‹ Du champ de bataille au cielChapitre 8 sur 38 · MONSEIGNEUR, BENISSIEZ AIES CANONS · texte numérisé non relu

MONSEIGNEUR, BENISSIEZ AIES CANONS

Souvent, le besoin d'appeler la bénédiction d'en haut sur nos armes a donné lieu à d'imposantes manifestations. A Poitiers. M5' Humbrecbt se joint à la foule qui va saluer, sur la place de l'Hôtel -de -Ville, le ° bataillon du i2Je régiment. Après le général Guignabaudet, après le préfet de la Vienne et le maire de la ville, avec son cœur d'Alsacien, il adresse une vibrante allocution aux soldats qui l'acclament. Puis le général Pellarin lui crie : « Monseigneur, bénisse: mes canons ! » C'est ainsi qu'au moyen âge le chevalier partant pour la croisade faisait bénir son épée.

Le i9 août, à Lourdes, le commandant Goûttel conduit le e escadron du e hussards, désireux de se mettre sous la protection de la \ ierge Immaculée et de recevoir la bénédiction de M- Schoepfer. lui aussi un Alsacien. Le i5 septembre, c'est le e escadron du e hussards qui défile sur le parvis du Rosaire au

milieu d'une foule immense. L'éveque, entouré de son cierge, se tient devant l'église. Le commandant de La Croix- Laval s'avance à cheval, et. après avoir salué le prélat, se tourne vers la Vierge couronnée, vis-à-vis de ses hommes. Tout le monde fait silence. À cet instant, le coup d'oeil est merveilleux, dans le cadre des montagnes qu'irradie un soleil éblouissant. D'une voix vibrante, le chef chrétien adresse à ses hommes une merveilleuse allocution sou vent applaudie, tandis que tous les yeux se remplissent de larmes, \oici quelques-unes de ces phrases sonores comme des coups de clairon.

a Avant de quitter ces superbes Pyrénées, ce beau pays où nous sommes venus ache\er notre préparation à la guerre, nous avons voulu, vous et moi, voir ou revoir cette terre bénie des miracles, la cité des apparitions...

« Votre chef compte sur vous, hussards. Entre lui et vous, la confiance est le foyer où se forgera le faisceau de notre commune force. Ayez donc les yeux sur votre chef et donnezvous à lui.

« Hussards, donnez-moi vos yeux, afin que nos regards se croisent et s'enflamment et qu'un éclair en jaillisse comme éclate une étincelle au cliquetis des épées.

« Hussards, mes hussards, donnez -moi vos bras, afin que, sur les champs de bataille, nous puissions faucher ensemble la gerbe ensanglantée des moissons triomphantes.

(( Hussards, mes hussards, donnez-moi le sang de vos veines, afin qu'en empourprant le sol il y fasse germer des lauriers pour les survivants et des palmes pour les morts.

« Donnez -vous tout entiers, hussards! Donnez-moi vos cœurs, afin qu'unis au mien, je les offre en holocauste au Dieu des armées, pour le salut de la patrie !

« Voyez , Seigneur, voyez s'incliner devant vous ceux qui vont combattre et qui sauront mourir pour la patrie î Soyez propice aux fils de votre Fille aînée , car ils ont mis en vous toutes leurs espérances !

« Et maintenant, ministre du Christ toujours vivant , faites descendre sur nous la bénédiction du Tout- Puissant ! Qu'elle soit sur nos fronts, sur toutes les têtes qui nous sont chères ! Qu'elle soit aussi et surtout sur nos épées, qu'elle y demeure et les rende victorieuses !

« Sabre en main ! »

Et le cliquetis de trois cents sabres sortant du fourreau fait courir un frémissement dans l'assistance, tandis que, d'une voix émue et

sonore, M8' Schœpfer entonne le Sit nomen Domini benediclum. Et les hussards s'inclinent comme la foule sous la main qui bénit.

Après un tel spectacle, on se demande si, dans notre grand moyen âge, il y eut des manifestations plus belles, des sentiments patriotiques et chrétiens plus splendidement exprimés. On pense à Urbain II haranguant les premiers croisés à Clermont ; on pense à saint Bernard soulevant les foules à Vézelay; on pense à saint Louis disant à ses compagnons d'armes sur la plage de Damiette : « Si nous mourons, nous serons martyrs; si nous vainquons, nous couvrirons de gloire Dieu, la France et la chrétienté. » En vérité, il faut remonter aux croisades pour retrouver cette foi. Jamais armée française n'a été plus pieuse. Jamais guerre n'a été plus sainte, Jamais héroïsme n'a été plus religieux et plus beau.

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