LA PLUS HAUTE CIME DE L*EUROPE
Yladikafkas est une des villes les plus excentriques de la Russie proprement dite: elle est à 2000 kilomètres de Moscou. Son nom signifie « clef du Caucase ». Et en effet c'est une importante place forte, commandant l'entrée de la route du Dariel, et c'est aussi un centre commercial que la voie ferrée de Rostov relie au réseau russe et par lequel passent les marchandises qui prennent la route de l'Asie. La ville, bâtie à l'américaine, avec des rues droites et des maisons sans étage dissémmées sur de vastes espaces, est aussi peu intéressante que peut l'être une ville récemment fondée dans la steppe.
Mais ce qui m'a réconcilié avec Yladikafkas, c'est son boulevard, d'où j'ai contemplé le splendide panorama du Caucase à l'heure où les neiges étincelaient au soleil couchant. Le puissant Kasbek, au pied duquel j'avais passé le matin, se profilait avec une telle netteté dans la pure atmosphère, qu'on aurait cru n'en être qu'à une portée de fusil : ce qui augmente l'illusion, c'est que le versant Nord du Caucase est très abrupt, à la difTérence du versant
Sud qui s'élève par gradations. La steppe où est situé
Vladikafkas expire pour ainsi dire au pied de la chaîne, et il semble qu'entre Vladikafkas et le Kasbek il n'y ait aucun obstacle à franchir.
J'ai conservé le plus mauvais souvenir de la misérable auberge où me conduisirent mes compagnons de diligence et où^ croyant m'obliger, ils me retinrent je ne sais quelle chose puante et infecte qu'ils appelaient lit, par euphémisme. C'était une "sorte de maison de logement formant une dépendance du bureau des diligences. Après un repas composé des éléments les plus indigestes de la cuisine caucasienne, je devins si atrocement malade, que je pensai rheure venue de faire mon testament. Oh ! l'atroce et inoubliable nuit I Et avec quel bonheur, tout malade que j'étais, je m'enfuis de cette funeste auberge le lendemain matin, pour me faire transporter à la gare endrojki !
Vladikafkas est relié depuis peu d'années à Rostov par une voie ferrée. De même que sur la plupart des lignes russes, il n'y a qu'un train par jour. Sur la carte de l'immense empire, ce trajet de 700 kilomètres semble peu de chose, quoiqu'il prenne vingtsept heures. J'arrivai une heure trop tôt à la gare; on m'expliqua que le départ n'avait lieu que fictivement à sept heures du matin, parce que tous les chemins de fer russes règlent leur temps d'après celui de Saint-Pétersbourg, qui retarde d'une heure sur l'heure de Vladikafkas.
Pendant que le train court à toute vapeur à tra-
vers la steppe ensoleillée, jeine tiens à'unefenètredu wagon sans pouvoir détacher les yeux de Tadmirable panorama de la chaîne caucasienne qui se déroule à rhorizon, parallèlement à la direction de la voie. Moins variée peut-être que les Alpes ou les Pyrénées, elle est infiniment plus grandiose par la hauteur et la verticalité des cimes qui profilent leurs blanches dentelures sur un ciel du bleu le plus violent.
Ce que j'aperçois des fenêtres du wagon, c'est précisément la portion la plus formidable de la chaîne, celle où les soulèvements atteignent à des hauteurs qui dépassent de beaucoup celles des Alpes et qui égalent à peu près celles des Andes. Ce n'est plus seulement le pic dominateur du Kasbek qui fascine le regard par ses étincelants glaciers chatoyant au soleil, c'est encore le Dychtau, dont le splendide cône neigeux se dresse à TOuest de toute sa hauteur de 5.158 mètres.
' Le trait caractéristique du panorama, c'est qu'il n'y a pas de hauteurs intermédiaires entre la plaine et le grand massif central : celte puissante barrière semble surgir d'un jet, ce qui en grandit beaucoup les proportions architecturales. Aux heures matinales, l'air est d'une limpidité si extraordinaire, qu'on croirait pouvoir toucher du doigt les brillantes cuirasses de glace du Kasbek et duDychtau ; mais à mesure que le soleil monte vers le zénith, les vapeurs envahissent les régions inférieures^ s'élèvent graduel-
lement, et ne laissent plus voir bientôt que les cimes les plus élevées, qui semblent flotter dans le ciel comme de blanches nuées aériennes. Au milieu du jour, toute cette féerie caucasienne a complètement disparu.
Mais j'ai pour voisin de wagon un étudiant de Moscou qui n'en a rien perdu, car en pleine marche du train il en a pris plusieurs instantanées à Taide de son appareil photographique. Ne pouvant se faire entendre de moi en russe, mon étudiant me parle latin. Ce dont il ne revient pas, c'est que j'ose parcourir la Russie sans connaître le russe.
A Tiflis, on me disait qu'au nord du Caucase je trouverais une température délicieuse : à magrande surprise, je trouve une chaleur plus écrasante encore dans ces steppes de la Russie méridionale, où je ressens les mêmes cuisantes impressions que celles que j'éprouvai naguère en traversant au cœur de l'été les brûlantes prairies du Far- West américain. Du sein des herbtîS brûlées s'élève le cri monotone de mik lions de cigales. En maints endroits j'ai vu ces herbes rôtir spontanément, allumées par les feux d'un soleil rougi à blanc. Aux arrêts du train, la buvette et le robinet gratuit du tonneau d'eau claire qu'on trouve dans chaque station sont assiégés par les voyageurs mourant de soif. Ces stations desservent généralement les colonies de Cosaques disséminées dans la vaste étendue de ces steppes dont l'uniformité n'est rompue que de loin en loin, soit par de
petits soulèvements, soit par de profonds ravins creusés par les torrents écumeux qui vont porter au Térek les neiges du Caucase.
Un des traits les plus saillants de ces steppes, c'est le grand nombre de tumxdi qu'on aperçoit dans toutes les directions. Ces tombeaux de races primitives, connus sous le nom de kourganes, renferment souvent de grandes figures en bois grossièrement sculptées. Ces tumuli et ces idoles doivent être bien anciens, puisqu'il en est fait mention par les écrivains grecs en parlant de la Scythie.
Mineralniya vodi (Eaux minérales) était le terme de mon voyage en raiiway. Cette station, située à sept heures de chemin de fer de Yladikafkas, est le point de départ des drojkîs qui mènent les touristes et les baigneurs aux nombreuses petites villes d'eaux que les Russes ont fondées dans ces parages. Je partis immédiatement pour Piatigorsk, ayant pour compagnon de drojki un colonel de gendarmerie avec lequel ma conversation fut nécessairement fort limitée, a il fait chaud » est la seule réflexion qu'il put émettre en français pendant un trajet de 20 verstes.
Tandis que nous roulions à toute vitesse au milieu d'un épais nuage de poussière, je cherchais vainement des yeux quelque chose qui ressemblât aune route. Le yemtchik nous menait au beau milieu de la steppe, et comme nous rencontrions fréquemment d^autres attelages suivant la même piste, je vis bien
qu'il n*y avait d'autre route que ce que nous appelons « à travers champs ». Nous travers âmes plusieurs villages fondés par de florissantes colonies allemandes qui sont venues se fixer, il y a un siècle, dans ces lointains parages, et qui continuent à parler la langue de leurs ancêtres : on se croirait dans quelque coin de la Souabe. Dans chaque village, nous buvions d'excellentes limonades fabriquées par ces industrieux colons.
Nous arrivâmes bientôt au milieu d'un intéressant groupe de'collines calcaires que nous franchîmes par une brèche, et après avoir traversé un grand bois de hêtres et de chênes, nous vîmes tout à coup se déroulera nos pieds la jolie Piatigorsk, avec son église à cinq coupoles moscovites. Cette petite ville, où je m'arrêtai au retour, doit son nom (cinq-montagnes) au groupe de collines qui Tenlourent et qui lui donnent une physionomie des plus pittoresques : elle a des eaux sulfureuses qui lui ont valu la bonne fortune d'être érigée au rang de ville balnéaire. Depuis l'achèvement du chemin de fer, les Russes y viennent en foule, car, si éloigné que le Caucase soit de Saint-Pétersbourg, les villes d'eaux des Pyrénées sont plus éloignées encore. Et puis, le temps n'est plus où les Tcherkess du voisinage fondaient du haut de leurs montagnes sur la petite ville naissante et emmenaient les buveurs d'eau comme prisonniers. A cette époque, les boyards ne s'aventuraient à Piatigorsk qu'avec une escorte de quelques centaines
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de serviteurs et ils établissaient autour des sources de véritables campements.
Je laissai à Piatigorsk mon colonel de gendarmerie et louai pour sept roubles un drojki qui devait me transporter à Kislovodsk. Je promis au yemtchik un rouble de pourboire s'il nie menait bon train, car le soir approchait, et j'avais à faire un trajet de quarante verstes.
La vaillante troïka attelée à la russe s'élança ventre à terre, courant droit vers le globe transparent du soleil que j'entrevoyais à travers un tourbillon de poussière qui lui formait comme un nimbe fantastique. Je ne puis dire l'exquise volupté que j'éprouvais à me sentir ainsi emporté au galop à travers l'océan des steppes, qu'un soleil implacable avait chauffé pendant toute la journée : au contact de l'air frais qui me caressait le visage, je me laissais doucement aller à l'influence de la poésie des soirs. C'était une de ces heures, û'équentes dans la vie des voyages, où l'on est heureux de vivre. Un calme absolu s'étendait sur les steppes aux herbes jaunies, où la route n'était indiquée que par la ligne monotone des poteaux télégraphiques. La fumée des feux s'élevait verticalement vers un ciel chaud, d'un aspect tout oriental.
J'étais plongé dans cet état de rêverie qui constitue le bonheur parfait, quand mon œil rencontra à l'horizon, comme suspendue entre le ciel et la terre, une immense masse d'une blancheur immaculée, pareille aux banquises des mers glaciales, etsedéta-
chant avec une netteté surprenante sur un fond de pourpre, ce L'Elbrouz ! TElbrouz I » m'écriai -je transporté d'enthousiasme. « Da ! (oui) », fit mon yemtchik. Quand le brave homme n'aurait rien dit, j'aurais juré que c'était bien l'Elbrouz que j'avais sous les yeux : je l'aurais reconnu rien qu'à cette sorte d'auréole qui fait resplendir les plus hautes cimes du globe.
L'Elbrouz est, en effet, non Feulement la plus haute cime du Caucase, mais de l'Europe entière, car elle dépasse le Mont Blanc de plus de 800 mètres. Son altitude absolue est, d'après les plus récentes déterminations, de 5611 mètres. Voilà donc le Mont Blanc déchu de la suprématie qu'on lui avait toujours octroyée : car si l'on tient pour certain que la ligne de faîte du Caucase est la limite géographique de l'Europe et de l'Asie, on voudra bien concéder que TElbrouz, situé à soixante kilomètres au nord de cette limite, appartient au continent européen. Toutefois, ce qui pourra satisfaire tout le monde, c'est que le géant du Caucase n'est pas désigné dans le pays sous le nom persan d'Elbrouz, mais bien sous le nom tartare de Minghi-Tau. Or ce nom local se traduit tout simplement par « Mont Blanc » . On ne peut donc après tout contester que le Mont Blanc soit la plus haute cime de l'Europe. Il ne s'agit que de s'entendre sur un quiproquo.
La vue du Mont Blanc caucasien est infiniment plus saisissante que celle de son rival des Alpes. Je
le vois encore tel qu'il m'apparut dans toute sa gloire, vers sept heures du soir, par un de ces merveilleux couchers de soleil comme on n'eu voit que sous le ciel d'Orient. Sa double coupole argentée s'élève solitaire, ne dominant qu'à distance les autres pics du massif, et c'est ce qui la fait paraître encore plus démesurément haute.
^^e n'ai pas vu en Europe de montagne plus idéalement belle ni d'un aspect plus fascinant : je ne saurais lui comparer, parmi celles que j'ai pu saluer dans mes courses à travers le monde, que le Popocatepell, le géant des Cordillères mexicaines. Les deux montagnes, presque d'égale hauteur, offrent toutes deux les caractères évidents d'anciens et puissants foyers d'activité volcanique ; toutes deux dominent le pays en véritables suzerains, écrasant les monts environnants detoule la hauteur do leur masse gigantesque, que grandit encore leurmajestueux isolement, v^ Il y avait longtemps que le soleil avait disparu à ' l'horizon, que les neiges de TËlbrouz élincelaient encore dans un ciel irisé : on eût dit d'un prodigieux feu de Bengale dominant toute la chaîne Mais la lu.Dière fuyait rapidement devant l'envahissement de l'ombre; la cime laplusélevée, qui brillait dans la nuit comme un phare céleste, linit par s'éteindre à son tour : de rose elle devint d'un gris livide, et do toute cette féerie qui n'avait duré qu'un quart d'heure, je ne conservai que le souvenir, mais un souvenir inoubliable.
Pendant deux heures encore je voyageai dans la nuit, la troïka toujours galopant au son des clochettes : ces infatigables petits chevaux tartares font ainsi leurs douze lieues sans désemparer et s'en retournent de même. Enfin, à dix heures du soir, j'arrivai à Kislovodsk, heureux de pouvoir me reposer dans un hôtel décent après le mauvais souvenir de Vladikafkas. Hélas ! la saison des bains battait son plein, et tous les hôtels étaient bondés de baigneurs. Plus une chambre, plus un lit. J'avisai alors l'hôtel des bains de l'endroit, vaste bâtiment à prétention de caravansérail américain. Il est probable que mon yemtchik raconta aux gens de l'hôtel que j'étais Anglais, car on fit venir aussitôt un interprète qui me demanda naïvement en anglais si j'étais le gentleman qui avait retenu par le télégraphe le numéro 20, la seule chambre encore disponible. Que le gentleman me le pardonne, je répondis ce qu'il eût répondu s'il s'était trouvé dans mon cas.
Après une excellente nuit, pendant laquelle je rêve de l'arrivée intempestive de mon redouté concurrent, je reçois au saut du lit la visite inattendue d'un Russe qui me saute au cou et me témoigne en excellent anglais toute la joie qu'il a éprouvée en apprenant que jesuis arrivé la veille en bonnesanté. Je prends un malin plaisir à répondre de mon mieux à des démonstrations aus^i affectueuses. Mais il faut bien mettre fin à cet amusant quiproquo lorsque mon interlocuteur m'invite à diner. Je ne saurais
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peindre l'expression d'incrédulité qu'affecte son visage quand je lui assure que je ne suis pas le gentleman qu'il attendait : il faut, pour l'en convaincre, entamer la conversation en français et lui raconter comment j'ai pris possession du numéro 20. Ce récit, loin de me faire déchoir dans son estime, me vaut la nouvelle assurance de ses plus hautes sympathies, au point qu'il maintient énergiquement son invitation à dtner. Je m'excuse en alléguant une affaire importante.
L'affaire importante, c'est d'aller présenter mes lettres d'introduction au prince Dondoukoff-Korsakoff, gouverneur général du Caucase. C'est principalement dans ce but que j'ai entrepris le long voyage de Tiflis à Kislovodsk, car j'ai en tête le vaste projet d'explorep le massif de l'Elbrouz et de traverser le Caucase par le mystérieux pays des Souanèthes pour rejoindre à Koutaïs le chemin de fer de Tiflis. Pour réaliser ce projet, il me faut un guide sûr, un ou deux Cosacks du pays, et un interprète parlant les langues indigènes ; je compte beaucoup sur l'aide du gouverneur général pour organiser mon expédition. On m'a dit à Tiflis que je le trouverais à Kislovodsk, sa résidence d'été. Après avoir endossé l'habit noir, je me fais conduire en drojki à sa villa, où m'attend la fâcheuse nouvelle que le prince vient de partir pour Saint-Pétersbourg î Je reviens penaud à l'hôtel, et me convaincs bientôt, renseignement pris, de l'impossibilité de trouver les gens
qu'il me faut pour explorer Tintérieur du Caucase.
Je m'étais faussement imaginé que Kislovodsk, la plus importante ville d'eaux de Tempire russe, située au pied du Caucase et à proximité de TËlbrouz, devait être le meilleur point de départ pour une expédition au cœur de la chaîne. Mais les Russes qui vont à Kislovodsk se content'înt de contempler l'Elbrouz de loin. Toutau plus vont-ils en voiturejusqu'au rocher de Bermamouth, pour contempler de plus près le géant. Quant à se chausser de bottes de montagne et s'armer de piolets, c'est là un genre d'héroïsme que ne comprennent point les Russes habitués aux vastes étendues des steppes.
Force me fut donc de renoncer à TËlbrouz et à la Souanéthie et de me contenter de retourner à Tiflis par où j'étais venu. J'eus bientôt fait de visiter Kislovodsk. Les villes d'eaux^ qu'elles soient en Russie^ en Suisse ou en France, sont toutes faites sur le même modèle, sans doute parce que toutes datent d'hier et que toutes sont le rendez- vous des mêmes désœuvrés. En me promenant dans le parc ou sous la grande galerie sous laquelle jaillit la source de Narsan, j'aurais pu me croire à Bagnères. sauf que les promeneurs parlaient russe. Cette source de Narsan est une des plus riches en acide carbonique qui soient au monde : ses eaux froides bouillonnent avec une violence extraordinaire, et l'on doit éprouver à s'y plonger un plaisir analogue à celui que causerait un bain de Champagne glacé.
Lorsque j*eus goûté leau de Narsan, fait le tour du parc et des boulevards, et passé en revue les cafés et les hôtels de Kislovodsk, je ne songeai plus qu*à regagner Tiflis au plus tôt. Je fis route en drojki jusqu'à Piatigorsk avec un jeune médecin russe qui passait ses hivers à Moscou et ses étés à Kislovodsk. J'allai coucher à Piatigorsk, et j'arrivai le lendemain soir à Vladikafkas, d'où je repartis incontinent, h six heures du soir, non plus cette fois en diligence, mais en perecladnaia : en voyageant toute la nuit et tout le long du jour, j'atteignis Tiflis le 9 août à 9 heures du soir, ayant franchi la chaîne du Caucase en vingt-six heures I Je n'avais fait qu'entrevoir les grandeurs de la chaîne, mais j'en avais vu assez pour me promettre d'y revenir un jour et pour comprendre la fascination qu'elle exerce sur ceux qui, comme mon vaillant ami hongrois Maurice do Déchy et son compagnon anglais Freshfield, y ont passé plusieurs saisons à en explorer les vallées les plus reculées et à en gravir les cimes et les glaciers que personne n'avait violés avant eux.