PÈRES ET MÈRES I DOULEURS SUBLIMES
Il n'y a pas de douleur comparable à celle des parents qui ont perdu leur enfant, parce qu'il n'y a pas d'amour comparable à leur amour. Pendant des années, ils se sont dévoués pour lui, ils ont veillé sur son berceau, sur son âme, avec une sollicitude de tons les instants. En le voyant croître en force et en beauté, ils se réjouissaient et ils étaient fiers. C'était leur chef-d'œuvre. Et voilà qu'une balle vient brutalement détruire en une minute un travail de vingt ans, blêmir à tout jamais ce cher visage, fermer ces yeux qui reflétaient pour eux tout un ciel, broyer ce corps qu'ils beiraient jadis sur leur cœur avec tant de délicatesse, et en chasser l'âme bénie à laquelle leur âme semblait rivée pour toujours.
La douleur des pères, pour être parfois plus muette, n'en est que plus sombre. J'en ai connu qui, privés de leur fils, n'ont pu lui
survivre et s'en sont allés, lentement ou rapidement, pauvres ombres écroulées, vers le cimetière.
C'est à vous que je pense en écrivant ces lignes, mon cher de Briche, noble et généreux ami, qui aviez mis tant de dévouement dans notre belle Œuvre d'Honneur et Conscience , et de si tendres espérances sur votre bien -aimé Jean. La balle qui l'a tué vous a touché. La vie sans lui était trop décolorée, et vous ave/, écouté la voix qui vous appelait du fond de sa tombe.
D'autres n'en meurent pas ; ils n'en ont pas le droit : ils doivent se conserver pour ceux qui restent. Ils se raidissent contre leur douleur, et s'attachent aune existence qui n'a pour eux plus de charme. Il en est qui veulent suivre leur enfant au champ d'honneur et combattre pour deux : ils s'engagent pour le remplacer et le venger.
Parfois c'est la patrie qui leur demande de rester debout, comme si rien n'était changé autour d'eux, et de faire taire la plainte de leur cœur. Le silence du devoir s'ajoutant au silence de la douleur, c'est terrible et sublime. Et tel est le spectacle que nous donnent un grand nombre de chefs, Foch , de Maud'huy, d'Amade, Ebener qui ont perdu chacun un
fils; de Pouydragiiin qui en a perdu deux.
Mais que dire de Gastelnau? Cet homme dont la France murmure le nom avec admiration et reconnaissance, comme celui d'un sauveur, a vu tomber trois fils qui étaient sa gloire; et. chaque fois, après avoir baisé en silence le front radieux du héros, il a détourné de lui ses \eux. refoulé ses larmes, et recommencé à dicter les ordres qui sauvent les armées. Organiser la victoire avec sa douleur, élever la patrie sur les ruines de sa maison, la magnanimité humaine peut-elle monter plus haut?
La douleur des mères semble encore plus déchirante. On dirait que, par leur chair elle même comme par leur cœur, elles sont plus passionnément unies à leur enfant. La maternité commence par un arrachement douloureux ; mais bien souvent, au soir de la vie, elle 'achève dans un arrachement plus affreux.
L'antiquité grecque à incarné la douleur dans sa Xiobé; l'antiquité judaïque, dans sa Rachel ; le christianisme, dans Marie pleurant au pied de la croix, mater dolorosa. Dolorosa, cette epithète reste incrustée dans le nom de mère, comme un glaive planté dans un cœur.
La douleur maternelle est immense comme la mer, suivant la parole biblique. Elle est navrante quand elle se répand en plaintes et
en sanglots ; elle est effrayante quand elle se tait, les yeux fixés sur le cadavre de l'enfant bien -aimé, et parfois la raison y sombre avec le cœur.
Il ne faut pas chercher à l'adoucir par des paroles humaines. Rachel ne veut pas les entendre, parce qu'elles ne peuvent lui rendre celui qui n'est plus : quia non sunt. Je ne chercherai donc pas à vous leurrer par de vaines consolations , ô mères ; je respecte trop votre douleur. Il n'y a que les pensées et les espérances chrétiennes qui soient clignes d'elle.
C'est du côté du ciel que vous viendra le rayon. Ce qui doit vous consoler tout d'abord, c'est le souvenir des sentiments admirables dans lesquels votre fils a vécu ses derniers jours. C'est ensuite la pensée qu'il vous les devait et que, par conséquent, il vous devra son bonheur céleste. Ce n'est pas là de l'orgueil, mais la simple constatation de la vérité.
Le rôle de la mère chrétienne est sublime. Après avoir enfanté son fils à la vie physique, elle l'enfante à la vie morale et, par-là même, à la vie du ciel. Elle forme son cœur et l'oriente doucement vers le devoir. Elle le donne à Dieu et à la patrie Elle le convertit quand c'est nécessaire, comme sainte Monique convertit saint Augustin. Elle le sanctifie.
comme Blanche de Castillc sanctifia saint Louis. Elle l'encourage au sacrifice ou au martyre, comme la mère des Macchabées.
Vous vous reconnaîtrez toutes, ô femmes chrétiennes, dans ces conseils que l'une de vous adressait à son fils :
17 octobre 1914.
« Mon bien cher enfant,
« ... Va vers le devoir et le sacrifice! Tu emporteras mou sourire et ma bénédiction.
« Sois brave, soumis, patient, malgré toute épreuve. C'est pour notre France : ne lui ménage pas tes forces. Sois bon pour tes camarades, dévoué à tes chefs, pitoyable même à l'ennemi désarmé : c'est un devoir d'humanité.
« Souviens -toi de Dieu que je vais tant prier pour toi ! Lui seul est le juste Juge, et sa miséricorde est acquise à quiconque la cherche avec droiture. Si je te savais dans sa pleine grâce, avec la foi et la pureté de ta première communion , mon cœur serait moins brisé en te disant au revoir, parce que ce revoir, quoi qu'il arrive, resterait mon espoir sans nuages.
« Garde ces lignes, mon cher enfant, comme le testament de ma tendresse. Pose-les sur ton cœur, et partout tu y trouveras, à l'heure de l'isolement, le baiser que j'y dépose.
« Oui. en celle heure solennelle, je te bénis
du meilleur de mon Ame. et je te demande, comme je l'ai demandé à Dieu à ta naissance, à ta première communion, aujourd'hui, comme je le lui demanderai toujours, que tu sois fidèle à la devise de ma jeunesse et de toute ma vie : « Dieu, patrie, famille, devoir!
« Ta mère qui t'aime tant5. »
Les fils ont répondu à cet appel des mères. Combien parmi celles-ci pourraient signer ces lignes de Tune d'elles :
M... 3 janvier 1915.
« Le don de nos trois aînés à la patrie, quelle source d'angoisses, quel martyre! Et cependant, au milieu de tant d'épreuves, une consolation, la plus grande, la seule véritable, nous est donnée. Nos fils ont fait leur devoir. Avant de partir, ils se sont confessés, ils ont communié. Ils nous écrivent des lettres admirables de foi, de résignation, de courage chrétien. Jamais ils ne m'avaient donné tant de joie. Je suis fière d'eux. Ils se sont tournés avec ardeur vers Dieu, vers la sainte \ierge. C'est
1 Semaine religieuse de Bourges.
le miracle de la grâce et de la prière. C'est le fruit de la croix ! Que le bon Dieu soit béni M »
Comment les lils n'auraient-ils pas marché quand les mères volaient devant eux dans la voie divine:' Un amiral, qui venait de passer une nuit en adoration avec vingt- neuf de ses officiers devant le saint Sacrement, causait ensuite familièrement avec eux; remarquant que la plupart, en parlant de leur foi, l'attribuaient à leurs mères, il s'écria avec émotion : u Les mères ont donne ! La France est sauvée ! »
Combien de soldats font honneur à leur mère de leurs sentiments religieux ! M. l'abbé Y . Villa, curé de Graissessac, diocèse de Montpellier, cite les paroles que lui adressait un charmant petit soldat, mort le sourire aux lèvres, en parlant du bon Dieu et de sa mère, une sainte dont il avait la piété.
« — J'aime le bon Dieu, me disait-il un jour, parce que ma mère m'a appris à l'aimer, et aussi parce que je sais qu'il faut qu'il en soit ainsi. Avant la guerre, mes camarades me blaguaient quand ils me voyaient dérouler mon chapelet. Dès qu'ils ont vu le danger bien en face, ils ont changé de langage, ont revêtu comme moi des scapulaires et des médailles
1 Messager /., I eur Je Jésus, février 1915.
et m'ont prié d'excuser leurs propos inconsidérés. »
« En voyant, sous son enveloppe tricolore, ce charmant enfant franchir pour la dernière fois la grille de l'hôpital, je ne puis retenir mes larmes, et je songe à celles qu'à cette heure répandent des milliers de mères. Mais Dieu ouvre ses bras, pour presser contre son cœur ceux de ses enfants à qui les hasards des combats meurtriers ouvrent les portes de sa glorieuse éternité ! »
Les mères ont formé non seulement des chrétiens, mais des soldats. Combien d'entre eux pourraient répéter le mot magnifique qu'Antoine de ^ esins écrivait en 1870, la veille de sa mort : a Ma mère a été mon premier colonel. »
La douleur n'en est que plus vive quand tombe un de ces vaillants. Mais la pensée de leur vie pieuse et de leur sainte mort est le suprême réconfort des parents. Là est le baume de votre blessure, pères et mères. Que vouliezvous, en effet, pour vos enfants? Pourquoi avezvous travaillé et souffert ? Pour leur donner un peu de bonheur. Eh bien, ils l'ont ce bonheur, et tel que vous ne l'avez jamais rêvé pour eux.
C'est cette pensée de foi qui soutenait le vaillant député catholique, M. de Gailhard-Ban-
cel. Après la mort de deux enfants frappés dans leur rayonnante jeunesse, il nous écrivait :
« Je vous remercie de votre sympathie et de vos prières. Je me console de la perte de mes fils en me disant qu'ils ont bien vite conquis un bonheur dont je n'aurais pu leur donner l'ombre ! »
Le père de Gaston et de Paul Amouroux se console aussi par la même pensée.
« Oui. écrit-il, nous sommes brisés par la pensée qu'à nos côtés nous ne les retrouverons plus pour soulager les maux de notre vieillesse, mais qu'importe ! Pour Dieu nous les avions élevés , à Dieu nous les avions donnés ! La foi nous dit qu'il les a élevés à lui , les trouvant prêts à occuper leur place au ciel. Aussi nous disons que si nos larmes sont de regret, elles sont aussi de joie, ne pouvant désirer mieux que ce que la foi nous dit : ils sont auprès de Dieu. Notre sacrifice va tout à Dieu. Nous nous pénétrons du sacrifice de son divin Fils au Calvaire, et fièrement nous porterons notre croix ! »
L'abbé Maurice Pinget, ordonné prêtre en juillet 1914. part presque aussitôt pour le front. Frappé d'une balle au cœur au Lingekopf, il expire en souriant au ciel, et sa mère écrit à M6* de Gibergues :
« Notre douleur, si vive soit-elle, n'enlève rien à notre résignation... Avant sa naissance, j'avais consacré Maurice au divin Maître. Je le voyais déjà prêtre à l'autel. Apres bien clos sacrifices, j'ai eu la joie éphémère de le voir célébrer la messe. Mes vœux étaient réalisés. Hélas! nous n'avons pu que l'entrevoir. Je tombe au pied de la croix, le cœur brisé, et j'implore la Mère des douleurs d'adoucir les miennes. ;/
Un jeune séminariste vient de mourir en brave, face à l'ennemi. Sa mère répond à l'évêque de Nîmes qui lui avait envoyé ses condoléances :
« Mon Dieu, que vos miséricordes sont impénétrables et que c'est déchirant pour mon pauvre cœur de mère ! Nous l'avions donné au bon Dieu, ce cher enfant, et nous étions fiers en pensant qu'un jour il monterait à l'autel du Seigneur; mais la divine Providence en a jugé autrement et a voulu sans doute en faire un saint et un petit martyr. Que son saint nom soit béni! Malgré tout notre déchirement, mon mari et moi, nous le bénirons encore1 ! »
Un petit blessé de dix- neuf ans agonisait à
1 L'abbé Théodore Lambert, de Remoulins , glorieusement frappj piv< de Melzeral, en Alsace Semaine relief ie use de Nime
L'hôpital. L'aumônier posa siu ses lèvres une petite croix qui reçut son dernier souffle, et il l'envoya à sa mère, Celle-ci lui répondit :
« J'ai déjà perdu un fds et un gendre. Il ne nio restait plus que ce pauvre enfant. Je sais ce qui s'est passé entre vous et lui. Je vais mourir aussi, je le sens. Mais ce baiser de mon fils sur cette croix aura été ma dernière joie. J'ai tout donné à mon pays. Je ne lui demande rien, mais je le remercie quand même d'avoir donné à mon fils un prêtre pour lui fermer les yeux et à moi, sa mère mourante, la joie de pouvoir rencontrer sur une croix son dernier baiser. »
Mlles parlent de joie, ces pauvres mamans en voiles noirs; elles disent qu'elles bénissent Dieu. Il va des sourires sur leurs traits pâlis, des rayons dans leurs yeux brûlés parles larmes, qui cherchent quelqu'un et qui ne le trouvent que là- haut par delà les nuages, au milieu des anges. En voici une qui sent profondément la grâce immense que Dieu lui a faite. Ecoutez ses paroles :
« C'est à la ferme de Toutvent, près d'Hébulerne que Jean a été frappé. Il a été cité à l'ordre du jour pour sa conduite héroïque, et ses chefs m'ont écrit de belles lettres émouvantes. Vous comprendrez que celle qui m'a été la plus pré-
cieuse vient de l'aumônier du régiment, qui m'écrit :
Vienne, 8 juillet 1915.
« — Ce cher enfant était venu me trouver le matin de l'action, m'avait demandé l'absolution et la communion, et m'avait dit ces paroles, que j'ai fidèlement retenues : « Mon Père, je « viens de renouveler le sacrifice de ma vie. « Je l'avais fait déjà. Mais le cours de la vie « vous entraîne. On se reprend petit à petit. « J'avais besoin de me redonner : c'est fait! »
« Et l'aumônier ajoute :
« — Cette fois , Dieu a daigné agréer le précieux don, et notre héros jouit dès à présent de son immortelle récompense ; vous pouvez être fière de lui. »
« Vous le comprendrez, rien ne peut me consoler de la perte de mon enfant; mais je sens profondément la grâce immense que Dieu nous a faite en lui accordant une telle mort... 1 »
Le marquis d'Elbée, sur les sept fils qu'il a donnés à la France , en a trois au front , trois disparus et un mort; et lui aussi il bénit et il remercie Dieu : « Je m'incline, dit-il, devant le choix de Dieu, et je ne puis que remercier et
1 Semaine religieuse de Grenoble, 22 juillet 1915.
bénir le grand dessein : le sacrifice pour la France. »
La plupart du temps, la pensée de la patrie s'ajoute ainsi à celle de Dieu pour soutenir les mères. L'une d'elles rappelle dans une lettre les admirables sentiments de piété de son enfant, le sergent Henri Audiger, de Saint-Nazaire , et elle ajoute, la brave femme : « Aussi nous avons confiance que Dieu aura pitié de lui, qu'il est maintenant au ciel et qu'il prie pour la France et pour nous. »
11 est des mères qui sont allées plus loin dans la voie du sacrifice et du patriotisme. L'une d'elles voyait son fils mourir à l'ambulance. Comme l'aumônier essayait de lui rendre quelque espoir :
u Oh! non, répondit-elle, ne dites pas cela, mon fils est perdu. Dernièrement une dame me disait que nous n'aurions pas la victoire malgré le sacrifice de tant de mères chrétiennes.
« — Eh! bien, madame, lui répondis-je, que Dieu prenne mon fils, mais qu'il nous donne la victoire! »
« Quelques jouis après, je recevais la nouvelle que mon fils était blessé. Le bon Dieu a agréé mon sacrifice, qu'il soit béni! »
En voici une qui vient de perdre son aîné, Pierre Grandjean, glorieusement tué, le 5 avril
1910. au bois d'Apremont. Elle offre le second à Dieu pour la France. Dans une lettre au colonel du régiment de Pierre, elle lui demande comme une faveur de recevoir Serge, élève officier, de la classe de 191G. Il faut citer ces paroles d'un héroïsme surhumain que le cœur a peine à suivre à une telle hauteur.
« Il est juste, dit-elle, qu'il prenne dans ce régiment la place de son frère. J'ai le pressentiment que celui-là aussi est perdu pour moi. Il est trop courageux et trop brave pour ne pas y succomber. Pierre est au ciel. Serge, j'en ai la confiance, l'y suivra. Nous les y retrouverons tous un jour. Et ce n'est pas trop de sacrifier, si Dieu le demande, deux de mes fils pour que la France soit sauvée. »
Le 2 4 septembre i9i5. le petit boulanger Victor Cave, originaire de Sexey-aux-Forges (Meurthe-et-Moselle), pressentant sa fin prochaine, écrivait à ses parents une lettre admirable qui ne devait leur être remise qu'après sa mort : « Je suis mort, parents bien-aimés, en pensant à Dieu , en pensant à vous , en pensant à ma patrie. Delà-haut, je prie pour vous. Pas adieu, mais au revoir! » Il mourait bientôt glorieusement. Ses parents, accourus à l'hôpital, regardaient longuement son cadavre. Muet de douleur, le pauvre père versait des larmes cuisantes, quand
la mère, une paysanne chrétienne, une vraie Française, lui prit doucement la main et lui dit : " Faut avoir du courage, mon homme ! Tu vois bien que le petit en avait ! »
Mil oui certes, le petit en avait, du courage! Pensez-y bien, pauvres parents, et imitez- le. Dans une page immortelle de Çà cl là, Louis Veuillot fait dire à la Jagouine, qui avait perdu huit (Mitants : « J'ai mes huit cercueils sur les épaules et, ries que je suis seule, je m'assieds et je pleure ! » Vous avez, vous aussi, un cercueil ou plusieurs peut-être à porter sur votre cœur, et vous ne pouvez pas vous asseoir pour pleurer. Mais dites- vous bien que l'âme du petit n'est pas dans ce cercueil; que, parce qu'elle avait du courage, elle est montée au ciel, et que vous devez en avoir vous aussi, si vous voulez aller la rejoindre là -haut.
On raconte que la mère du bienheureux Jean de Britto, apprenant la mort de son glorieux fils, martyrisé au Maduré, monta avec tout le peuple à l'église et eut la force de chanter le Te Deum. Ne croit- on pas entendre un hymne semblable quand on voit ces admirables chrétiennes bénir Dieu d'avoir repris et couronné leur entant!
Mère française, mère chrétienne, regarde ton fds dans la gloire; il te sourit, il te remercie.
Jadis c'était la mère des Macchabées qui disait à son enfant : « Lève tes yeux au ciel. » Aujourd'hui, c'est l'enfant qui dit ce mot à sa mère. « Mère, je te dois tout : mon enfance chrétienne, ce fut ton œuvre; ma conversion, ton œuvre; ma foi, mon courage dans la mort, ton œuvre. Et maintenant, mon éternité bienheureuse, c'est ton œuvre. Sois bénie, ô mère! Bientôt tu viendras occuper un trône près de moi. Comme ce sera bon d'aimer Dieu ensemble, et quel Te Deum nous lui chanterons! »
Sainte Thérèse disait, comme nous le verrons plus loin, que, dans l'éternité, la vue du bonheur de leur lils et la conscience qu'elles en sont la cause seront pour les mères un redoublement de félicité. Mère française, ta douleur est grande, mais ta gloire l'est aussi! Ta gloire, ce sont tes enfants ; mais ce qu'il y a de plus doux pour toi, c'est de les entendre eux-mêmes te proclamer bienheureuse : surrexerunt filii ejus et bealissimam prœdicaverunt !
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