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ILS OFFRENT LEUR VIE POUR LA FRANCE

Si nos soldats pensent à leur famille en mourant, ils n'oublient pas non plus leur patrie. La plupart du temps une de leurs dernières paroles est celle de leur grand frère de Roncevaux : « Douce France! » où chacun met l'intonation particulière de son dévouement et de son amour.

Un pauvre soldat meurt dans un trou. Blotti contre lui, sans se soucier des obus qui pleuvent, un petit caporal écrit sous sa dictée une lettre à sa mère. A. la fin il lui dit : « Dis donc, mou vieux, comment ça s'appelle ton pays? »

La face pâlie du mourant se colore d'un flux de sang; une lueur indicible, un éclair de joie, passe dans ses yeux agrandis. Un instant, il paraît rêver, puis, doucement, pieusement, il murmure le nom de son village.

Son village, comme il l'aime, ce trésor de tous ses souvenirs et de tous ses amours ! Mais sa patrie , ah ! sa patrie , il la voit passer la

belle, la douce, la sainte, la bien-aimée, et, se raidissant dans un dernier effort, il veut lui adresser un dernier salut et dit au caporal : « Au bas de la paye, il faut aussi écrire en grosses lettres : Vive la France! »

Nous avons vu plus haut comment cette pensée les occupe du premier au dernier moment1. Mais alors elle s'épanouit en une généreuse prière ; beaucoup demandent pour la France deux grâces, la victoire et son retour à Dieu, et. pour les obtenir, ils offrent leur vie.

Ils disent à Dieu : « Seigneur, sauvez la terre de France. Cette terre que vous avez tant aimée, cette terre où tant d'églises portent votre nom jusqu'aux nues et où tant de cloches sonnent vos angélus et vos alléluias; cette terre que vous avez faite si belle et si enchanteresse, qu'ont foulée les pieds de milliers de saints et qu'ont sanctifiée vos pieds sacrés et ceux de votre Mère en des apparitions célèbres ; cette terre que Jeanne d'Arc appelait sainte et qu'elle voulait inviolable : elle est aujourd'hui ravagée par un cruel ennemi. Blessée, sanglante, haletante, elle crie vers vous. Délivrez-la. Seigneur, non seulement de l'invasion actuelle, mais de toutes les menaces futures. Pour cela, donnez-

1 Chapitre iv.

lui une victoire éclatante, qui assure son avenir, et, s'il le faut, prenez notre sang comme ran- ÇOU !

« Mais sauvez aussi l'âme de la France ! Celle âme que vous avez baptisée dans votre sang et avec qui vous avez conclu le pacte sacré de Reims; cette àmc que vous avez comblée de vos tendresses et honorée de glorieux privilèges ; cette âme que vous avez laite noble , chevaleresque, frémissante d'amour pour la juslice et frémissante de colère contre l'iniquité : l'esprit du mal a cherché à vous l'arracher, à la charger de chaînes, à la précipiter dans l'impiété. Faible et légère, elle vous a souvent oublié, mais elle vous crie aujourd'hui : Pitié! Parce, Domine, parce populo tuo ! Pardonnezlui, ô Christ, rendez-lui l'innocence de son baptême et la foi des anciens jours. Délivrez-la de la tyrannie du péché. Faites refleurir chez elle la sainte liberté des enfants de Dieu, pour que votre France, ô Christ, redevienne votre soldai, le porte-glaive de votre justice, le portedrapeau de votre honneur, le porte -flambeau de votre foi clans le monde; pour qu'elle puisse bientôt, dans ses cathédrales illuminées, vous chanter le Te Deum d'une double victoire, victoire sur les ennemis de son sol, victoire sur les ennemis de son âme ! Et pour cela , Sei-

— Tri —

gnèuf, et pour cela surtout, acceptez la rançon de notre sang ! »

La rançon du sang? Hélas! le sang humain, même celui du juste Abel, n'a pas par luimême de vertu impétratoire ; mais, uni au sang du Christ, il participe de son éloquence, mêlais loquentem quam Abel. Nos héros le savent, et, dans leur humilité, ils offrent à Dieu leur prière par les mérites du Sauveur, leur sacrifice avec celui du Calvaire et de l'autel.

C'est la belle pensée qu'exprimait récemment un prêtre infirmier :

(( Que de nuits sans sommeil passées auprès de ces chers enfants de la France dont les habits sont souillés de sang ! Ce sang, il ne me répugne point de le voir; et, plusieurs fois, j'aurais voulu le porter à mes lèvres, car il a été versé pour défendre notre beau pays...

« Je n'oublierai jamais la première messe célébrée dans mon. wagon. Mon wagon est notre église ; nous avons le nécessaire, mais pas de table. Le premier jour, en effet, nout n'avions pas prévu de posséder une chapelle et nous voulions célébrer. La table donc manquait. Un brancard taché de sang nous servis de table. Alors, pendant que le sang du Christ coulait sur cet autel imprécise, je n'ai pas pu m' empêcher de réunir par la pensée le sany du

Christ et le sancj répandu par cet enfant de France et de (es offrir à Dieu pour le succès de nos armes. Le sang français coule en abondance, et il faut espérer que ce sang sera la semence d'une nouvelle France chrétienne1. »

C'est la France elle-même, prêtresse d'un terrible sacrifice, qui monte à l'autel de ses champs de bataille et, levant vers le ciel la coupe écumante du sang de ses enfants, supplie Dieu de vouloir bien l'accepter en union avec le sang du Sauveur.

Cette espérance grandit jusqu'à la certitude, quand on relit les lettres qui nous viennent du front. Il y en a que les saints du ciel seraient fiers de signer. Feuilletons encore ces livres vivants, feuilletons ces cœurs où nous avons déjà lu tant de belles choses. Nous allons voir le double idéal auquel ils se sont sacrifiés, la victoire et la conversion de la France.

C'est A. de Cornulier-Lucinière, tombé à Dixmude, qui s'écrie : « La France a besoin qu'on meure pour elle. Elle renaîtra dans le sang des victimes. Si Dieu veut que je sois du nombre, je bénis sa volonté. » Admirable!

C'est Louis Coltancin , modeste paysan du Rhône, issu d'une famille patriarcale de fer-

1 De M. l'abbé llouanct, curé de Moutpcyroux-le- Barry, diocèse de Montpellier.

miers, mort le '\ août 191 5. en Alsace. Il aime tendrement sa terre, sa femme, sa famille, ses deux bébés. Il écrit cette jolie phrase digne de M" de Sévigné : « D'ici , fie ma tranchée, j'entends tousser mon pauvre père. » Mais, devant l'image sacrée de la patrie, tout autre amour s'incline dans son cœur. « Si je meurs, écritil, je ne veux pas que vous versiez des larmes. Si c'est ainsi, c'est qu'il le faut pour sauver notre chère France. » Admirable!

C'est Maurice Yarvat. de Clelles, aspirant officier de vingt ans. qui, tombé en héros dans une charge à la baïonnette, n'a que le temps de crayonner ces mots : « A celui qui trouvera mon corps: je vous en supplie, faites savoir à ma maman, M"1' Yarvat, à Clelles, que je suis mort pour Dieu et mon pays. » Admirable !

C'est Gaston Hubuel , qui se fait l'apôtre de ses camarades et qui écrit :

« Pour que la France puisse vaincre , que de sacrifices il lui faut, que d'holocaustes volontaires! Et ces holocaustes ne peuvent être que ceux de chrétiens. Lorsque les obus éclataient près de moi et que tombaient mes camarade^, je disais : « Mon Dieu, s'il vous faut ma vie pour le salut de la France, prenez-la. » Admirable !

Et pour le cas où il survivrait, il lui vient

une idée généreuse : ce sera un autre sacrifice. Là vocation sacerdotale lui pousse sur le champ de bataille.

« Hélas! dans cette guerre où les prêtres sont soldats, combien vont tomber! 11 faudra les remplacer. A ceux donc qui se sont sentis un jour appelés à prendre leur poste, cette relève des prêtres tombés me paraît d'autant plus importante que je crois, avec la résurrection patriotique et nationale de la France, à sa résurrection religieuse, et à cette œuvre il faut des artisans. »

« Je meurs, s'écrie dans son agonie le lieutenant de Monti de Rezé, content d'avoir contribué un peu à sauver la France et je ne regrette rien, n Admirable !

Ferdinand Bellanger, de Saint- Aignan-sur- Roë, diocèse de Laval, grièvement blessé et sur le point de mourir, cherche à rassurer ses parents : « On espère bien me guérir; mais, comme il faut être prudent, je me suis confessé et j'ai offert ma vie au bon Dieu pour vous et pour la France. » Admirable !

Georges Duclerc écrit à sa femme : « Ne perds pas de vue que la mort d'un soldat sur le champ de bataille n'est pas une vision d'horreur, mais une vision de beauté, quels que soient les déchirements qu'elle entraîne.

Oui, mourir pour la patrie, surtout dans la guerre actuelle, où nous luttons pour la justice, est le sort le plus beau. Si la Providence me marquait un jour pour tomber ainsi, ma dernière volonté serait que tu en éprouves plus de fierté, pour toi et nos enfants, que de douleur, et que, par le souvenir de leur père, tu formes leurs âmes au sacrifice et à l'héroïsme qui conduisent à l'éternité. » Admirable1!

François Gasc, Aveyronnais. va mourir, le 26 septembre 191^. à Perpignan, les yeux fixés sur son crucifix : « J'offre, dit-il, toutes mes souffrances au Cœur Sacré de Jésus pour la rémission de mes péchés, pour la délivrance de la France el pour ma famille. »

Quand la douleur devient plus vive, il murmure : « Oh ! pour la France et pour ma famille I » Admirable !

Ennemond Fayard de Mille expire, le i5 novembre 191 's, en répétant : « Tout ce que le bon Dieu voudra : c'est toujours pour la France. » Admirable !

André Lerolle , dont nous avons déjà admiré l'amour pour l'Eucharistie, est un grand chrétien, avide de sacrifice. On trouve ces lignes dans ses notes : « Mon Dieu, faites- moi aimer

1 Dimanche d'Amiens, 5 septembre 1915.

— Tu —

la souffrance ; que non seulement je m'y résigne et que je l'accepte , mais que je l'aime comme vous l'avez aimée. Voilà mon corps, voilà mon cœur, brisez-les, broyez-les, Seigneur, si vous le jugez bon. Je puis vous le demander sans crainte, sachant que votre aide sera proportionné u à la souffrance que vous m'enverrez. »

Une si belle âme devait faire son sacrifice pour la patrie. Il écrit en effet : « J'offre volontiers ma vie pour que Dieu me pardonne mes fautes et que la France soit victorieuse et redevienne chrétienne. » Admirable !

Jean -Marie Moaligou, le petit Breton de Clohars-Carnoët, dont nous avons déjà parlé1, a fait une mort d'une étrange beauté et toute illuminée, semble -t- il, de clartés extatiques. Il n'espère pas seulement la victoire de la France, il en est sûr. Dieu la lui a révélée, m Vive la France! s'écrie-t-il. Elle sera victorieuse! »

Quelques instants avant sa fin, il ouvre tout à coup les yeux et s'écrie : « Sauvée ! J'ai vu le Seigneur, je lui ai parlé. Il m'a dit que la France serait victorieuse ! »

Même en admettant que bon petit Jean-Marie n'a vu le Seigneur que dans son imagination , quelle lumière une pareille scène ne jette- t-elle

1 Chapitre xv, sur le Crucifix.

pas sur l'ardent désir qu'ont nos soldats du triomphe de la France et sur les prières et les sacrifices qu'ils font pour l'obtenir !

Les nobles victimes dont nous venons d'entendre la voix , en offrant à Dieu leur sang pour la France, ne séparent pas le salut de son âme de la victoire. Mais en voici d'autres qui envisagent surtout son retour à Dieu.

C'est d'abord le capitaine Çassignol, admirable chrétien, tué à la reprise de Mulhouse, le i9 août 19 14 :

<( Ne prie pas, dit-il à sa femme en la quittant, pour que je revienne; prie pour que je fasse mon devoir. »

Ardemment attaché à son pays, il aimait non seulement la terre, mais l'âme de la France, et il a offert sa vie. moins pour la gloire de cette France si aimée que pour obtenir sa conversion.

(( Il faudra beaucoup de sang innocent pour laver les fautes de la France, disait-il à un prêtre de ses amis. J'ai peur que le mien ne soit pas assez pur; mais si le bon Dieu veut bien l'accepter, je le lui offre de grand cœur. » Admirable !

Un prêtre écrivait de lui : « Parmi tous les beaux sons d'âme que cette guerre a fait rendre à nos chers soldats, je ne pense pas qu'il y en

ait beaucoup d'aussi vibrants cl d'aussi purs. »

Joseph Georgelin, de Lannilis, meurt lui aussi pour le même but : « Si, avec notre victoire finale, nous pouvons constater le retour définitif de la France à Dieu, je donnerai bien volontiers ma pauvre carcasse pour la réalisation de ee souhait. »

Et, sur uue petite feuille volante, trouvée sur lui après sa mort, on retrouve ce même souhait d'un héros et d'un saint : « De tout mou cœur j'offre ma vie pour la victoire définitive de la France et pour son retour à Dieu. » Admirable !

Un fils aîné apprend au l'eu qu'un de ses frères est mort et un autre grièvement blessé ; il écrit à ses parents une lettre sublime, où je cueille cette phrase : « Vous aussi, cher père, soyez courageux, surtout soyez fier d'avoir donné de tels fils à la patrie. Ils n'ont jamais failli devant le devoir et n'ont pas craint de donner leur vie pour conserver à Dieu une France plus noble et surtout plus croyante; car, soyez-en convaincu, ce seul désir les a conduits au combat. » Admirable !

Un autre vaillant., le capitaine de chasseurs alpins Adolphe Nourrit, cpii mourra bientôt après, écrit à sa femme : « Je crois fermement à la victoire de la France et je veux que tous

soient fiers que je sois mort en soldat. C'est ce que j'aurai fait de mieux. A la grâce de Dieu en qui je crois et pour la France! » Blessé le ii septembre i9i5. décoré de la Croix de guerre et nommé Chevalier de la Légion d'honneur, il meurt le 26 septembre avec les noms de Dieu et de France sur les lèvres.

L'abbé Delérv. clans la lettre où il annonce la mort du capitaine, écrit : « Je me rappellerai toujours cette voix grave et convaincue qui récitait, dans une de nos chapelles improvisées au milieu des bois, la prière pour les armées, et les douces conversations que j'ai eues avec lui dans les sapes à quelques mètres de l'ennemi... Une fois, je le dis à ma honte, je semblais un peu désespérer du salut de la France, quand il me répondit énergiquement : « Comment pouvez- « vous ne pas espérer? Ne connaissez- vous pas « le prix du sacrifice ? »

Le prix du sacrifice ! C'est parce qu'il le connaissait bien qu'il acceptait généreusement la souffrance. Quand il fut blessé, le major qui s'apprêtait à lui extraire la balle lui dit : « Ce ne sera pas douloureux. — Et quand ce le serait, répondit-il . je le supporterai; il faut bien souffrir un peu. » Admirable î

C'est aussi le beau son du saeriliec patriotique que rend rame du vaillant petit caporal

Pierre Lethielleux, glorieusement mort aux Islettes à vingt et un ans, le ipr septembre i9i5. Il puise dans ses communions le courage qui le fait citer à l'ordre du jour et lui mérite la Croix de guerre. « Notre vie, écrit-il, ne nous appartient plus; le sacrifice en est fait... Que Dieu en dispose à son gré. ce sera pour le mieux. » Et voici le magnifique testament de son cœur, où vibre toute la foi généreuse de sa famille et de sa race, et qu'illumine un rayon d'amour pour le Sacré-Cœur: « Si je tombe, ô ma mère, ne pleurez pas, je vous en supplie: dites- vous que j'ai fait mon devoir jusqu'au bout, et, comme moi, offrez ce sacrifice sur l'autel du Sacré- Cœur, afin que notre France, au jour de la victoire finale, redevienne la Fille aînée de l'Eglise... Dès maintenant nos prêtres me considèrent comme à l'article de la mort; j'accepte dans leur plénitude les décisions de Dieu. » Admirable !

Une France plus chrétienne, une France publiquement consacrée au Sacré-Cœur, c'est aussi ce que désire le capitaine André Gallois, un homme d'une piété splendide. Il le demande à Dieu dans ses communions quotidiennes. Il écrit le 4 août 191 4 à sa mère: « J'ai consacré mon escadron et moi-même au Sacré-Cœur, et je l'ai mis sous la protection des protecteurs de

la France, saint Michel, saint Louis et Jeanne d'Arc. Et maintenant que la volonté de Dieu soit faite !.. . Gloire à Dieu et vive la France ! » Admirable !

Oui . voilà le grand désir qui anime nos chers soldats quand ils vont au feu. Ils demandent tous à Dieu la victoire de la France. et beaucoup parmi eux ajoutent à ce vœu celui de sa conversion. Cette double prière qu'ils ont scellée de leur sang n'est pas morte avec le dernier mouvement de leurs lèvres et le dernier battement de leur cœur ; elle se continue par delà la mort, et il me semble qu'elle monte, dans le silence de la nuit, de milliers de lombes . criant vers Dieu comme la voix des Innocents : « Seigneur, vengez notre sang! » Elle se continue au ciel, et il semble que Dieu commence à l'exaucer. Leur sacrifice aura des répercussions profondes sur notre vie nationale, leur sang des éclaboussures lointaines et fécondes qui atteindront les âmes les plus égarées.

Nous leur devrons d'abord la victoire : nous la devrons à la puissance de leur prière, à la force de leur souvenir, à l'entraînement de leur exemple, à la continuation de leur action guerrière. Les morts sont aussi bons soldats que les vivants; sur les champs de bataille ils forment

des bataillons invisibles. Ils chevauchent à la tête de nos combattants ; ils les excitent de la voix. Ils montent la garde autour de la citadelle.

Ecoutez ce testament d'une allujc épique superbe, trouvé sur le corps d'un brillant officier, le lieutenant Ernest Bertault, tué aux Kparges.

« Ma dernière pensée sera pour tous ceux qui me sont chers et pour mon pays, qui sera bientôt le plus grand et le plus fier de tous.

« À mes camarades, je demande de croire avec quelle fierté je me suis trouvé parmi eux et quelle affection j'avais vouée à notre cher régiment. Qu'ils pensent à moi quand on sonnera au drapeau.

« Je demande, — et ceci est ma dernière volonté, — qu'on ne pleure pas ma mort. C'est un honneur de pouvoir donner sa vie pour une cause aussi belle que la nôtre; et mes enfants se souviendront, je l'espère, que leur père est mort au champ d'honneur.

« On doit envier ceux qui sont tombés connue moi, en soldats, face à l'ennemi. Nous moulerons, nous autres morts, la garde éternelle, et notre souvenir rappellera aux vivants qu'on ne doit jamais désespérer et que le droit primera toujours la force un jour ou l'autre.

« Je prie Dieu qu'il m'accorde, si telle est

sa volonté, de tomber au delà de la frontière, la vraie, celle d'au delà le Rhin !

« Je laisse ma femme libre de disposer de mon corps comme elle l'entendra. J'aurais voulu reposer parmi mes hommes ; mais je n'ose lui demander ce dernier sacrifice et la laisse libre de me faire inhumer à Reims, dans notre caveau.

a Vive la France ! »

'« Nous monterons, nous autres morts, la garde éternelle ! » Qui ne frémirait en entendant ce fier langage à la Corneille ! Ah ! nous n'en doutons pas, ô soldats, et voilà ce qui nous rassure. Oui, la France dort en paix à l'ombre de votre épée ; elle sait que vous montez la garde autour de son sol, de son honneur, de sa liberté.

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