L'ANGÉLUS
Angélus ! gracieuse et charmante prière, que ie t'aime I que de bien tu me fais au cœur ! que de choses douces et saintes tu raocntes !
C'est au moment où tout s'éveille : l'aurore dans le ciel la lumière sur les grandes vagues de l'Océan, sur les montagnes, sur les plaines, sur les lorèts; c'est au moment où les oiseaux secouent leurs ailes sous la ieuilléeet où ils commencent leurs concerts, où la rosée scintille en gouttes d'argent, où les fleurs reprennent leur éclat et répandent leurs parlums ; c'est alors que la cloche s'éveille aussi dans le vieux clocher et aue tinte l'angélus. C'est à la Mère du Sauveur et à notre Mère que s'élèvent nos cœurs, à celle à qui Jésus nous a confiés, qui a veillé sur nous pendant la nuit et qui nous gardera pendant le jour. Charmante pensée qu'a eue l'Eglise en nous faisant ainsi offrir à notre réveil le premier salut à Marie : Ave Maria.
Maintenant au haut du firmament, l'azur semble enflammé, le soleil darde ses rayons brûlants sur la terre. Les oiseaux, cachés dans les halliers, se taisent. C'est l'heure de midi ; c'est aussi l'heure du silence, interrompu seulement par le chant monotone des cigales. C'est alors que l'angélus fait entendre son doux son.
Mais voici le déclin du jour. Ce n'est pas encore le grand silence ; c'est l'apaisement des mille bruits du jour. Les brebis bêlent en revenant à l'étable, les bœufs mugissent,
Z Ou DEUXIEME PARTIE
les chariots chargés de foin grincent sur leurs essieux dans les sentiers rocailleux, quelques oiseaux encore chantent leur prière de la fin du jour. Puis la nature revêt son aspect mélancolique. Le soleil, rouge comme un brasier, descend et disparait derrière les montagnes, les nuages se pourprent de ses derniers reflets. La fraîcheur revient. C'est le soir, l'avant-coureur du repos, l'annonce de la nuit, cette grande halte au milieu des travaux, l'image de la fin de la vie. Alors l'angélus retentit dans les airs : Ave Maria.
Mais c'est surtout dans les exemples qui suivent les méditations et qu'il va emprunter aux vies des serviteurs de Marie, surtout des personnages contemporains, que le frère Gabriel lait une œuvre qui lui est bien personnelle. Quelle galerie vivante que celle qui comprend, à la suite du chantre de Marie, du grand saint Bernard, le saint curé d'Ars, Garcia Moréno, l'indomptable défenseur des droits de Dieu, le cardinal Pie, l'adversaire irréductible de l'erreur, le général de Sonis, ce Bavard moderne qui « ne connut jamais que la ligne droite », etc. Avec quelle émotion, il redit la conversion du capitaine Marceau et les transformations merveilleuses de l'incrédule et ambitieux officier en un héroïque et humble serviteur de Marie. Ecoutez-le redire une scène de la vie de Marceau, qu'il semble avoir vécue lui-même.
Pendant ses excursions en Océanic, sur l'Arche d'alliance, Marceau aborde dans une ville et tait de justes remontrances à l'agent consulaire qui avait manqué à ses obligations.
Celui-ci. après s'être répandu en invectives et en injures grossières contre Marceau, irrité de son calme, bondit sur lui et lui donne un soufflet ! — Les yeux de Marceau lancent alors des éclairs comme ceux d'une panthère blessée : il sent tout son sang refluer à son cœur, puis bouillonner dans ses tempes ; il se campe, il va bondir, mais non ! c'est là l'ancien Marceau, le Marceau converti ferme les yeux, et souriant dit : «Frère, je te pardonne », et il lui tend la main !
Ce manuscrit où le serviteur avait mis toute son intelligence et tout son cœur, se termine par cette note ajoutée au bas de la page :
Au matin de la Résurrection, Marie-Madeleine, cherchant Jésus au iardin du sépulcre, Ait un homme qu'elle prit pour le jardinier et qui lui dit :« Femme, qu'avez-vous à pleurer? que cherchez-vous ? » Et elle, tout en larmes, de lui répondre : c Si c'est vous qui l'avez enlevé, dites-moi où vous l'avez mis et ie l'emporterai. »Et aussitôt Jésus se faisant connaître, lui dit : « Marie ! » Et, se prosternant à ses pieds : « Maître ! » s'écria-t-elle. D'autres ont pu commenter ces mots : mon cœur ne le peut pas ; il s'est gonflé, mes yeux se mouillent ; mes lèvres se ferment. Mais j'ai souvent pensé, en lisant cette adorable page de l'Evangile, qu'au lit d'agonie de ses enfants, notre bonne Mère du ciel se faisait aussi connaître et que le nom du mourant murmuré par sa voix mélodieuse et que cet autre nom : Mère ! balbutié par la bouche expirante, c'était la grâce suprême et que le ciel tout entier tenait dans ces deux mots.
Après avoir dit ce qui se produira quelques années plus tard, à la fin de son exil terrestre, le Irère Gabriel dépose la plume ; et, sans concevoir aucune vanité humaine, ni aucune préoccupation du sort destiné à ces pages, il va déposer
aux pieds de Marie ce manuscrit, où toutes les facultés de son être se sont concentrées pour dire son amour et sa reconnaissance à sa Mère, à sa Reine, la Vierge immaculée.