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LE CHEMIN FOUR MONTER AU CIEL

Je voudrais dire, dans les pages qui suivent, comment nos chers soldats vont du champ de bataille au ciel. Mais nous devons nous garder ici d'une illusion. Il n'y a pas deux chemins pour aller au paradis ; il n'y en a qu'un , le surnaturel. La mort pour la patrie, quelle que soit sa beauté morale naturelle, n'est pas une condition suffisante du salut; certaines dispositions religieuses et, avant tout, l'état de grâce, sont nécessaires. Elle ne justifie pas par ellemême , comme on l'a dit quelquefois ; elle n'est pas strictement assimilable au martyre d'où l'âme, rebaptisée en quelque sorte dans un bain de sang, s'élève de plein vol vers le ciel. Je vous tromperais, chers lecteurs, si je cherchais à vous consoler par cette pensée1.

Mais la mort pour la patrie est cependant un

1 Je reviendrai plus loin sur cette question, en m'appuyant sur l'autorité du cardinal Billot et du R. P. Rosa dans la Civilta cattolica. (V. chap. xxv).

acte héroïque ; elle détache l'âme des choses terrestres, dont l'amour est généralement le grand obstacle à l'action divine, elle la prépare ainsi à de plus sublimes envolées vers le Créateur. C'est l'accomplissement d'un devoir de la loi naturelle, car Dieu nous demande incontestablement de nous dévouer pour notre pays, même au péril de nos jours; par conséquent, c'est un sacrifice qui touche son cœur, qui attire sa bénédiction et qu'il lui est facile et doux de surnaturaliser par sa grâce. Il ne refuse jamais cette grâce à nos humbles efforts; à plus forte raison la répand -il avec abondance sur ceux qui se vainquent eux-mêmes par esprit de devoir dans un magnifique élan d'abnégation. Ce n'est donc pas par un acte purement humain, purement patriotique, si noble soit-il, c'est par l'absolution sacramentelle, c'est par la communion ou, à leur défaut, par la prière, la contrition parfaite, l'acceptation généreuse de la volonté divine, en un mot, c'est sur les ailes du repentir et de l'amour, au souffle victorieux de la grâce, que l'on monte du champ de bataille au ciel.

C'est précisément ce chemin de lumière que nos vaillants soldats ont choisi. Et Dieu luimême les y introduit et les y soutient. Ils sont magnifiques dans leur dévouement, mais

il l'est plus encore dans sa miséricorde. Un veut de Pentecôte souffle sur les tranchées avec les rafales de feu ; les ailes s'ouvrent toutes grandes, et les âmes empourprées du sang du Christ montent vers Dieu.

Que la France célèbre le patriotisme de ses enfants, que la postérité jette des lis à pleines mains sur leurs tombes, rien n'est plus juste : manibus date lilia plenis. Ce sera une douceur et une fierté pour leurs familles, mais ce n'est pas assez. La vraie consolation, là seule qui soit un baume pour les cœurs meurtris dans leurs intimes profondeurs, c'est la pensée du bonheur de l'absent. Le baiser de la gloire, c'est bien, il l'a mérité; mais ce qui est mieux, c'est qu'il soit mort dans le baiser du Seigneur : in osculo Do mini.

Elles sont innombrables les familles chrétiennes qui possèdent, dans des lettres écrites par un de leurs membres, la preuve des sentiments chrétiens qui l'ont animé au cours de la guerre ou à ses derniers moments. Il en est cependant qui ignorent dans quelles dispositions il est mort, et elles sont inquiètes. Mais qu'elles réfléchissent que nos prêtres, aumôniers ou soldats, ont confessé des milliers de combattants dont ils n'ont même jamais su les noms et que, d'après leur témoignage, comme nous le

verrons plus loin , bien rares sont ceux qui repoussent ou déclinent leur ministère1. Elles peuvent donc raisonnablement espérer que leur parent a été du nombre de ces heureux convertis.

Et même s'il n'a pu se confesser et si l'on ne possède aucun indice de son retour à Dieu , on ne doit pas désespérer de son salut éternel ni le croire damné. L'Eglise n'applique cet horrible nom à aucun de ses enfants, pas même à ceux qui n'ont donné aucun signe extérieur de religion en mourant; car elle sait, comme nous le dirons bientôt2, que Dieu livre de suprêmes assauts à l'âme coupable et fait feu de toutes ses grâces sur elle pour la vaincre. Elle prie et elle espère. Prions et espérons comme elle.

Pleurez donc, parents éprouvés, mais non pas comme ceux qui n'ont pas d'espérance. À travers vos larmes, voyez votre bien-aimé. S'il est encore en purgatoire, priez pour lui, et vous aurez la joie de hâter sa délivrance. S'il est au ciel, c'est lui qui prie pour vous. Il vous sourit, il vous bénit, il vous parle, et, si vous laites silence, vous entendrez sa douce voix. Il vous supplie d'accepter chrétiennement lépreuve de sa mort et de vivre de manière à aller un

1 Chapitres ix, xvm, xxvi.

* Chapitre xxx.

jour partager sa félicité. La plus grande marque d'amour que vous lui puissiez donner, c'est d'accepter généreusement votre sacrifice et d'aimer le Seigneur qu'il voit face à face. La plus grave offense que vous lui puissiez faire serait de murmurer à son occasion contre la Providence et de vivre loin de Dieu par le péché. ^ ous éloigner de Dieu serait vous éloigner et vous séparer de lui pour toujours.

Courage donc î Soyons dignes de nos chers morts. Debout sur les collines éternelles, le iront illuminé de l'aurore béatifique, ils agitent devant nos yeux les couronnes que Dieu nous destine et nous montrent, dans la vallée des tombes, le chemin qui conduit au ciel.

Ce chemin est celui du Calvaire. Il a été terriblement douloureux pour leur jeunesse. Mais comme ils ont été vaillants sous le poids de leur croix ! Vous les avez suivis , ô mères , comme Marie suivait son enfant. Vous avez frémi à voir la chair de votre fils broyée, crucifiée. Mais imitez la Mère des douleurs jusqu'au bout, jusqu'au Stabat. Debout, les mères! Et dites-vous que si votre Passion dure encore, celle de votre bien -aimé est passée et qu'il chante son Alléluia.

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