‹ Du Caucase aux monts Alaï: Transcaspie-Boukharie - FerganahChapitre 17 sur 24 · LA SOGDIANE · texte numérisé non relu

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table à deux pieds et une chaise à trois pieds. Cette chambrette, qui n'avait d'autre plancher que la terre du désert, était le refuge de toutes sortes de variétés d'insectes plus ou moins venimeux, qui eussent fait la joie d'un entomologiste. Pour tromper l'ennui, je me mis à écrire des lettres. Quand vint l'heure du repos, je m'étendis sur mon lit de voyage. Plusieurs fois je fus réveillé en sursaut au contact d'une bête qui s'obstinait à lier avec moi connaissance : était-ce un scorpion, une phalangue, ou encore l'horrible araignée que les Turcomans désignent sous le nom de Karakourte et dont la morsure tue un chameau ? J'allumai ma bougie, mais vainement j'explorai la place pour découvrir l'ennemi.

Le train si impatiemment attendu n'arriva qu'à huit heures du matin. Le prince Khilkoff était accompagné de toute une suite de fonctionnaires parmi lesquels je reconnus M. TcharikofF, plusieurs officiers que j'avais rencontrés à Amou-Daria, et deux ingénieurs des ponts et chaussées attachés parle Gouvernement aux travaux du Transcaspien. Je retrouvai aussi un des passager s du ce Grand Duc Michel », un officier russe qui trouvait fort simple de se rendre en Kachgarie, dans le Turkestan chinois, avec sa petite fille âgée de sept ans. Tout ce monde parlait français avec la plus parfaite aisance.

Prévenu de l'arrivée du prince, un très haut personnage indigène était venu de Boukhara pour le saluer au passage : c'était le beg de Tchardjoui, élégant

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jeune homme d'une trentaine d'années, d'une grande noblesse de traits, mélange du type arabe et du type persan ; coiflFé d'un turban d'éloffe blanche et vêtu d'un magnifique khalatdesoie flottante, il était fièrement campé sur son pur sang kirghise couvert d'une housse enrichie de turquoises et de paillettes d'argent. Que de grâce, que de distinction dans la manière dont il mit pied à terre pour présenter ses hommages au lieutenant du général AnnenkofT! Les courtisans de Louis XIV n'eussent pas mieux fait.

Le moment du départ venu, le prince m'invite à monter avec lui dans la voiture de luxe attelée à Tarrière du train. C'est le fameux wagon à deux étages dont le général Annenko/1 avait fait sa maison roulante pendant tout le temps qu'a duré la construction de la ligne. 11 se compose d'un élégant salon meublé d'une table de travail et de moelleux divanscouchettes et communiquant avec différentes petites pièces ; l'étage supérieur est destiné au personnel des domestiques. « Vous êtes chez vous, » me dit le prince ; et en même temps il m'offre un paquet de journaux qu'il a reçu la veille ; j'y trouve, avec les derniers numéros du Journal de Saint- Pétersbourg^ le Figaro expédié de Paris depuis trois semaines : les fêtes nationales de Kieff à l'occasion du 800* anniversaire de siint Vladimir y sont longuement relatées, à la grande satisfaction des Russes.

De Boukhara à Samarcande court une ligne de végétation tracée par le cours du Zerafchane, la ri-

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