‹ Du champ de bataille à la TrappeChapitre 32 sur 44 · CHAPITRE SVÏI · texte numérisé non relu

CHAPITRE SVÏI

COMMENT SON AMOUR FOUH MARIE ET SON ZÈLE Ï'OLR SA GLOIRE AMÈNENT LE FRERE GABRIEL A FAIRE Œl \ I',;; LITTÉRAIRE.

Ces travaux incessants, tous ces matériaux qui viennent s'accumuler, jour par jour, dans l'âme et sur les registres du saint frère de Chambarand, vont aboutir à une conclusion, qui eût dans les premiers temps vivement surpris ce dernier et contre laquelle il n'eût pas manqué de protester avec une énergique conviction : ils vont l'amener à composer une œuvre littéraire. Oui, lui, le pauvre frère convers, qui est venu s'enfouir dans le tombeau anticipé de sa personnalité humaine, qui n'a plus voulu avoir de relations avec aucun des êtres humains, quia eu la prétention d'oublier ses semblables et d'être oublié d'eux, le voici qui en est arrivé à composer un ouvrage, un livre, c'est-àdire ces pages qui peuvent être livrées à la publicité, l'arracher de son oubli désiré, voulu, rétablir enfin entre lui et les hommes des rapports définitivement et officiellement rompus. C'est que la grâce d'en haut l'a amené à comprendre d'une manière plus vraie la vie monastique, c'est qu'elle lui a fait sentir que lui, le serviteur du Père

céleste, l'enfant de Marie, n'a pas le droit de ne s'occuper égoïsîement que de soi-même; elle lui murmure à l'oreille qu'en dehors des murailles de son monastère, il y a des âmes qui meurent de faim et que lui, le riche des trésors du ciel, a l'obligation de venir au secours de leur misère et de leur faire part de son abondance. Le moine peut et doit se séparer des hommes pour les intérêts et les affections de la terre ; il ne lui est pas permis de se désintéresser de leurs âmes, de ne pas offrir pour leur salut les ardeurs de sa prière, les efforts de son intelligence, les mortifications de son corps, tout aussi bien le trappiste dans son chantier silencieux, que le chartreux dans sa solitude, que la carmélite au fond de sa cellule. Quelle âme plus apostolique que celle de sainte Thérèse? et quels centres plus féconds en influences et en préservations sociales que ces monastères aux aspects sombres, aux murailles silencieuses ? C'est encore ici Marie qui va donner à son fils de prédilection ces leçons de spiritualité et lui montrer par ses douces influences la voie qu'il a à suivre. Travailler pour la gloire et l'amour de sa bonne Mère du ciel est depuis sa conversion la pensée prédominante et comme l'essence de la vie spirituelle du frère Gabriel. Cette pensée, nous la retrouvons à toutes les pages des recueils que nous venons d'analyser ; comme conséquence

naturelle doit surgir dans son âme le désir d'utiliser à la gloire de la Dame de son cœur les travaux qu'il a faits et les richesses qu'il a accumulées et puis d'augmenter cette même gloire en associant les cœurs humains à son hommage personnel et en faisant participer les âmes de ses frères aux lumières et aux ardeurs de la sienne.

Telle est la genèse de son Mois de Marie, œuvre à laquelle il travaille avec constance et amour pendant bien des années de sa vie monastique, et à laquelle il consacre toutes les lumières de son intelligence, toutes les ardeurs de son cœur et toutes les poésies de son imagination. Evidemment il sort ici du cadre où nous l'avons étudié jusqu'ici et le voici en plein dans son rôle d'apôtre de Marie.

Le défaut d'habitude et de savoir-faire professionnel pour la composition et l'agencement d'un ouvrage à présenter au public, certaines expressions qui sont trop du cloître pour être comprises du inonde ont empêché la publication de l'œuvre du frère Gabriel. Pourtant, à notre avis, parmi les innombrables ouvrages qui ont vu le jour sous le même titre, il en est peu qui soient si travaillés, si documentés, si sûrs au point de vue théologique, si enflammés de piété et surtout si personnels. Oui c'est bien le frère Gabriel, le petit,

l'humble qui s'abîme et disparait dans son néant pour chanter les grandeurs de sa Reine, c'est bien le vaillant qui répand partout les ardeurs pour les luttes et les victoires. On trouve parfois des pages d'une saisissante éloquence et d'une indicible poésie.

Comme elle est humble, cette préface du pauvre hère, tout étourdi en présence de son entreprise, se dissimulant derrière les autres qui lui ont fourni les éléments de son travail et rapportant toute gloire à Marie :

Les perles qui sont semées à profusion et à pleines mains dans ce livre ont élé tirées de savants, doctes, pieux et grands serviteurs de Marie. L'auteur ne réclamelapaternité que de ce qui lui appartient en propre, c'est-à-dire des choses incorrectes ou mal dites qui s'y trouvent.

Beaucoup de livres ayant pour titre : Mois de Marie ont déjà paru ; tous sont pleins d'une tendre et filiale dévotion pour la très sainte Mère de 'Dieu. Aussi, loin de moi la présomption de venir aujourd'hui les critiquer ou même d'en égaler le mérite. Oh ! non, certes non, je n'ai ni cette prétention, ni cette témérité ; mais, enfant gâté de Marie, je veux, moi aussi, essayer de payer un faible tribut de respect, d'honneur, de louanges, d'hommage, de reconnaissance et d'amour à ma très glorieuse Dame, Reine, Souveraine et Maîtresse dans le temps et dans l'éternité : Marie, Marie Immaculée.

L'œuvre du frère Gabriel, comme tous les « Mois de Marie », est divisée en trente et un chapitres se rapportant aux jours correspondants du mois de mai : chacun d'eux comprend une méditation

solide, pieuse, vivante sur quelqu'un des privilèges, des vertus ou des actions delà sainte Vierge. un exemple proposé à l'imitation, une prière ar dente et une résolution pratique. Citons quelques pages prises au hasard dans ce recueil.

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