés dans les flancs de la montagne : nous côtoyons de gentils petits précipices de quelque mille pieds de profondeur, dont la vue inspire aux dames de l'intérieur un effroi que partagent visiblement les deux officiers du coupé : n'ayant jamais vu que les steppes, ils sont assez excusables.
Par cette délicieuse matinée d'août, la fraîcheur de la montagne dilate la poitrine^ et l'on s'abandonne entièrement au bonheur de vivre, de se saturer d'air pur, de s'enivrer de liberté. Les premières cimes neigeuses surgissent devant 'nous, vers le Nord, splendidement éclairées par le soleil levant. On pourrait se croire dans les hautes régions des Alpes, n'était l'archaïque vêtement des montagnards : bonnet d'astrakhan, longue tcherkesse, jambières et san-
dales, toutes les parties du costume ont conservé leur saveur moyen âge.
A ces hautes altitudes, les villages ont disparu. La station de poste de Goudaour, avec son observatoire, située à peu de distance du col qui mène d'Asie en Europe, joue le rôle des « hospices » qu'on rencontrait autrefois sur les routes duSaint-Gothard et du Mont-Cenis. Le jour n'est peut-être pas éloigné où le Caucase aura à son tour son chemin de fer et son tunnel.
Le col, que nous atteignons à 9 heures du matin, est situé à Ténonne altitude de 2442 mètres au-des* sus du niveau de la mer : il dépasse donc de plus de 600 mètres les plus hauts passages carrossables des Alpes. Les Russes y ont érigé une croix en pierre qui donne son nom au passage, Krestovaya Gora (Montagne de la Croix). En dépit de son altitude, le plateau ne commande pas une grande étendue de pays, parce que la vue est limitée par les cimes environnantes, qui atteignent près de 4.000 mètres* Le paysage est d'une suprême désolation: à quelques pas de la route séjournent de larges amas de neige que les ardaurs du soleil d*août ne parviennent pas à faire fondre. Quoique cette passe soit d'une grande importance stratégique, elle n'est gardée actuellement par aucun poste militaire. Les troupes qui y étaient cantonnées lors de la guerre contre Chamyl assurèrent les communications des Russes avec la Géorgie et empêchèrent la jonction des héros du Daghestan
avec les montagnards de l'Ouest. C'est par cette passe que la Russie envoie aujourd'hui en Transcaucasie et en Arménie toutes ses troupes et ses munitions de guerre.
Kobi, célèbre par ses cavernes de troglodytes, est le premier village situé sur le versant européen, à 2000 mètres d'altitude, dans un site très romantique, à l'endroit où le Térek se précipite d'un ravin. La plus intéressante curiosité de l'endroit est un autel érigé par les indigènes de la tribu desOssètes, qui y offrent des sacrifices d'après un rite mélangé de christianisme et de paganisme : l'autel est orné de cornes de chèvres sauvages.
Au delà de Kobi, nous commençons à apercevoir, se levantd'un jet de toute sa hauteur de 5043 mètres, un des géants du Caucase, tout étincelant de neiges et de glaces et se détachant nettement sur le bleu intense d'un ciel plus pur, plus éclatant que celui des Alpes. Au Nord s'ouvre la crevasse comblée par le formidable glacier de Devdoraky ; à l'opposite, d'immenses champs de neige d'une blancheur immaculée s'étendent vers le Sud-Ouest ; dominant ce grandiose paysage polaire, la blanche coupole du Kasbek se dresse dans un superbe isolement, complètement enveloppée de son brillant manteaud'hermine, sauf du côté qui regarde l'Orient, où la muraille est trop à pic pour qu'elle puisse retenir les neiges. Cette sombre paroi rocheuse est un digne cadre pour le drame de Prométhée : aussi le Kasbek a-t-il eu
de tout temps Thonneur de voir son nom accouplé avec celui du héros de la légende grecque, en dépit du drame d'Eschyle, où la scène se passe sur un rocher dominant la mer et la [)laine de Scythie.
Le Kasbek, qui a longtemps passé pour la plus haute cime du Caucase, est une énorme masse trachytique d'origine volcanique. A considérer l'escarpement de ses pentes, on le croirait inaccessible. Il n'y a qu'une vingtaine d'années qu'il fut gravi pour la première fois par trois Anglais, Freshfield, Moore et Tucker : les intrépides alpinistes n'accomplirent leur ascension qu'au prix des plus grands dangers; mais ils découvrirent pour la descente une route plus facile qui a été suivie maintes fois après eux. J'aurais bien voulu ajouter le Kasbek à la liste de [mes exploits d'alpiniste; mais j'appris, à ma grande surprise, que cette ascension, relativement aisée, passe pour impossible dans le pays, et qu'aucun montagnard indigène n'eût consenti à m'accompagner : on trouve bien, dans un village voisin, des chasseurs qui connaissent le glacier de Devdoraky, mais aucun d'eux n'oserait s'aventurer sur les pentes neigeuses de la montagne. Voilà pourquoi les Anglais qui explorent les pics caucasiens se font accompagner de guides suisses.
Après la station de Kasbek commence la vertigineuse descente du Caucase : la route n'est qu'une série ininterrompue de lacets, qu'on franchit à toute
vitesse : à chaque courbe, le postillon sonne de la
trompe sur des airs variés, poufïvertir les voitures qui peuvent arriveren sens contraire, et prévenir des collisions fâcheuses. A la montée, il fallait huit chevaux pour tirer notre petite diligence : maintenant, deux chevaux suffisent, et le conducteur est d'une incroyable habileté à leur faire franchir des tournants qui mettent au comble de la peur mes compagnons. Si je n'avais, comme eux, jamais vu que les pays de plaine et de steppe, je ne serais peut-être guère mieux à Taise. Et puis, les histoires de bandits dont ces coupe-gorge furent si souvent le théâtre nous reviennent instinctivement à la mémoire : il n'y a pas plus de deux ans que la diligence qui transportait une grosse somme d'argent fut attaquée par une bande de voleurs qui tuèrent voyageurs, postillon et conducteur.
Mais voici que le paysage change d'aspect. Devant nous se lèvent, menaçantes, terribles, des murailles de granit de 1200 mètres de hauteur, dont les parois verticales ne portent pas un pouce de végétation. Derrière ces prodigieux remparts surgissent, plus hautes encore, des crêtes striées de neige, tailladées en scie comme une mâchoire de requin, hérissées de pinacles rougeâtres, de clochetons, de tours aiguës. Emprisonné entre tout cet amoncellement de granit, le Térek se tord et mugit d'une voix rauque et caverneuse dans les sombres profondeurs du défilé. Nous sommes dans la gorge du Dariel, connue des anciens sous le nom de Portas Caucasiœ, et à
laquelle Virgile fait probablement allusion dans une de ces frappantes images qui lui sont familières : t DuriscautibushorrensCaucasus.» J'ai vu les gorges les plus fantastiques des Alpes, des Pyrénées, des Monts Scandinaves, des Montagnes Rocheuses; nulle part, sauf au grand Canon de la Yellowstone, je n'ai été empoigné comme au Dariel par la sublimité et la sauvagerie du site qui prend ici des proportions vraiement épiques : la verticalité des murailles, l'aspect vertigineux des corniches, l'absolue nudité des parois, les formes effilées des aiguilles rocheuses, la hauteur invraisemblable des cimes neigeuses à demi perdues dans les nuages, tout ces éléments forment un paysage dont le grandiose dépasse tout ce que peut rêver l'imagination.
A l'entrée du défilé, les Russes ont érigé un fort percé de meurtrières et flanqué de tours, et ils ont fait ainsi du Dariel une infranchissable Thermopyle. Il n'y a pas au monde de plus forte position militaire : sur un parcours de plus de deux verstes, le Térek occupe toute la largeur de la gorge, en sorte qu'une armée ne pourrait passer que par la route, qu'un peu de dynamite suffirait à faire sauter.
Les parois du Dariel sont faites d'un granit grisâtre, à gros grains; d'autres roches ignées se montrent çà et là, syénites, porphyres, basaltes; à quelque distance du fort, une belle colonnade basaltique court le long des escarpements. En beaucoup d'endroits se voient les traces des glaciers : desalluvions, quisem-
blent être les restes d'anciennes moraines, forment parfois des terrasses nettes et régulières. Au sortir du Dariel apparaissent des masses d'ardoises et de schiste, si escarpées qu'on se demande comment les arbres y peuvent croître; les flancs des montagnes sont profondément ravinés par les torrents, à sec en été^ qui détruisent et emportent souvent, à la fonte des neiges, des portions entières de la route. Plus loin reparaissent les calcaires que nous avions déjà vus sur le versant Sud. Le Caucase oifre cette analogie avec les Alpes^ que les roches cristallines en forment la masse centrale, tandis que les calcaires en forment les avenues.
A la gorge du Dariel succède une large vallée où coule librement le Térek et où la flore des steppes annonce que nous approchons de la plaine. Voici enfin Vladikafkas. Il est cinq heures du soir : déduction faite de la nuit passée à Mlet, nous avons mis vingtsix heures à franchir le Caucase.