‹ Du Caucase aux monts Alaï: Transcaspie-Boukharie - FerganahChapitre 14 sur 24 · S-V-NV · texte numérisé non relu

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n'oserais l'affirmer, que le pétrole sert à l'arrosage des rues. Les gens du pays s'étonnent fort que les nouveaux arrivés songent à trouver cela insupportable : un résident me disait sérieusement qu'il éprouvait une véritable délectation dans l'odeur du naphte frais.

Je passai une journée aux fameuses fontaines de Balakhani, dont M. Haiin, chef d'exploitation de la maison Ghibaieff, me fit les honneurs. Ces fontaines m'ont rappelé les geysers de l'Islande et de la Yellowstone; mais ici, ce n'est plus de Teau claire qui jaillit du sol sous forme de gerbes, c'est du naphte. Aussi n'existe-t-il peut-être pas d'endroit au monde où les fortunes se font, — et se défont, — plus rapidement. Une de ces fontaines, celle de laSociété minière, a donné l'année dernière vingt millions de pouds de naphte dont douze millions ^furent perdus avant qu'on eût pu capter le jet ; cette année ci, un Arménien du nom de Ter Akopof a eu la chance d'ouvrir un puits qui, depuis le mois de mars jusqu'à l'époque de ma visite, lui avait déjà donné quinze millions de pouds, ce qui représente un bénéfice journalier de 2.000 à 2.500 roubles (environ 6.000 francs). En quatre mois et demi, l'heureux propriétaire de cette fontaine avait donc réalisé près d'un million de francs !

Ce qui est peut-être moinsconnu que les fontaines de Balakhani, si souvent décrites, c'est le merveilleux spectacle des feux de naphte de la mer Caspien-

ne, que peu de voyageurs ont eu roccasiou de contempler, Le maire de Bakou, S. E. M. Despote Zenovilch, m'avait gracieusement invité à dîner avec M. Woeikof, le savant professeur de géographie à Saint Pétersbourg, qui explorait alors le Caucase. Notre hôte nous réservait une agréable s.urprise après le dîner. Vers 9 heures du soir H nous proposa une promenade de nuit en mer. Un petit vapeur nous mena au large : après une journée brûlante, c'était une exquise sensation que de se sentir caressé, en cette nuit délicieuse, par la brise que provoquait la marche du bateau. Par une attention délicate, M. Zenovitch avait fait apporter à bord des vins du Caucase. Pendant tout le trajet, nous eûmes constamment l'œil levé vers les astres. Nous étions, en effet, dans la nuit du 11 août^ la nuit des étoiles filantes: le ciel, magnifiquement constellé, était rayé de mille traînées lumineuses marquantle passage des météores : c'était comme un grandiose feu d'artifice tiré dans l'espace .

Au bout d'une demi-heure, on stoppa. Au point où nous étions arrivés, à cinq verstes de Bakou, le naphte jaillit abondamment à la surface de la mer ; la présence du corps inflammable est reconnaissable aux effervescences gazeuses qui font pétiller les eaux comme du Champagne. On jeta par-dessus bord des éloupes enflammées, et aussitôt, ô merveille I la mer prit feu et nous fûmes entourés d'une brillante auréole de flammes qui vinrent lécher les flancs du

n'oserais l'affirmer, que le pétrole sert à l'arrosage des rues. Les gens du pays s'étonnent fort que les nouveaux arrivés songent à trouver cela insupportable : un résident me disait sérieusement qu'il éprouvait une véritable délectation dans l'odeur du naphte frais.

Je passai une Journée aux fameuses fontaines de Balakhani, dont H. Hatin, chef d'exploitation de la maison Cliibaieff, me fit les honneurs. Ces fontaines m'ont rappelé les geysers de l'Islande et de la Yellowstone; mais ici, ce n'est plus de Teau claire qui jaillit du sol sous forme de gerbes, c'est du naphte. Aussi n'existe-t-il peut-être pas d'endroit au monde où les fortunes se font, — et se défont, — plus rapidement. Une de ces fontaines, celle de la Société minière, a donné l'année dernière vingt millions de poudsde naphte dont douze millions , furent perdus avant qu'on eût pu capter le jet; cette année ci, un Arménien du nom de Ter Akopof a eu la chance d'ouvrir un puits qui, depuis le mois de mars jusqu'à l'époque de ma visite , lui avait déjà donné quinze millions de ponds, ce qui représente un bénéfice journalier de 2.000 à 2.500 roubles (environ 6.000 francs). Eu quatre mois et demi, l'heureux propriétaire de cette fontaine avait donc réalisé près d'un million de francs !

Ce qui est peut-être moinsconnu que les fontaines de Balakhani, si souvent décrites, c'est le merveilleux spectacle des feux de naphte de la mer Gaspien-

ne, que peu de voyageurs ont eu l'occasion de contempler, Le maire de Bakou, S. E. M. Despote Zenovilch, m'avait gracieusement invité à dîner avec M. Woeikof, le savant professeur de géographie à Saint Pétersbourg, qui explorait alors le Caucase. Notre hôte nous réservait une agréable sjurprise après le dîner. Vers 9 heures du soir jl nous proposa une promenade de nuit en mer. Un petit vapeur nous mena au large : après une journée brûlante, c'était une exquise sensation que de se sentir caressé, en celte nuit délicieuse, par la brise que provoquait la marche du bateau. Par une attention délicate, M. Zenovitch avait fait apporter à bord des vins du Caucase. Pendant tout le trajet, nous eûmes constamment l'œil levé vers les astres. Nous étions, en effet, dans la nuit du il août, la nuit des étoiles filantes: le ciel, magnifiquementconstellé,était rayé de mille traînées lumineuses marquant le passage des météores : c'était comme un grandiose feu d'artifice tiré dans l'espace .

Au bout d'une demi-heure, on stoppa. Au point où nous étions arrivés, à cinq verstes de Bakou, le naphte jaillit abondamment à la surface de la mer ; la présence du corps inflammable est reconnaissable aux effervescences gazeuses qui font pétiller les eaux comme du Champagne. On jeta par-dessus bord des étoupes enflammées, et aussitôt, ô merveille I la mer prit feu et nous fûmes entourés d'une brillante auréole de flammes qui vinrent lécher les flancs du

bateau . S'imagine-t-on ce que c'est qu'une mer qui flambe comme un bol de punch ! Cette scène, qui dura plusieurs minutes, était tellement extraordinaire, que j'osais à peine en croire mes sens. Nous voyions réalisc^es sous nos yeux les plus invraisemblables conceptions de Dante et de Virgile : nous ne savions plus au justes! nous flottions sur l'eau ou sur le feu, ces mortels antagonistes. Et pendant que ce miraculeux phénomène se passait sur mer, la splendide pluie de météores étincelait au flrmament et semblait y tracer en caractères de feu le nom sublime dont la nature entière semblait proclamer la gloire en cette troublante nuit orientale.

Peu à peu, les gaz se consumèrent, les flammes mourantes jetèrent leurs dernières lueurs, l'incendie s'éteignit faute d'aliment, et quand nous nous fûmes de nouveau habitués à l'obscurité, nous eûmes encore longtemps devant les yeux, comme un éblouissement, la fantastique et lumineuse vision.

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