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COMMUNIONS FERVENTES ET FRÉQUENTES

Ce n'est pas seulement le nombre des communions qui doit nous réjouir, c'est leur qualité. Elles valent par le désir qu'en témoignent nos soldats, par les sacrifices qu'ils s'imposent pour pouvoir s'approcher de la sainte Table, par la piété et la ferveur qui éclatent dans leur attitude.

M. le curé d'Hangest-en-Santerre, qui a vu passer beaucoup de troupes dans sa paroisse, écrit :

« N'ayant plus, à Arvillers, d'église à leur usage, des soldats n'hésitent pas à l'aire les trois kilomètres qui nous séparent de ce pays si éprouvé pour venir assister à la messe, même en semaine, se confesser et communier. Plus d'un d'entre eux m'a dit que c'était leur meilleur réconfort quand, après huit jours de tranchées, ils ont quatre jours de repos, de venir,

dès les 6 heures du matin, pour assister à une messe1. »

<( Le ij août, écrit un prêtre-soldat, il y eut de nombreuses communions, malgré les nécessités du service; et je connais des soldats qui, pour pouvoir communier, sont restés à jeun jusqu'à des heures très tardives et après avoir fait des exercices très pénibles. »

L'abbé Desaime, curé de Lanfroicourt , diocèse de Nancy, arrêté par les Allemands le il septembre i9i4 et relâché le 20 décembre, revient dans sa paroisse et, accompagné d'un capitaine français, va vite à son église où il a laissé une petite hostie que l'arrivée de l'ennemi l'a empêché de consommer. Il s'apprête à remplir ce devoir lorsque le capitaine le supplie de n'en rien faire : « Nous ne pouvons avoir demain de messe de minuit dans cette église, où l'ennemi verrait la lumière. Si vous le permettez, monsieur le curé, je vous amènerai un prêtre-soldat ; vous lui remettrez la sainte hostie, et il la portera dans une chambre restée libre de mon habitation. J'ai avec moi un ami très fervent. Nous adorerons le saint Sacrement dans la soirée de NoëL Le prêtre-soldat nous la partagera entre nous trois et nous communierons. »

1 Le Dimanche, semaine religieuse d'Amiens, 1er juillet 1915.

M. le curé, tout heureux de favoriser une telle piété, déposa la petite hostie dans un blanc corporal et la remit au prêtre, qui, la plaçant sous sa tunique, la porta respectueusement dans la demeure du bon capitaine.

Avec sa fière allure de soldat, son regard brillant, sa mâle attitude qui électrisait ses hommes, son intelligence, le commandant de Lagasnerie marchait à grands pas dans la voie des honneurs, quand il est tombé frappé d'une balle au front. Mais le bel officier était doublé d'un grand et fervent chrétien. C'était dans sa tranchée, sur un autel préparé de ses mains, que l'aumônier offrait souvent la messe, et son bonheur était de la servir et d'y communier. Intelligence, héroïsme, bonté, avec la foi eucharistique brochant sur le tout, voilà l'officier catholique de la grande guerre.

La piété n'éteint pas la gaieté, même sous les obus. Un soldat, nouvellement décoré de la Légion d'honneur, écrit :

« J'ai l'insigne chance d'avoir un chef qui est le type accompli du chef vigoureux et du père clément. C'est de plus un lettré et un croyant. ATous communions ensemble, aux grands jours. Nous n'avons pas encore manqué la messe dominicale. Quant à moi personnellement, je dis tous les soirs, avant de me cou-

cher, mon chapelet : j'appelle ça ■ — irrespectueusement — paver ma prime d'assurance sur la vie. Au restant, je suis gai, je ris, je chante, je fume, je joue à la manille, je chevauche... ))

Mais il y a mieux. Beaucoup de soldats sont adonnés à la communion quotidienne, quand elle leur est possible. In prêtre -soldat écrit à son évèque, M-'1' de ïarentaise :

u Beaucoup se confessent tous les huit jours et font la communion quotidienne. Quelle agréable surprise pour un vicaire d'... de donner la communion à tant d'hommes ! Comme nous sommes au repos dans un bourg intact , la sainte messe est célébrée solennellement chaque dimanche à l'église ou en plein air. À chaque messe, l'église est trop petite ou le pré à peine trop grand. Puis. — détail significatif, — ces gaillards ne craignent pas d'agrafer au képi, à la capote, au tricot, le drapeau du Sacré-Cœur ou la médaille de la Vierge. Chaque soir, à 6 h. et demie, nous nous réunissons pour la prière, le chapelet, le salut. Aucun des assistants ne trouve le programme trop chargé, et vous auriez

grande joie à les entendre chanter leurs cantiques populaires. »

Lue âme profondément eucharistique est celle du sergent-fourrier Maurice Salé, Angevin. Avant la guerre, c'est un fervent de la communion hebdomadaire. Au front, il se met à la communion quotidienne. Il parle sans cesse dans ses lettres du bonheur qu'il éprouve à recevoir Notre- Seigneur. Il écrit* le 2 septembre 1 9 14 •

« Dimanche, j'ai eu le bonheur de faire la sainte communion, en compagnie d'un bon nombre de camarades et d'officiers. Le lendemain, nouvelle messe que j'ai eu l'honneur de servir, et j'y renouvelai la sainte communion. Qu'il est doux de se retrouver à la Table sainte pour y puiser la foi nécessaire, afin de supporter avec courage les souffrances et pour attendre froidement l'heure où il faudra paraître devant le Maître î »

On peut dire que la mort de ce vaillant chrétien a été, comme sa vie, toute embaumée d'Eucharistie. Il a été frappé d'un obus à Ypres, en sortant de la messe où il venait de communier. 11 avait encore sur la lèvre le goût du pain très suave et le Christ dans son cœur1.

1 M. l'abbé Rutard, de Tours, a consacré une image mortuaire de quatre pages à ce vaillant soldat.

Le commandant Jubault , tué au feu le 10 mars 1910, communie tous les jours. En apprenant sa mort, un prêtre s'écrie : u II y a un saint de plus au paradis1. »

Un simple soldat écrit à sa femme :

a On m'a donné la permission de communier chaque fois que j'irai à la messe, et je suis à même d'y aller tous les jours. Quelle joie! »

Le sergent Elie Delort est aussi adonné à la communion quotidienne. La Croix a cité de lui des lettres touchantes. Il a deux pensées qui le soutiennent, celle du Sauveur qu'il reçoit chaque matin et celle de ses deux petits enfants ; le second qu'il ne verra jamais vient de naître. Une de ses dernières lettres contient ces mots : 0 Une caresse à mes petits anges. »

André Lerolle, fds du grand Lerolle, l'ancien député de Paris, et frère de Jean Lerolle. le député actuel, aurait pu, comme père de huit enfants, ne pas partir ; mais il veut aller au front par amour pour la France et par charité. a J'ai pu en partant, écrivait-il, laisser au dépôt un soldat chargé de famille et dont la mort aurait laissé les siens sans ressource. » 11 a reçu le prénom très rare de Tharcisius, le martyr de

1 Lettre de M. l'abbé Douarec à M3r l'évëque de Saint- Brieuc, 25 mars 1915.

l'Eucharistie; il s'en montre digne par la communion quotidienne. Blessé le 5 octobre iqi'i. il est fait prisonnier et meurt dans une aflibu lance à Cologne. On a trouvé ces mois dans sou testament : t Que mes enfants chéris conlinuent à aimer jNoIre-Seigneur Jésus-Christ comme ils l'aiment. Qu'ils ne perdent pas l'habitude de la communion fréquente; qu'au contraire ils communient tous les jours, s'ils le peuvent. »

Un jeune soldat du diocèse d'Àuttm, qui doit tomber le a4 niai prés de Notre-Dame de Lorelte, communie tous les jours. Il écrit à sa fiancée :

« En ce moment je suis à l'arrière et nous allons avoir mii peu de repos. J'en profile pour faire la sainte communion Ions les jours et pour assisler chaque soir à la prière et au salut. Je ne suis vraiment heureux que lorsque j'ai le bonheur de communier le matin et de recevoir des nouvelles de ceux qui me tiennent si fort

au cœur. Approche- toi, ma chère R chaque

malin de la sainte Table. C'est dans la communion cpie l'Ame puise sa force et que nos défauts disparaissent. »

La communion, c'est le pain des forts , c'est la moelle des lions. Elle inspire à nos hommes le mépris de la mort, parfois même le désir de

la mort pour Dieu et pour la patrie. Autour d'elle, dans son rayonnement, on se sent en plein infini, infini de la foi, infini des divines espérances, infini de l'amour et du sacrifice. Les ailes de l'héroïsme sedéployent, et voyez comme leur vol est ample et leur rythme entraînant.

o Nous étions un millier d'hommes chantant le Credo. C'était magnifique, sublime... Tous nous avons fait la communion, le cœur à Dieu et à la patrie. Comme orgue, le bruit du canon et de la fusillade. Maintenant à la grâce de Dieu. Si la mort nous surprend, nous tomberons en bons chrétiens et en bons Français. Munis de la force de ce malin , rien ne nous arrêtera. »

Ils vont nous dire eux-mêmes l'énergie virile, et les consolations qu'ils puisent dans le repas divin.

Le sergent Georges Burguet vient de communier à Noël, à la messe de minuit. Il raconte à sa famille la joie qu'il a éprouvée :

« Comme l'Ame s'élève! écrit-il. Comme, dans ces instanls suprêmes, en face du danger, on se rapproche de Dieu! Comme on puise, dans ce conctact divin, la force et le courage ! Comme on se sent prêt à tous les sacrifices pour la patrie que l'on aime plus fort encore ! »

Le 18 février 1910, après s'être battu comme un lion, il meurt aux Eparges.

Victor Soboul, président de la Jeunesse catholique du Gard, est tombé glorieusement à Ypres, le 26 avril 191 5. k la déclaration de la guerre, il s'écrie : « Je pars avec l'amour de Dieu dans mon cœur et le regard fixé sur la France. » Il puise un entrain superbe dans la communion fréquente.

« J'ai pu fêter dignement Noël, écrit-il. J'ai eu le bonheur de recevoir dans mon cœur le Sauveur du monde. Que de larmes cette belle fête a fait couler de mes yeux! Quand je peux approcher de la sainte communion, mes peines sont moins dures, et je vole au secours de la patrie avec un véritable enthousiasme! »

Un collaborateur de la Croix écrit du front , le 6 juin 191 5 :

« C'est aujourd'hui la Fête-Dieu. Je ne pensais pas, dimanche dernier, quand j'étais en pleine bataille, la passer dans un tel calme, au milieu d'une nature si resplendissante de lumière et de paix... Ce matin, lever de bonne heure : je veux recevoir Dieu dans mon cœur. Il est la force, l'énergie, le courage. J'ai besoin de ces vertus. Je viens les lui demander humblement. Je vais à lui.

« Je crois en vous, ô Dieu d'amour et de

pardon, caché sous les voiles eucharistiques. J'accomplirai partout et toujours votre volonté. J'en prends rengagement solennel... Suis-je donc si près du Bois de la Mort? N'est-ce pas un rêve celte guerre terrible:1 Ici tout est à la paix , à la joie. »

Un autre consacre à son frère cette petite oraison funèbre :

« Mon frère, qui, dimanche dernier, communiait auprès de moi, a eu le lendemain la plus belle mort que puisse rêver un chrétien et un soldat. 11 a été frappe au front d'une balle. Pleurez-le comme je l'ai fait moi-même, car il avait grand cœur, mais remerciez Dieu de lui avoir accordé une mort pure comme un éclair et belle comme une victoire, au lendemain de la résurrection du Christ. Pour moi, je ferai mon devoir. Le jour où Dieu voudra me rappeler à lui, je suis prêt. »

Le 3o mars i9io, le sergent Félix Royère écrit à ses parents : « Quel bonheur ! Aujourd'hui j'ai pu faire mes Pâques. Comment voulez-vous ne pas avoir du courage quand on a Jésus dans son cœur!» » Quelques jours après, le lendemain de Pâques, ayant encore Jésus dans son cœur, il mourait au bois de Mortmare.

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