‹ Du champ de bataille à la TrappeChapitre 38 sur 44 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

COMMENT LE FRERE GABRIEL REPREND SA CORRESrONDA -CE AVEC SA FAMILLE, POUR ÉTENDRE JUSQU'A ELLE SUN BÉSÏ ET FÉCOND APOSTOLAT.

Au milieu de toutes ces âmes que son zèle brûle de faire participer à son amour et à sa confiance envers Marie et d'amener par Marie à Jésus, il est un groupe restreint qui lui est particulièrement cher et dont il sent bien qu'il n'a pas le droit de se désintéresser dans les efforts de son apostolat : c'est sa famille. Nous avons pu mesurer la véhémence de l'affection naturelle qu'il ressent dans son cœur pour sa sainte et héroïque mère, pour sa bien-aimée sœur Marie, pour son aimable tante la Mère Gabrielle, par la grandeur même des sacrifices qu'il a imposés à lui et aux siens pour se dépouiller de toutes les attaches terrestres. Non content d'avoir renoncé, d'une manière irrévocable pour elles et pour lui, à la consolation de se revoir sur cette terre, nous l'avons vu restreindre progressivement et enfin supprimer totalement ces lettres dont la lecture leur causait à tous de si douces joies. Ces joies, il a voulu s'en priver, et pourtant elles étaient bien pures et bien surnaturelles, témoin ce passage que nous relevons dans

sa lettre du 1er février lu~5 et qui donne le programme de la correspondance encore tolérée :

... Habituez-vous, chères âmes, à ne m'aimer qu'en Jésus- Christ. Dans nos lettres, il ne sera jamais question entre nous des choses de la terre. Faisons en sorte de vivre d'une autre vie. Aimez-moi toujours bien, pauvres chers bons cœurs...

Kous avons déjà dit comment, à la' fin de la

période de ses combats contre la nature, la sainte Vierge, récompensant la générosité de son serviteur, avait ouvert devant lui des perspectives nouvelles de vie surnaturelle et lui avait confié une mission d'apostolat à exercer sur les âmes. a ces lumières, il a vu qu'à sa première formule : ne parler qu'à Dieu, il peut et doit ajouter: ou ne parler que de Dieu. Pour ces saintes âmes qu'il aime, il a des trésors dont il ne lui est pas permis de les priver: elles sont bien pieuses, il veut les entraîner à sa suite sur les cimes ; elles aiment bien la sainte Vierge, il a la prétention d'allumer dans leurs cœurs cet incendie d'amour qui dévore le sien pour Marie Immaculée.

Dès lors il comprend que les sacrifices absolus qu'il s'est imposés, depuis qu'ils ont produit dans son âme leurs effets de dépouillement et de surnaturalisation, n'ont pas leur raison d'être et ne sont plus voulus de Dieu. Sur les conseils et les indications du Père Vbbé, il reprend peu à peu ses

relations épistolaires avec les siens ; d'abord ce sont des réponses que le Révérend Père le charge de faire aux siens sous différents prétextes, et ces prétextes, les siens sont pleins d'industries pour les multiplier. Puis les lettres deviennent plus régulières, plus familières, plus vécues ; le bon frère en vient même à se plaindre du retard des réponses de ses correspondantes.

Ce serait un délicieux recueil que celui de toutes ces pages, en tête desquelles se voit toujours le signe M -j- * avec l'exergue : Omnia per Mariam, et dans lesquelles il va chercher au lointain charmant des jeunes années ces âmes aimées, pour les élever là où il est, c'est-à-dire au-dessus de la terre, aux pieds de sa Mère du ciel. Il y a des passages délicieux de naturel et de simplicité ; il y a des envolées superbes d'éloquence et d'émotion ; de partout il s'échappe des effluves d'amour peur Marie et pour les âmes. En parcourant les liasses considérables de ces lettres qui ont été lues, relues, communiquées, copiées, gardées comme des reliques par les solitaires d'Espirat et de Billom, on se trouve arrêté par la difficulté du choix à faire ; tout serait à citer. Nous devons nous borner à prendre au hasard dans les collections quelquesunes de ces lettres où l'âme du saint frère se peint

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