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ILS PARTENT COMME POUR LA CROISADE

Et d'abord , ils ont tenu, en partant, à mettre ordre à leur conscience. Us vont mourir bientôt peut-être et ils veulent l'aire signer leur passe -port pour le ciel par l'officier ministériel du bon Dieu, le confesseur. Ils vont défendre leur patrie, et ils veulent attirer les bénédictions d'en haut sur leurs armes. Des scènes pieuses se sont alors passées dans beaucoup de familles, et c'est pour celles-ci un consolant souvenir.

Les uns sont allés avec leur mère ou leur femme s'agenouiller à la Table sainte et recevoir le pain des forts. Des groupes recueillis remplissaient nos grands sanctuaires .nationaux, Montmartre, Notre-Dame des Victoires, Parayle-Monial, Lourdes, Fourrière, Notre-Dame de la Garde, Notre-Dame du Puy, Notre-Dame de Chartres, le Mont- Saint-Michel , et Jes plus humbles églises. Les confessionnaux étaient

assiégés. Dans les unies, dans les trains, dans les casernes, jusque sur les places publiques, les partants abordaient les prêtres pour leur demander l'absolution. Nous connaissons un capitaine qui dit à ses hommes : « Vous ferez ce que vous voudrez, mes amis ; mais moi, je veux être prêt, si je viens à mourir. » Et il se confessa ostensiblement, et toute sa compagnie lit comme lui. La plupart étaient heureux d'emporter un insigne religieux, un chapelet, un crucifix, ou même d'arborer une médaille.

Un jeune Poitevin écrit, le 2 août, de Lunéville à ses parents : « Le capitaine, qui est un homme tout à fait religieux, nous a distribué des médailles de la sainte Vierge. Tout le monde sans exception dans la compagnie a voulu en avoir... La plupart, avant de partir, nous avons mis notre conscience en règle, moi, tout le premier, chers parents; je suis content de vous le dire, car je sais que vous serez contents de. le savoir. »

Le 19 août i()i4> M6' Baudrillart écrivait :

« Nul ne saura jamais le nombre des retours à Dieu que la déclaration de guerre a opérés. Et sans doute, la crainte, la juste crainte de la mort y est pour quelque chose, mais bien plus encore le besoin de recourir au Maître, au Père,

de qui dépendent le sort de chacun et le sort de la patrie. Dès le premier jour de la mobilisation, nos églises furent pleines , nos confessionaux assiégés, les tables de communion plusieurs fois bondées de fidèles. Souvent, d'un côté du confessional , l'homme qui allait partir; de l'autre côté, la femme qui faisait son sacrifice et implorait la force d'en haut.

« Tel prêtre que je connais a confessé officiers et soldats dans le couloir du wagon , tel dans la rue, tel autre dans la cour des casernes. Hier encore l'un de nous, en habit militaire, traversait la place Maubert ; un camarade l'accoste : « ^ ous devez être curé P — Oui. » La conversation s'engage ; on fait le tour de la place sous le regard étonné d'Etienne Dolet, habitué à d'autres manifestations, et le camarade s'en va confessé et absous. »

Le recteur de l'Institut catholique de Paris cite de belles lettres écrites au moment du départ.

« Je ne pars pas sans avoir accompli mon devoir de chrétien , et je communierai demain avec ma femme. Ne croyez pas que je parte avec tristesse. J'accepte tout de tout cœur et je n'ai pas peur. Si je reviens, ce sera à Dieu seul que je le devrai, et, si je tombe, ce sera sans peur et en faisant mon devoir... »

l ii autre, porteur d'un des grands noms de France :

« Je pars avec une joie que vous pouvez croire. Quel honneur pour notre génération que de commencer ainsi la vie ! Quelle ère triomphale pour la France et pour le Christ, si nous sommes vainqueurs ! »

Voilà sous quels pieux auspices a commencé la guerre. Gomme nous sommes loin de l'indifférence de 171)2 et de 18 10! Quel progrès même accompli depuis 1870! Quel chemin parcouru des blasphèmes voltairiens d'autrefois aux communions de nos jours ! Quelle ascension ! Et l'on disait la religion mourante et la France vouée à l'athéisme éternel ! Un prêtre écrivait récemment du front : « Nos compatriotes sont chrétiens ; il suffit de souffler sur leurs âmes pour voir s'élancer la flamme catholique. » Oh! la flamme catholique, comme elle a jailli puissante et splendide le 1e1 août i9i/|! C'était Dieu lui-même qui soufflait sur des millions de cœurs, et l'incendie sacré n'a cessé d'embraser notre horizon de l'Est, attisé par le vent de la guerre.

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