LES EGLISES SONT TROP PETITES
Un fait partout signalé et qui démontre bien l'intensité de la vie religieuse au front, c'est l'empressement avec lequel les soldats assistent aux cérémonies religieuses. Ils n'en ont jamais assez. Ils sont tristes quand ils en sont privés. Les églises sont trop petites pour contenir nos hommes! Telle est la plainte consolante, joyeuse, qui revient dans un grand nombre de lettres de prêtres au feu.
M. l'abbé Ballu écrit à M-1 l'évêque d'Angers (n octobre iqi4) '-
« Les pauvres petites églises de Champagne se trouvent trop petites pour contenir les nombreux soldats qui viennent à nos réunions. Nous avons confessé beaucoup, M. l'abbé Pineau et moi, ces jours -ci, et nous avons donné de nombreuses communions... C'est une consolation sans égale pour ces braves chrétiens de pouvoir se confesser. »
De M. Mathieu, directeur du grand séminaire de Bayonne :
«... La veille, on avait demandé qui voulait assister à la messe, et pas un homme n'a refusé. .Malheureusement, ï église du village était deux fois trop petite et la moitié des soldats a dû rester à la porte. Vous ne sauriez croire la dévotion qui règne au e. Plusieurs soldats portent ostensiblement des médailles ou des Sacrés- Goeurs. Nos prêtres -soldats reçoivent beaucoup de confessions... C'est qu'il n'y a rien qui donne le sentiment de la dépendance qui nous relie à Dieu comme un séjour de vingt -quatre heures dans les tranchées, a
Du même, dans une autre lettre :
« Le c est un régiment où la religion est pratiquée sans aucun respect humain. La présence des prêtres n'est pas étrangère à cette recrudescence de foi. Je sais des hommes qui récitent leur chapelet dans les tranchées. La plupart portent ostensiblement des médailles... L'un d'eux, qui ne brillait pas par sa piété, s'est transformé en un sérieux chrétien. Le dimanche, quand il ne peut assister à la messe, il récite son chapelet. Que voulez-vous? La libre pensée diminue en raison directe de la proximité du feu. »
Des prêtres et des religieux écrivent qu'à
certains jours leur régiment montre tant de piété et que les cérémonies y sont si édifiantes, qu'ils se croient reportés au temps de leur séminaire ou de leur noviciat. L'un d'eux note ainsi ses impressions l :
« J'ai été le témoin édifié de la religion, et je dois dire même de la piété de ces bons camarades. Tous les matins, à ma messe, j'avais une assistance nombreuse et, chaque fois, des communions d'officiers et de soldats. Quelques-uns ne voulaient jamais remonter aux tranchées sans venir chercher à la sainte Table le courage dont ils avaient besoin.
« Tous les soirs, nous faisions des réunions à l'église, présidées tantôt par les aumôniers, tantôt par nous, les prêtres- soldats. Je puis dire, sans craindre d'exagérer, que la vaste église était toujours trop étroite pour contenir la foule composée uniquement de soldais. Nous étions obligés de les tasser les uns contre les autres, et toujours un certain nombre restait en dehors, essayant, malgré tout, d'entendre le chant et les paroles du prédicateur et, au moment de la bénédiction du saint Sacrement, se découvrant et même se mettant à genoux par terre. Le jour de Pâques, le régiment
1 Semaine religieuse d'Agren, 4 septembre. 1914.
devant partir pour les tranchées vers 3 heures du matin, l'aumônier organisa, de concert avec moi, une messe nocturne à i heure. Quelle touchante messe ! Une vraie cérémonie de séminaire. Les bancs de l'église étaient entièrement occupés par les soldats qui avaient dû écourter leur sommeil pour accomplir leur devoir pascal. Tous firent la sainte communion. Je dois dire que nous avions eu autant de communiants le jour du Jeudi saint. »
« C'est ici. nous dit l'abbé Aidai, vicaire à Saint-Jude (diocèse de Montpellier), brancardier, la grande fraternité, c'est le retour au bon Dieu, c'est la piété qui se manifeste partout. Tous les soirs, nombreux: sont les soldats qui assistent à la prière en commun, et, le dimanche, les églises sont trop petites pour les contenir. »
D'un artilleur du camp retranché de Verdun à sa sœur, le 1 6 août 1910 :
« Hier, fête de l'Assomption, j'ai pu assister à la messe dite à la chapelle de notre cantonnement. Elle était trop petite, notre chapelle, et beaucoup ont dû rester dehors. J'y ai bien prié pour vous tous... Que de soldats, chaque soir, au salut ! Notre bonne Mère à tous nous récompensera certainement. »
M. le curé d'Hangest-en-Santerre écrit dans
le Dimanche, d'Amiens, le Ier juillet 191 5 :
u Église comble le dimanche à la messe, église devenue vraiment trop petite : des soldats jusque dans les chapelles latérales et debout dans les allées. Église comble également, le mardi 17 novembre, à un service funèbre solennel célébré pour les soldats du e tombés en si grand nombre à la dernière attaque d'Andechy ; les officiers en tèle, et les soldats, tous dans une attitude sérieuse et recueillie. Et/lise comble au point qu'il fallut absolument renoncer à faire la quête d'usage : impossible de passer. Comme s'ils avaient prévu cela, les soldats avaient donné généreusement à la quête du dimanche. »
La vie chrétienne n'est pas moins fervente à bord. Parmi les officiers surtout, on trouve des chrétiens d'une piété et d'une ferveur incroyables.
M. L. B.... aumônier du diocèse de Quimper, écrit, le 3 octobre 191^ :
« A bord du V..., tout va bien. Les Bretons forment les deux tiers de l'équipage. Ils sont enchantés d'avoir à bord un prêtre des leurs qui puisse les confesser en breton.
« Aux: messes du dimanche, nous prions pour
les vivants et pour les morts, tout comme en
Bretagne. L'amiral, son état- major et presque
tous les officiers assistent à la cérémonie. La
musique s'y fait entendre, comme dans la vieille marine. Quelle que soit l'heure, plusieurs membres de l'équipage communient avec leurs officiers y dont quelques-uns sont de véritables apôtres. »
« Mon église est vide ! Comment attirer les indifférents ? » Que de fois . hélas ! dans des retraites ecclésiastiques, j'ai entendu des prêtres me dire ces mots, les larmes aux yeux! Dieu lui-même a répondu à cette plainte depuis un an. Il a sonné les cloches de la guerre, et, dans les paroisses en bordure du front, les curés répètent : « Mon église est trop petite. »
Puisse cette seconde plainte, si douce, se répercuter bientôt à travers le pays! Soldats, cola dépend de vous. Quand vous rentrerez au pays avec la croix de guerre, avec vos cicatrices, avec vos glorieuses béquilles, manchots, boiteux, invalides, auréolés de victoire, vous irez. dans la vieille église de votre baptême, chauter le Credo avec le Te Deum. La gloire y rentrera avec vous, et tout le village suivra.
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