‹ Du Change et de la liberté d'émissionChapitre 16 sur 105 · KIM · texte numérisé non relu

KIM

Maximu de la circulation. — Sans se rencontrer au même moment, les chiffres maxima s’écartent peu dans les trois pays. Depuis trente-cinq ans, ils oscillent autour d’un milliard, somme déjà atteinte en 1839 en Angleterre, en 1857 aux États-Unis, en 1866 en France. La progression, il est vrai, n’a pas été la même pour chacun d’eux. Tandis qu’en Angleterre, la tendance est plutôt à la baisse : de 1,065 à 987 (1845-1864), aux États-Unis, l’accroissement est beaucoup plus sensible : de 604 à 1,135(1837-1857). Mais c’est surtout en France que la circulation, malgré des temps d’arrêt, se développe sans

relâche. De ‘252 millions, elle s’élève à 869 (1 830-1 864), et dépasse un milliard en 1 866. Nous voici arrivés presque au même chiffre dans les trois pays; mais ils sont loin de l’avoir atteint dans le même délai.

Jusqu’en 1 834, on ne possède que les relevés officiels de la circulation de la Banque d’Angleterre, et quoique pendant la période de la suspension des payements (1797-1821) les maxima aient varié de 609 à 743 millions de fr. (181 0-181 7), tandis que depuis la reprise des payements en espèces ils se sont abaissés à 657 et 526 millions (1826-1838); cependant dès qu’on a sous les yeux le relevé général de tout le royaume, on constate que la circulation s’élève déjà à 952,000,000 fr. ; au même moment, aux États-Unis, elle atteignait 804 millions fr., tandis que c’est seulement en 1 860 qu’elle touche le môme chiffre en France. Ces différences dans la mesure du développement de la circulation rendent bien compte du mouvement qui entraîne les opérations commerciales dans les trois pays. Ce sont en quelque sorte des étapes que le crédit doit franchir avant de s’établir définitivement. Quand la saturation est complète, comme en Angleterre et aux États-Unis, les habitudes sont prises; on a recours aux banques, et, en présence des moyens de compensation si économiques qu’elles procurent à l’aide des chèques, les avantages de la circulation des billets diminuent; cette circulation reste stationnaire ; elle faiblit même un peu, comme en Angleterre et dans l’État de New-York.

I)ü CHANGE

Minima de la circulation. — Depuis 1 830, les chiffres minima de la circulation ont éprouvé, aux États-Unis et en France, des mouvements en rapport avec la rapidité de son développement. Aux États-Unis, les minima varient de 329 à 837 millions de francs; en France, de 192 à 720. En Angleterre, au contraire, les maxima ayant déjà été atteints dans la première période, les minima présentent les écarts, beaucoup moindres, de 907 â 700 millions de francs. Dans les trois pays, il y a donc des mouvements croissants et décroissants qui se succèdent dans chaque période. Dans ces derniers temps, les maxima se rapprochant beaucoup, il n’est pas surprenant qu’il en soit de même des minima. C’est en effet ce que l’on observe.

En Angleterre, les réactions en baisse varient de 305 à 100 millions de francs; — aux États-Unis, de 491 à 76; — en France, de 30 à 178. Plus le billet de banque intervient comme instrument de crédit, plus la dépression est marquée.

Ainsi, en Amérique, après la crise de 1 837, la circulation, de 804 millions de francs, tombe à 313, soit une différence de 491 . Après la crise de 1 847, en Angleterre, la diminution s’élève à 305 millions; — en France, à 127 millions. Après la crise de 1857, l’abus du crédit à l’aide des billets de banque ayant été moindre en Angleterre et en France, la circulation s’abaisse seulement de 143 et de 178 millions. Aux États-Unis, au contraire, elle descend jusqu’à 318 millions. Après la crise de

1864, en Angleterre et en France, l’oscillation en plus ou en moins n’est que de 1 00 à 1 49 millions. La guerre d’Amérique, il est vrai, précipite la circulation des États- Unis de 1,117 à 550 millions, soit de 567 millions; mais la cause est trop évidente pour qu’il soit nécessaire d’insister sur ce point.

En Angleterre et en France, dans ces derniers temps, toute la différence entre les deux termes extrêmes porte sur une somme de 1 00 à 1 49 millions. Le billet intervient plutôt ici comme instrument de circulation que Comme instrument de crédit, puisque, dans les moments les plus pressants, alors que tout le monde a recours âux banques, la somme des billets en circulation n’est plus que de 100 à 149 millions, supérieure à celle que l’on constate quand le portefeuille est vide. Ainsi, Sur des affaires à terme qui se comptent par milliards, voilà à quoi sé borne le crédit accordé par les banques à l’aide de l’émission du papier !

Aux États-Unis, au contraire, les dépressions sont beaucoup plus considérables, puisqu’elles varient de 491 à 318 millions et succèdent au chiffre maximum atteint au moment des crises. D’après ces diminutions delà cir-' culation, il est évident que les billets ainsi retirés n’avaient été émis que pour répondre à un besoin spécial, c’est-à-dire à des demandes de crédit. Oil comprend, en effet, que, lorsque ces demandes cessent ou diminuent, ils doivent aussi disparaître. Ces oscillations donnent la mesure de la somme en papier nécessaire à la circulation

et au crédit; en France et en Angleterre cette dernière est bien minime, puisque la plus grande partie reste dans les mains du public, alors même qu’on ne sollicite plus le concours des banques aux époques de prospérité.

Ce qui prouve encore mieux combien le papier émis par les banques fournit un faible appoint aux moyens de crédit que réclame le commerce, c’est que, en France et en Angleterre, les maxima ne s’observent jamais au moment des crises, mais bien dans l’année même ou dans les années qui suivent, quand, sous l’influence du reflux des métaux précieux, le maximum de la réserve métallique a été atteint. Les banld-notes remplacent alors pour une somme égale, quelquefois un peu inférieure, la somme en métal accumulée dans les caisses des banques, et bien loin d’augmenter en présence des besoins du commerce, elles diminuent jusqu’au moment de la crise, l’encaisse devant seul, chaque année, répondre à toutes les demandes d’escompte et d’avance.

Nombre de» banques en France, eu Angleterre et aux États-Unis.

En constatant, comme nous venons de le faire, l’oscillation des maxima de la circulation autour de la même somme ( I milliard environ dans les trois pays), nous ne connaissons qu’un côté de la question. Il est certain que

le chiffre brut de la masse du papier émis et qui circule ne nous rend pas compte de la manière dont le crédit et la circulation se trouvent distribués. Nous connaissons bien la somme qui passe dans les mains du public, mais nous ne savons pas encore par quels canaux elle se répand pour tout vivifier et produire le plus grand effet possible par suite de son emploi plus rapide et plus économique. C’est après cette étude qu’on pourra juger, en connaissance de cause, des avantages ou des inconvénients de la pluralité des banques.

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