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tombée au-dessous de 1.000. C'est peu pour la métropole d'un district dont la population est évaluée à plus de cent mille âmes.
Le jour où les Russes rendront Toasîs do Merv à la fertilité, en exécutant des travaux d'irrigation et de plantation, on peut espérer que la ville naissante retrouvera la prospérité qu'elle dut anciennement à sa situation au centre d'une contrée abondamment pourvue d'eau et dont le sol est d'une grande richesse de production.
On ne saurait parler de Merv sans citer le nom du célèbre colonel Alikbanoif, gouverneur du district, une des plus chevaleresques et des plus originales figures de Tarmée russe. Dégradé à cause d'une faute commise contre la discipline militaire, il a reconquis rapidement tous ses grades, et, autant par ses aptitudes de négociateur que par la bravoure dont il a donné des preuves éclatantes, il est aujourd'hui un des hommes les plus en vue de l'Asie centrale. Alikhanoff est originaire du Daghestan, ctau physique il réalise un des plus beaux types caucasiens qu'on puisse rêver. II est né dans la religion mahométane, à laquelle il est resté fidèle, et il doit à cette dernière circonstance l'immense ascendant qu'il exerce sur les populations turcomanes. II a su habilement faire tourner cet ascendant au profit de la politique russe.
C'est Alikhanoff qui sut, en 1884, amènera négocier la reddition de Merv les quatre khans commandant les quatre tribus des Turcomans mervites
qui se présentèrent chez le gouverneur d'Askhabad pour jurer fidélité au tsar et exprimer l'espoir que la Russie voudrait bien prendre le gouvernement de leur pays. On se rappelle l'émotion que provoqua en Angleterre le télégramme de Saint-Pétersbourg qui signala cet événement. Mais l'Angleterre était alors fort occupée de son expédition en Egypte et au Soudan^ et l'annexion pacifique do Merv demeura un fait accompli.
Tous les chefs de l'oasis sont aujourd'hui enrôlés dans l'armée russe : les quatre khans de Merv sont majors ou capitaines^ et ont la poitrine chamarrée de décorations. AlikanofT a su former une excellente milice turcomane; et rien n'est plus curieux que de voir ces turbulents enfants du désert, quiautrefois ne vivaient que de rapines et de brigandages, se plier aujourd'hui à la discipline militaire sous les ordres des casquettes blanches. Parmi leurs officiers, il en est plusieurs qui ont conquis leurs grades en combattant contre les Russes. Makdoum-Eouli-khan, qui commandait à Ghéok-Tépé les Tekkés qui se défendirent si bravemeni contre Skobeleff, estaujourd'hui colonel dans l'armée russe et gouverneur de l'oasis de Tedjend. L'amour des exercices équestres et le goût des aventures qui caractérisent les Turcomans, habitués à la vie mouvementée du désert, trouvent un aliment dans la carrière militaire, à laquelle ils s'adonnent avec passion. Tous ambitionnent d'entrer dans les rangs de l'armée, et comme chaque homme
fournit son chevalet son équipement^ la Russie peut recruter à peu de frais, en Turkestan, une excellente cavalerie montée sur de superbes chevaux tekkés.
On ne peut quitter Merv sans acheter un de ces tapis que les femmes de l'oasis confectionnent sous la tente, etqui passent avec raison pour les plus beaux de l'Asie. La femme qui tient le buffet de la gare en avait quelques-uns qui tapissaient les murs blancs de son salon : elle voulut bien, à force d'instances, en décrocher deux de petites dimensions, dont les dessins charmants et les couleurs vives me fascinaient particulièrement et qu'elle me vendit, si je dois l'en croire, au prix auquel elle les avait achetés elle-même. Ces tapis tekkés sont très recherchés à Saint- Pétersboug pour la ânesse et la solidité de leur tissu et pour l'incomparable éclat de leur couleur que le temps ne peut ternir.
Au moment où j'allais quitter la gare de Merv, un soldat me remit, à ma grande surprise, une dépêche télégraphique conçue en russe. Elle était de M. Pokorski, mon aimable hôte de Boukhara : il m'annonçait qu'un télégramme d'Europe était arrivé à mon adresse et m'en communiquait le texte. Les nouvelles de ma famille étaient bonnes, et ce fut avec joie que je remontai en wagon.
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Après une nuit passée sur mes lapis tekkés étendus sur ma banquette de bois en guise de couchette, je me réveille à Douchak, qui est actuellement le point le plus méridional du chemin de fer transcaspien. De là part la route qui mène dans le Kohistan et dans le Beloulchistan. Si quelque jour les Russes prolongent la ligne vers l'Afghanistan, ce sera vraisemblablement de cette localité que partira Tembranchement deHérat qui passera par la ville frontière persane de Sarakhs.
Nos enfants verront-ils l'accomplissement de cette idée grandiose, et le chemin de fer transcaspien est-il destiné à rejoindre les chemins de fer de Tlnde? C'est là un des problèmes les plus intéressants qui puissent exercer la sagacité des hommes d'État des deux plus grands empires du monde.
Il n'est pas inutile de remarquer que si la jonction des réseaux russe et indien se fait un jour, le transbordement d'un réseau à l'autre *sera nécessaire, parce que, dans un but stratégique, la Russie^ de même que l'Espagne, a adopté pour ses voies ferrées d'Asie comme pour celles d'Europe un plus grand écarte-
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ment de rails que celui usité chez les autres nations.
A partir de Douchak jusque dans le voisinage de la Caspienne, le train longe continuellement la magnifique chaîne du Kopet-Dagh^ qui forme la limite septentrionale de la Perse, et dont les sommets atteignent des hauteurs variant de 500 à 1.800 mètres. La voie court à quelques verstes du pied des montagnes persanes.
Le voisinage de ces montagnes est à la fois un avantage et un danger pour le chemin de fer : les torrents qui en descendent procurent de Teau ; mais, surviennent de grandes pluies, ils se gonflent au point de former de véritables cataractes qui détruisent tout sur leur passage, comme je devais l'apprendre bientôt à mes dépens. En été, ces torrents tarissent complètement.
Pour remédier à la disette d'eau, on se servit, au début, de Teau de mer distillée. Plus tard on essaya, mais sans succès, de creuser des puits artésiens. Depuis lors, on n'a rien trouvé de mieux que d'utiliser le chemin de fer même pour transporter de l'eau douce renfermée dans d*énormes cuves qu'on hisse sur des trucs.
Vers le milieu du jour, on s'arrêta pour dîner à Âskhabad, oii se trouve le meilleur bufiet de toute la ligne. La salle cstr ornée d'un grand portrait du général Komaroff, gouverneur de la Transcaspiennc, dont Askhabad est la capitale. Cette ville, tout à fait russifiée, a un aspect beaucoup plus florissant que
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Merv : elle a une population de six mille âmes^ non compris la garnison qui s'élève au chiffre imposant le quatre raille hommes cantonnés dans d'immenses casernes.
Askhabad est le quartier général des forces russes de la Transcaspie, placées sous le commandement du général Eomaroff. Comme on peut s'y attendre, cette ville militaire a complètement perdu sa physionomie asiatique : les rues y sont encombrées de soldats. Après les Russes, ce sont les Arméniens qui forment le principal élément de la population : ce peuple entreprenant a accaparé le commerce de l'endroit.
Askhabad doit une importance stratégique particulière à une route militaire dont elle est le point de départ : cette route, construite par les Russes, franchit par une gorge d'un accès facile la chaîne du Kopet-Dagh, et pénètre dans le Khorassan par Méched, la ville sainte de la Perse. Rien ne serait plus aisé que de substituer à cette route une voie ferrée qui mènerait directement à Hérat. La gorge du Kopet-Dagh est une des trois routes militaires de l'Afghanistan convoitées par la Russie.
En remontant dans le train, je trouvai mon wagon envahi par une foule de soldats à moitié ivres, qui allaient passer leur congé en Russie. C'était une fort désagréable compagnie, et je me résignai en pensant que le lendemain j'arriverais au terme de cet interminable voyage. Mais un incident me servit à souhait.
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Un de ces soldats, qui mangeait un melon d'eau, me souilla les vêtements : je le repoussai un peu vivement, et dans son ivresse il tomba comme une masse inerte. Comme je priais le conducteur d'expulser cet homme, il concilia tout en m'installantdans le wagon voisin.
Arrêt d'une heure à Ghéok-Tépé. J'en profitai pour voir la fameuse citadelle qu'un soleil d'enfer m'avait empêché de visiter un mois avant. Cette citadelle, située à cinquante mètres de la gare, est faite de simples murs de terre qui purent résister, en 1879, à l'attaque du général Lomakine. Deux ans plus tard, Skobeleff ne put y entrer qu'après un siège de trois semaines.
On m'a conté à ce sujet que rien n'eût été plus facile que de réduire les assiégés par la soif en détournant l'arik qui alimentait la place : le moyen fut même suggéré à Skobeleflf par un de ses ingénieurs; mais le jeune et fougueux général, qui tenait à sa réputation de héros, dédaigna le conseil et s'obstina à vouloir prendre la place d'assaut pour mieux frapper l'esprit des indigènes.
Le grand talent de Skobeleff, en cette occurence, comme dit avec raison M. le comte de Cholet, fut de faire croire à la difficulté du succès qu'il était sûr de remporter*.
Dans l'enceinte de la forteresse s'étaient réfugiés